Cinq manuels typographiques méconnus-Je présente cinq manuels typographiques moins connus que les références habituellement citées par les correcteurs …
De quand date le premier “Code typographique” ?-À quand remonte le “Code typographique”, outil du correcteur ? Différentes dates ont été données au fil du temps. Je suis remonté aux sources …
Signes supérieurs et signes en exposant-Y a-t-il une différence de nature entre les signes supérieurs (abréviations, appels de notes) et les signes en exposant (mesures, algèbre) ? …
Corriger est un métier-Voici un texte qui mettra du baume au cœur de mes confrères et consœurs victimes d’une concurrence déloyale… et incompétente …
À la recherche du code typo perdu -Surpris que diverses sources mentionnent un « code typographique » signé Pierre-François Didot (1731-1795), j’ai mené l’enquête …
Orthotypographie, un terme mal défini-Bien qu’elle soit pratiquée chaque jour, notamment par les correcteurs, l’orthotypographie est une notion aux contours flous …
Des guillemets anglais avec espace ?!-Des espaces fines aux guillemets anglais, ou quand un moment de lecture fait basculer vos certitudes typographiques …
Deux typographes parlent des codes typo-Deux typographes, aujourd’hui formateurs à Saran (45), évoquent les règles communes de composition, qu’ils jugent en voie de disparition …
Tiret long : amour et haine-J’ai découvert une guéguerre entre anciens correcteurs du « Monde » à propos du tiret long, également appelé « tiret [sur] cadratin » …
Pas de point à la fin des titres.-L’usage de ne pas mettre de point à la fin des titres s’apprend quand on commence à travailler dans la presse ou l’édition …
Comment abréger “post-scriptum”-L’abréviation classique est « P.-S. », mais on note une évolution dans les écrits récents (presse, messages électroniques) …
Le “Monde” du jour ou “Le Monde” du jour ?-Dans le Grevisse, je viens de tomber sur une règle bien utile et dont je ne trouve pas l’équivalent dans les codes typo …
La majuscule comme choix politique-Le 30 juin 2020, à la suite de la mort de George Floyd, le « New York Times » annonce qu’il mettra désormais une majuscule à l’adjectif « Black » …
Espacement de la ponctuation en français-Ce que décrivent les codes typographiques est l’état actuel de l’usage français. Mais il a varié, comme on peut le comprendre ici ou là …
Ressources en ligne sur la langue française-Voici une liste de ressources en ligne sur la langue française apportant des réponses bien utiles aux rédacteurs et aux correcteurs …
Qui crée les codes typographiques ?-J’ai établi la liste des ouvrages actuels donnant les règles de composition des textes destinés à l’impression ou à la diffusion numérique …
L’humour de Jean-Pierre Lacroux-Dans l’avant-propos de son « Orthotypographie », Jean-Pierre Lacroux révèle un humour discret mais efficace …
Comment abréger “milliard”-L’abréviation Md€ pour « milliards d’euros » n’est pas officielle, mais courante dans l’administration et la finance …
La PAO nous a donné accès à la large palette des signes spécifiques aux alphabets étrangers, tels que le o barré (ø) ou la brève (˘). Les reproduire est-il cependant une nécessité dans les travaux courants ?
La langue française, accueillant traditionnellement les mots étrangers dans leur orthographe d’origine, pourvu bien sûr que cette orthographe soit en caractères latins, a vu apparaître, avec les nouvelles techniques typographiques, des signes diacritiques issus essentiellement de travaux de translittération. Entrant en contradiction avec la volonté actuelle de simplification de l’orthographe, cette tendance, qu’avait suivie par exemple Larousse, a été stoppée par l’arrêté du 4 novembre 1993 relatif à la terminologie des noms d’États et de capitales. Larousse a adapté son orthographe, mais cette tendance perdure ici et là. L’utilisation de diacritiques étrangers n’est en principe tolérée que pour les patronymes ainsi que pour les toponymes sans envergure internationale qui ne nécessitent pas de francisation. Ces mots restant dans tous les cas étrangers au français.
À propos des signes diacritiques, l’arrêté en question précise :
3. Les noms de pays et de villes étant des noms propres, il est recommandé de respecter la graphie locale en usage, translittérée ou non. On ne portera cependant pas les signes diacritiques particuliers s’ils n’existent pas dans l’écriture du français.
Wikipédia poursuit :
Il y a 5 diacritiques utilisés en français : l’accent aigu (é), l’accent grave (à, è, ù), l’accent circonflexe (â, ê, î, ô, û), le tréma (ë, ï, ü, voire ÿ – mais aussi ä et ö pour de rares mots étrangers devenus français) et la cédille (ç) avec des restrictions d’emploi (les combinaisons possibles sont indiquées entre parenthèses)1.
Cela dit, si on écrivait Erdoğan et non Erdogan, on aurait plus de chances de le prononcer correctement… Depuis que j’ai appris que le « g doux » turc signalait un allongement de la voyelle qui précède, j’ai compris d’où venait le problème.
Il arrive que l’usage systématique et sans discernement des tirets dans les dialogues rende la lecture difficile, la limite entre dialogue et récit n’étant pas marquée par un guillemet fermant.
Dans son Dictionnaire orthotypographique moderne (s. v. dialogues), Jean-Pierre Colignon prend clairement parti pour le maintien des guillemets comme délimitateurs de parole.
Dans la typographie traditionnelle, tous les dialogues commencent et finissent par un guillemet. C’est toujours la meilleure façon de procéder, celle qui déjoue tout risque de mécompte.
Beaucoup d’écrivains, d’éditeurs, d’imprimeurs se bornent à placer un tiret devant chaque amorce ou reprise de dialogue, chaque fois qu’un personnage prend la parole. Hélas ! ce procédé – en faveur grâce à la facilité de son emploi – rend confus la plupart des textes. Et cela devient très pénible quand un interlocuteur dévide une tirade de plusieurs alinéas. Paroles, jeux de scène, descriptions de lieux, commentaires du narrateur ou de l’auteur, tout cela est mélangé sans distinction. Aussi, et non par dilection pour l’archaïsme ou la mode « rétro », ne peut-on que recommander la présentation classique, qui exclut toute obscurité.
Colignon donne un exemple (je mets les guillemets en gras) :
« Votre position ainsi que la fonction qui est la vôtre vous donnent droit à une arme. C’est le règlement, cela fait partie de vos émoluments. Il faut que vous en ayez une. J’espère que je suis clair… – Tout à fait, mais quelque chose m’échappe. » D’énervement, j’avais rougi jusqu’aux oreilles. « Je n’ai jamais vu la couleur du pistolet dont tu me parles, tu comprends ? – Je comprends. Mais peu importe que vous l’ayez vu ou pas. Il est forcément en votre possession ! » (D’après Lao Ma, Tout ça va changer, éd. Philippe Picquier.)
Je me demandais pourquoi certains noms asiatiques, comme celui du cinéaste taïwanais Tsai Ming-liang (Hou Hsiao-hsien, Wong Kar-wai, Bong Joon-ho…), sont transcrits en français avec un trait d’union et une minuscule au second vocable.
Je savais que Tsai est le nom de famille, Ming-liang, le « nom personnel », composé de deux idéogrammes. Je ne m’interrogeais que sur l’ajout du trait d’union en français, la transcription en pinyin étant Cài Míngliàng.
Une aimable consœur a interrogé deux spécialistes à ce sujet. Voici son compte rendu.
« Ayons à l’esprit tout d’abord que les Chinois ne parlent que par vocables isolés, chaque « son » correspondant à un idéogramme, toujours détaché du précédent et du suivant. Donc, même si, en termes de « sens », on a un mot transcrit en français comme Qigong, en chinois, ce mot sera toujours transcrit avec deux idéogrammes : Qi + Gong.
« Idem pour les noms propres. On trouve effectivement le nom de famille en premier composé d’un seul vocable, suivi du prénom à deux vocables (et non de deux prénoms). Ex.: Mingliang.
« Le chinois classique considère que 1 mot = 1 caractère, donc les traducteurs attachés à la tradition préféreront couper un prénom en deux mots : Ming-Liang, le trait d’union servant à rappeler qu’il s’agit d’un seul prénom. C’est le système utilisé à Taïwan encore aujourd’hui.
« Le chinois moderne admet plus facilement que 1 mot = 2 caractères, et transcrira alors Mingliang.
« Le pinyin, système international utilisé pour romaniser le chinois depuis les années 1970, utilise donc la version moderne : tous les prénoms chinois devraient donc s’écrire en un seul mot : Mingliang.
« Il n’en demeure pas moins que beaucoup utilisent malgré tout le trait d’union. Pour citer une de mes amies sinologues, c’est « une erreur qui perdure»…
« Cela dit, même si l’on choisit la version traditionnelle, il n’y a (et ils sont bien d’accord sur ce point) aucune, mais alors, aucune raison de mettre une majuscule à un des vocables et pas à l’autre, ce qui laisserait supposer, à tort, qu’il y a une hiérarchie dans les vocables composant un prénom. »
Dans le Grevisse, je viens de tomber sur une règle bien utile et dont je ne trouve pas l’équivalent dans les codes typo.
On sait que « lorsqu’il fait partie intégrante du titre réel, l’article se compose en italique2 » : « dans Les Martyrs de Chateaubriand ». Mais qu’en est-il si l’œuvre est suivie d’un autre complément que le nom de l’auteur ?
Grevisse nous dit (§ 588) : « La syntaxe l’emporte sur le respect du titre nécessairement dans Acheter deux Monde, Acheter le Times. Il est donc préférable d’écrireDans le Monde d’aujourd’hui plutôt que Dans Le Monde d’aujourd’hui. »
Si l’on suit cette règle, on devrait écrire différemment : « J’ai emprunté le Monde de Jean » et « J’ai emprunté Le Monde à Jean ». Étonnant, non ?
Dans les ouvrages du xixe siècle, on rencontre souvent « dans le Figaro », alors qu’aujourd’hui l’usage le plus fréquent est « dans Le Figaro ». Certes, « plusieurs journaux arborant le titre Figaro (avec ou sans article) paraissent de manière irrégulière entre 1826 et 18543 », mais à partir de 1854 l’article est fixé. Il semblerait donc que cette différence de composition soit davantage liée à la primauté de la syntaxe qu’à la généralisation du code typo.
Devant la rédaction du New York Times le 30 juin 2020. Photo Johannes Eisele. AFP
Le 30 juin 2020, à la suite de la mort de George Floyd et des manifestations qui ont secoué les États-Unis, le New York Times annonce qu’il mettra désormais une majuscule à l’adjectif Black, mais pas à white. L’agence de presse Associated Press l’a précédé dans ce choix.
C’est donc un choix politique, un exemple de discrimination positive par la typographie.
Sur ce sujet, Libération répond à la question d’un lecteur :
Concernant une éventuelle capitalisation du mot « blanc », l’agence de presse AP se pose encore la question. Le New York Times, de son côté, a tranché : « Nous conserverons le traitement en minuscule pour le mot “blanc”. Bien qu’il y ait une question évidente de parallélisme, il n’y a pas eu de mouvement comparable vers l’adoption généralisée d’un nouveau style de “blanc”, et il y a moins le sentiment que “blanc” décrit une culture et une histoire partagées. De plus, les groupes haineux et les suprémacistes blancs ont longtemps privilégié le style majuscule, ce qui en soi est une raison pour l’éviter. »
En France, la grande majorité des médias met une majuscule à « Blanc » et à « Noir », principalement pour des raisons grammaticales. C’est la règle du substantif qui s’applique en effet. « Par analogie avec les ethniques[gentilés4] dérivés de noms propres, on met la majuscule à des noms qui désignent des groupes humains, par exemple d’après la couleur de leur peau ou d’après l’endroit où ils résident (lequel n’est pas désigné par un vrai nom propre)», détaille le Grevisse de la langue française.
C’est cette même règle qui est suivie depuis plusieurs années à Libé. « À partir du moment où on l’utilise comme une ethnie, la règle des nationalités s’applique », explique Michel Becquembois, chef du service édition.
J’en profite pour donner les exemples du Grevisse :
Des Noirs en file indienne (Malraux, Antimémoires, p. 163). — Les femmes ne sont pas comme les Noirs d’Amérique, comme les Juifs, une minorité (Beauvoir, Deux. sexe, t. I, p. 17). — L’Asie rassemble la plus grande partie des Jaunes de la planète (Grand dict. enc. Lar., art. Asie). — Ce brassage incessant de Provinciaux et de Parisiens (H. Walter, Phonologie du fr., p. 16). — Un d’entre eux, qui se déclare simplement Auvergnat, a été rangé […] parmi les Méridionaux (A. Martinet, Prononc. du fr. contemp., p. 29). — Les Peaux-Rouges du Nouveau Monde (Ac. 2007).
Pour mon métier, j’ai lu quantité de manuels de typographie, et jamais je n’ai lu d’explication sur l’origine de l’espacement des signes de ponctuation. Ce que décrivent les codes typographiques est simplement l’état actuel de l’usage français.
Mais il a varié, comme on peut le comprendre ici ou là.
« Jadis, la virgule était précédée d’“une” espace. Cette règle est tombée en désuétude », nous dit Jacques Drillon5.
Les anciens typographes étaient plus souples que les modernes. Ils savaient jouer avec les espaces liées à la ponctuation.
Lefevre 1883 : « On met une espace d’un point avant la virgule, le point-virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation, si la ligne où ils se trouvent est espacée ordinairement ; mais si elle est plus serrée, on se dispense d’en mettre avant la virgule, surtout lorsqu’elle est précédée d’une lettre de forme ronde. Le contraire a lieu, c’est-à-dire que l’on peut augmenter l’espace d’un demi-point avant ces diverses ponctuations, et surtout avant les points d’exclamation et d’interrogation, si la ligne est espacée plus largement. On ne met pas d’espace avant le point qui termine une phrase, ni avant le point abréviatif, ni avant les points suspensifs. »
La virgule a perdu son espace éventuelle. Resquiescat in pace ! En revanche, rien n’interdit de continuer à faire varier les espaces qui précèdent le point-virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation. Aujourd’hui, rares sont les compositeurs qui se donnent la peine de modifier au coup par coup les espaces insécables fixes qui précèdent la ponctuation haute. Dommage, car de très légères modifications — quasi imperceptibles — peuvent éliminer des coupures ou améliorer l’espace justifiante d’une ligne donnée.
L’arrivée de l’informatique dans l’édition a simplifié les usages ; celle d’Internet les a bousculés, comme le note Jean-Pierre Colignon :
Comme le point d’interrogation, le point d’exclamation doit, en principe, être précédé d’une espace fine et suivi d’une espace forte. Dans la réalité, si le second espacement est respecté, l’espace fine, elle, disparaît souvent, ou bien cède la place à une espace plus ou moins moyenne, en fonction des blancs à répartir dans la ligne par la personne, écrivain, journaliste, secrétaire d’édition, secrétaire de rédaction, qui fait la saisie du texte6.
Les compositeurs de texte « à l’ancienne » ayant quasiment disparu, bien peu de professionnels de l’édition ont connaissance de règles comme celle édictée par Charles Gouriou :
Le point-virgule (;), le point d’exclamation (!) et le point d’interrogation (?) sont séparés du mot précédent par une espace variable selon les corps et les caractères : elle est de 2 points au moins (on peut se régler sur 1/3 de cadratin)7.
(On notera qu’il pourrait y avoir débat entre Colignon et Gouriou, car une espace fine fait un point (Lacroux), alors que « 2 points au moins » est « une espace plus ou moins moyenne ».)
N.B. : Comme il n’existe pas un code typographique unique auquel se référer, l’espacement de la ponctuation peut varier, même entre professionnels. Par exemple, certains font précéder le deux-points d’une espace forte (règle la plus courante en France) ; d’autres préfèrent une fine, notamment les Belges et les Suisses.
La bibliothèque du correcteur, sur mon site, recense déjà logiciels de correction et dictionnaires en ligne. Voici quelques ressources complémentaires.
Développée par l’Office québécois de la langue française, la Vitrine linguistique est utilisée par nombre de correcteurs français. « Un accès rapide et unique pour obtenir des réponses à vos questions sur la langue française, des rubriques linguistiques et des centaines de milliers de termes et de définitions. »
Ce site « répertorie les principales difficultés de la langue française, les bizarreries sur lesquelles il vous arrive parfois d’hésiter et les fautes les plus courantes ».
« […] une équipe de rédacteurs passionnés qui publie chaque jour des articles sur l’orthographe, la littérature française, la linguistique, les expressions francophones… »
Répertoire d’adjectifs, de verbes et d’adverbes pouvant ou devant se construire avec une préposition. Il indique les bonnes prépositions à employer et fournit des exemples illustrant leur emploi.
Le Réseau pour la nouvelle orthographe du français (RENOUVO) diffuse l’information sur les rectifications orthographiques proposées et recommandées par les instances francophones compétentes (parmi lesquelles l’Académie française, le Conseil supérieur de la langue française…).
Les figures de rhétorique, par Laurent Jenny, département de Français moderne, université de Genève.
Créé par le Conseil international de la langue française (Paris), Orthonet a pour principe de « traiter toutes les questions sur la langue française, faciliter son emploi, résoudre les difficultés que rencontrent les usagers, francophones ou non, surtout dans l’écrit, les faire bénéficier de notre expérience et d’une documentation sans cesse améliorée ».
Enquêtes linguistiques de Druide, l’éditeur du logiciel Antidote, et Chroniques Grevisse de Jean-Christophe Pellat, « réflexions sur les usages de la langue française dans tous ses états : littéraires, historiques et contemporains ».
Série « L’envers des mots » du site The Conversation, « réalisée avec le soutien de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture ».
Chronique (payante) Vous avez de ces mots, de la linguiste Anne Catherine Simon (à la suite de Michel Francard), dans Le Soir (Belgique).
Lettre d’information (payante) « Sur le bout des langues », de Michel Feltin-Palas, « consacrée au français, aux langues de France et plus largement à la défense de la diversité culturelle », sur le site de L’Express.
Les Éditions Le Robert tiennent le blog Dis-moi Robert.
Blog La Grammaire de Forator, sérieux, voire austère, avec des positions radicales, mais intéressant pour les passionnés.
Archives du podcast Parler comme jamais, où la linguiste Laélia Véron, autrice avec Maria Candea du livre Le français est à nous !, « s’interroge[ait] sur les langages et leurs usages, sur ce qu’ils disent de nous ».
Deux correcteurs du Monde.fr, désormais retraités, nous font profiter de leurs réflexions sur leur blog, Langue sauce piquante.
Le blog de grammaire Choux de Siam était intéressant. Il est toujours en ligne, mais à l’arrêt depuis deux ans.
Penser aussi aux nombreuses ressources recensées par Lexilogos.
Depuis l’invention de l’imprimerie en Europe (v. 1450), ce sont des professionnels, individus ou organismes, qui établissent, pour leur propre usage, les règles de composition des textes destinés à l’impression – ou, désormais, à la diffusion numérique.
Les codes typographiques sont donc la continuité des premières règles édictées par les typographes-imprimeurs de la Renaissance (☞ voir Orthotypographia, 1608). Plusieurs manuels typographiques ont fait date au xixe siècle, notamment ceux de Marcellin-Aimé Brun, d’Antoine Frey, de Théotiste Lefèvre et de S.-A. [Auguste] Tassis (☞ voir Ouvrages écrits par ou pour les correcteurs). Mais le terme « code typographique » apparaît dans les années 1920. Je ne cite dans cette page que les ouvrages en usage actuellement1.
Le Code typographique de 1986 (15e éd.), le « petit livre rouge » avec lequel j’ai appris les rudiments du métier.
Le Code typographique, ou Nouveau Code typographique en 1997, est publié pour la première fois en mai 19282 par la Société amicale des directeurs, protes et correcteurs d’imprimerie de France, et pour la dernière fois en 1997 par la Fédération de la communication CFE/CGC.
Jean-Pierre Lacroux (1947–2002), correcteur et typographe, est l’auteur d’un riche dictionnaire raisonné des usages typographiques, Orthotypographie, que sa mort prématurée l’a empêché de finir. Parachevé par une équipe de correcteurs, son ouvrage est disponible gratuitement en ligne, mais aussi édité chez Quintette.
Yves Perrousseaux (1940–2011), éditeur et historien de la typographie, a publié des Règles de l’écriture typographique du français (Atelier Perrousseaux éditeur, 1995, sous le titre Manuel de typographie française élémentaire ; 10e éd., 2020, revue et augmentée par David Rault et Michel Ballerini).
Le Centre d’écriture et de communication (CEC, 20033-2022) a confié la rédaction de son ouvrage de référence, Orthotypo & Co(éd. Cornées Laliat, 2013), à Annick Valade, responsable des services lecture-correction aux Éditions Larousse, puis aux Dictionnaires Le Robert.
En Suisse, le Guide du typographe (1943, 7e éd., 2015), initialement intitulé Guide du typographe romand, est publié par le groupe de Lausanne de l’Association suisse des typographes (AST).
Charles Gouriou (1905-1982), auteur du Mémento typographique, appliqué au « livre d’édition courante » (Hachette, 1961 ; nouv. éd. ent. rev., 1973 ; éd. du Cercle de la librairie, 1990, 2010), était lecteur-correcteur à la Librairie Hachette.
Il faut aussi mentionner Daniel Auger (1932-2013), professeur honoraire à l’école Estienne, dont les ouvrages, de grande qualité, ne sont, hélas, consultables que dans de rares bibliothèques (BnF, bibliothèque patrimoniale de l’école Estienne) : Préparation de la copie, correction des épreuves (INIAG, 1976, éd. corrigée, 1980), Grammaire typographique, tomes I et II (aux dépens de l’auteur, 2003) et Les Textes imprimés (aux dépens de l’auteur, 2003), synthèse du cours de préparation de la copie et de correction qu’il a donné « à partir de 1962 et pendant plus de vingt-cinq ans au lycée Estienne ».
C’est pour moi une découverte, après trente ans de métier : le premier manuel à l’usage des correcteurs date de 1608 – soit un siècle et demi après l’impression de la Bible à 42 lignes par Gutenberg. Nous le devons à Jérôme Hornschuch (1573-1616), qui pratiqua la correction d’épreuves comme gagne-pain tout en suivant des études de médecine. Son petit ouvrage, Orthotypographia (45 pages in‑8), a été publié à Leipzig en latin, puis traduit en allemand (l’édition allemande peut être feuilletée et téléchargée sur SLUB). « La brochure a été publiée dans de nouvelles éditions légèrement modifiées jusqu’en 1744 environ » (Eberhard Dilba).
Page de titre de l’édition en allemand (1634).
« Livre d’érudit sourcilleux : [Hornschuch] évoque, dans un discours savant, l’histoire de l’écriture, l’invention de l’imprimerie ; il vante les qualités du correcteur, définit les dispositifs d’impression correspondant au format, énumère les signes de correction, dénonce les pièges de la composition, de la graphie, vante la bonne ponctuation, cite d’illustres modèles. Un manuel méthodique du savoir corriger » (Jean-Claude Chevalier, CNRS).
On y trouve, pour la première fois représentés, les signes utilisés par les correcteurs : « […] on sait que dès l’époque des incunables, certains signes de correction sont fixés et ont conservé jusqu’à aujourd’hui leur forme initiale (voir par exemple le deleatur) » (Rémi Jimenes, Centre d’études supérieures de la Renaissance).
En face du 2e paragraphe, on reconnaît le deleatur.
« L’ouvrage comporte également une gravure, devenue célèbre, de Moses Thym représentant un atelier typographique. On y voit, à l’arrière-plan à droite, trois personnages dont l’un lit attentivement un texte et les deux autres discutent. On s’accorde à penser qu’il s’agit d’un auteur en pleine discussion avec deux correcteurs » (Dominique Varry, ENSSIB) – d’autres auteurs disent que le troisième personnage n’est pas identifié.
Au fond à droite, trois personnages discutent, dont deux sont peut-être des correcteurs.
« Le correcteur, quand il existe, joue précisément l’interface entre l’imprimeur et l’auteur. Il demeure donc un témoin privilégié. […] Hornschuch dégage sa propre responsabilité, renvoyant dos à dos des “maîtres imprimeurs ignares et grippe-sous, [et] des auteurs négligents” » (Alain Riffaud, Sorbonne, citant J.-F. Gilmont) :
Orthotypographia a été traduit en français par Susan Baddeley, et édité avec une introduction et des notes de Jean-François Gilmont, par les Éditions des Cendres en 1997. Malheureusement, les 499 exemplaires numérotés ont vite été écoulés et il est aujourd’hui introuvable. Il est cependant consultable à la BNF.
Je n’avais jamais lu l’avant-propos du grand œuvre de Jean-Pierre Lacroux, Orthotypographie – on saute souvent ces introductions, on a tort. Il est délicieusement écrit et parsemé d’un humour discret mais efficace. Extrait :
La plupart des récriveurs, des correcteurs et des typographes ne sont ni plus paranoïaques ni plus obtus que la plupart des linguistes ; ils ne sont pas spécialement puristes, encore moins fixistes ou « normolâtres » : ils savent, eux aussi, que notre langue est vivante, qu’elle bouge encore, l’aïeule désinvolte, et se régénère ; qu’elle évolue, danse sur ses marges, gracieuse ou désolante ; qu’il est absurde de vouloir la pétrifier en l’état, de lui interdire des emprunts judicieux, des fantaisies passagères ou durables. Une caractéristique pourtant leur est propre : on leur demande de faire comme si de rien n’était, on les paye pour faire respecter la norme écrite. Faut-il s’étonner s’ils aiment qu’elle soit périodiquement précisée ?