Après avoir été « chroniqueur théâtral un temps dans un hebdomadaire », le protagoniste de ce roman, Axel Balliceaux, entre dans un journal du soir connu pour son sérieux, Le Médium. — Il ressemble fort au Monde, où Michel Braudeau (né en 1946) a été journaliste littéraire, critique de cinéma et grand reporter1. Le texte raconte, notamment, comment un réseau pneumatique faisait circuler la copie de service en service, cassetin2 compris.
« Le Médium existait depuis l’entre-deux-guerres et occupait un immeuble entier [à Paris]. […] Au fil des années, les collaborateurs s’étaient multipliés et s’entassaient tant bien que mal dans l’espace inextensible, hélas, de l’immeuble et, peu à peu, sans rien perdre de son orgueil, chacun s’était fait plus petit ou plus plat pour tenir à côté des autres, garder son bureau, son étagère. Comme on ne jetait presque rien ni personne, les couloirs étaient étroits comme des galeries de mine, les murs tapissés de livres, de dossiers, d’anciens numéros reliés, jusqu’au plafond3. Certaines pièces n’avaient pas de fenêtre, dans d’autres on était à cinq sur une table de bridge, chacun parlant bas au téléphone à quelque informateur secret, grattant des pattes de mouche sur des feuillets coupés en deux. De temps à autre, un garçon d’étage surgissait entre deux piles de Médium fossilisés, jetait un paquet de dépêches sur la table, s’emparait de nos feuillets, terminés ou non, et courait les placer en rouleau dans une capsule de plastique, comme un gros suppositoire dévissable qu’il fourrait illico dans un tube aspirant.
De haut en bas le Médium était parcouru d’un réseau serré de ces tubes pneumatiques qui distribuaient les nouvelles, les articles, les notes de service, à raison d’un millier de hoquets par jour, sans que l’on soit assuré de la véritable destination du tube. Il devait y avoir un tri quelque part, une poubelle, car certains papiers ne reparaissaient jamais en aucun lieu. “C’est le métier”, disait-on avec philosophie. […] Je ne me plaignais pas, mes pages étaient épargnées, prenaient le bon tube vers le bureau des correcteurs qui époussetaient quelques fautes d’orthographe, brisaient hardiment la syntaxe, dispersaient la ponctuation avant d’envoyer le tout dûment tamponné à l’impression dans les sous-sols où de puissantes rotatives broyaient ma prose noire ; mais certains, des anciens de la maison que l’on avait punis autrefois pour un crime mystérieux, un coup d’État manqué, savaient du fond de leurs remises sans air que pas une ligne d’eux ne serait transmise, restaient impassibles devant leurs pages blanches, penchés, le stylo à la main, sans écrire un mot, comme des blattes, silencieux, indélogeables. Un jour, ce serait mon tour […]. »
Michel Braudeau, L’Objet perdu de l’amour, Paris, Seuil, 1988, p. 221-222.
À propos de L’Interprétation des singes (Stock, 2001), dont le protagoniste, Aliocha, est également journaliste d’un quotidien de référence, Michel Braudeau a déclaré : « Le “journal de la nuit” que je cite dans mon roman peut, de loin, faire penser au Monde, où je travaille mais c’est une illusion, bien sûr. Le Monde est beaucoup plus sérieux que mon journal de fiction. Quant à l’autobiographie, elle est à l’œuvre partout, y compris à travers des personnages de fiction. C’est inévitable autant que volontaire. » — « Débat littéraire avec Michel Braudeau », Le Monde, 19 octobre 2001. ↩︎
Terme de jargon pour le bureau des correcteurs. ↩︎
1982-1986. Philippe Meyer (né en 1947) anime Télescopages sur France Inter, mais il est avant tout journaliste à L’Express, dont il fréquente volontiers les correcteurs, ces bons vivants.
« La presse de l’époque était encore florissante […]. Elle conservait ses traditions et ses corporations, dont une pour laquelle j’avais une affection particulière, celle des correcteurs de presse, chargés de la conformation, voire de la pureté de notre langue. C’était une tribu d’anarchistes, portés, hommes et femmes, sur la bonne chère, les bonnes bouteilles, les cigares — qu’ils arrivaient à faire venir de Cuba — et la chanson. Ces anarchistes ne connaissaient qu’une seule loi : la grammaire. Ils la faisaient respecter sans merci. Je revois encore entrer dans le grand bureau du rédacteur en chef que j’étais devenu l’un d’entre eux, Yves Gibeau, par ailleurs excellent romancier, tenant à la main ma copie avec un air de désolation pareil à celui de mes professeurs de mathématiques. Il me regarde et, posant mon papier sur mon bureau : “La voiture dont tu parles dans ton article, elle est de quelle couleur ?” “Elle est bleue, c’est écrit.” “Alors, elle ne peut pas être rutilante.” Et de repartir, désolé que l’on ait pu confier des responsabilités à un garçon qui ignore que “rutilant” ne saurait qualifier que ce qui est naturellement d’un rouge éclatant, d’un roux flamboyant ou teinté de reflets pourpres. J’allais volontiers traîner dans la grande salle où étaient regroupés ces correcteurs et où l’on était sûr de trouver des flacons et des terrines. Je ne devais pas le privilège d’y être admis sans raison de service à mes galons, mais à mon goût pour la chanson et à ma connaissance du répertoire des refrains anarchistes. »
Dans cet exercice d’admiration, il évoque Bertrand Tavernier, Cyril Collard, Annie Kriegel, Pierre Desproges, Michel Rocard, Frédéric Rossif, René de Obaldia, Charles Aznavour, Jean-Marie Domenach, Jean-François Revel, Claude Sautet, Jean d’Ormesson…
Dans un essai philosophique des années 1940, de l’auteur marxiste Pierre Naville (1904-1993), la première partie prend la forme d’un dialogue entre deux correcteurs de presse, l’auteur et son collègue M. Les quelques phrases d’introduction font percevoir l’ambiance de leur petit bureau, à proximité des machines à composer.
« Nous finissions de corriger des épreuves dans un de ces petits locaux insalubres mis à la disposition des sphinx qui, silencieusement, épouillent des textes tout chauds sortis de la linotype. Le crayon s’abattait de temps en temps sur la grande feuille humide, et nous corrigions tous deux des journaux différents. Nos pensées et nos langues suivaient aussi des cours différents. À côté le cliquetis des linotypes se mêlait au ronflement des machines, dans un vacarme saturnien. Les lèvres de mon voisin remuaient doucement, balbutiaient parfois, suivaient le texte, l’œil sautillant d’un bout à l’autre de la ligne, cassant par le menu un fil insaisissable qu’il ne perdait jamais de vue. J’avais terminé ma propre tâche, ma morasse était partie rejoindre le compositeur, et je suivais avec assez d’attention le murmure indistinct qui trahissait devant moi le travail du correcteur d’imprimerie. Je fumais.
« Il était un collègue de longue date, curieux des écrits qu’il lisait professionnellement. Je le savais banalement joueur de cartes, philosophe par moralité, mal marié, quoi encore ? Actif, remuant, ni démocrate ni ouvrier, un peu l’un et l’autre, inquiet de bien des choses. Il rejetait les livres et les journaux avec autant de vivacité qu’il avait d’appétit à les lire… Il avait été soldat, étudiant autodidacte, et la correction d’imprimerie lui avait enseigné la modestie : tant de bêtise scrutée à la loupe !
Pierre Naville.
« Ses lèvres continuaient imperceptiblement de s’agiter. Notre demi-silence était plein de pensées, comme une éclaircie dans l’orage déferlant des machines. […]
« Il posa bientôt son crayon. La feuille humide s’envola. […]
« M… faisait profession de solitude, et ne s’en cachait pas. Cela ne l’empêchait pas de vivre aussi honnêtement qu’un autre, c’est-à-dire d’attacher autant d’importance qu’il faut aux différences… Mais il n’avait jamais pu prendre complètement son parti de sa singularité (ou de ce qu’il pensait tel) et je crois bien que ce trait était souligné par son état de correcteur d’imprimerie, qui dispose à l’amitié avec l’écriture plutôt qu’avec les hommes. Il n’y a pas de femmes parmi nous. Il avait pris goût à cette familiarité des caractères fraîchement imprimés, cette pensée en combustion qui refroidit lentement au sortir des matrices. […]
• • •
« C’est à ce moment qu’on nous apporta de nouvelles morasses. Nous reprîmes nos crayons, et nos yeux coururent de gauche à droite, par petits sauts, pointant soudain la faute. Les linotypes continuaient […], dans le cliquetis confus des matrices de cuivre et des lames de plomb brûlant. »
Pierre Naville, Les Conditions de la liberté, éd. du Sagittaire, 1947, p. 13-15 et 53.
Pierre Daninos (date et photographe inconnus) et la jaquette de l’édition originale du Pyjama (Grasset, 1972).
Le journaliste et écrivain Pierre Daninos (1913-2005), surtout connu pour Les Carnets du major Thompson (1955), raconte une anecdote vécue après la Libération, à France-Soir :
Ma tâche consistait alors à présenter les grandes enquêtes, à les titrer, les sous-titrer et, bien souvent, à récrire la copie — ce qui, dans le jargon journalistique[,] s’appelle rewriting. Le texte que j’avais ce soir-là sous les yeux était celui d’un grand reporter qui, [de] retour d’Afrique du Sud, écrivait à propos du désert du Kalahari, et pour en souligner la sécheresse : Le peu d’eau qui tombe, les indigènes le conservent dans des œufs de gazelle. Distraction ? Mystérieux effet du mot gazelle, aérien au point de me paraître volatile ? Fatigue due au désert ? […] Pour une raison ou pour une autre, je laissai partir pour le marbre les œufs de gazelle[,] qui se reproduisirent à l’aube à une cadence vertigineuse. Je dormais encore quand je fus appelé au téléphone par le rédacteur en chef technique : — Bravo pour les œufs de gazelle ! Il y en a 200 000 qui sont partis par la départementale ! Mal réveillé, je ne vis pas avec netteté l’énormité de la ponte. En arrivant au journal l’après-midi, j’appris les suites de cette couvée dont la province avait eu la primeur. Furieux, le rédacteur en chef était monté au marbre1 pour engueuler le chef correcteur : — Enfin c’est incroyable ! Vous avez vu ce que vous avez laissé passer ? Il lui tendit la morasse2. Le vieux correcteur ajusta son binocle, relut et dit : — Évidemment… C’est idiot, monsieur Chardigny3. Il fallait un s ! Comme Chardigny, désarmé, le priait de relire une nouvelle fois la phrase, le chef correcteur lui dit après réflexion : — Évidemment, c’est beaucoup trop petit pour pouvoir contenir de l’eau… Ce fut le rédacteur en chef lui-même qui introduisit dans les éditions suivantes l’autruche qui convenait.
Pierre Daninos, Le Pyjama, Grasset, 1972, p. 53-54.
On peut découvrir l’imprimerie de France-Soir (100, rue Réaumur, Paris 2e), en 1963, dans les deux premières minutes de cette archive de l’INA.
Je l’imagine plutôt descendre à l’imprimerie. ↩︎
Dans Tropique du Cancer, traduit en français chez Denoël en 1945, Henry Miller (ici, photographié par Carl Van Vechten, en 1940) évoque son expérience de correcteur de presse.
En 1930, l’écrivain américain Henry Miller (1891-1980) s’installe seul à Paris, où ses premiers mois de bohème sont misérables. En mars 1932, il est embauché comme correcteur de l’édition parisienne du Chicago Tribune, grâce à l’écrivain britannique Alfred Perlès, qui y était employé. Il relate cette expérience dans un roman qu’il a déjà commencé à écrire — avec une liberté de ton qu’il veut totale — et qui sera célèbre : Tropique du Cancer. Extraits.
« […] Assis dans ma petite niche, tous les poisons que le monde répand chaque jour passent à travers mes mains. Je ne me souille même pas le bout de l’ongle. Je suis absolument immunisé. Je suis même plus pépère qu’un gars du laboratoire, parce que je n’ai pas d’odeurs nauséabondes ici, tout juste l’odeur du plomb brûlant. Le monde peut sauter ! — je n’en serai pas moins ici, à mettre une virgule ou un point-virgule. […]
« […] Un bon correcteur d’épreuves n’a ni ambition, ni orgueil, ni cafard. Un bon correcteur d’épreuves est un peu comme Dieu tout-puissant : il est dans le monde, mais n’en fait pas partie. Il en tient pour le dimanche seulement. Le dimanche est sa nuit de repos. Le dimanche, il descend de son piédestal et montre son derrière aux fidèles. Une fois par semaine il se met à l’écoute pour capter tous les chagrins privés et la misère du monde ; et ça lui suffit pour le reste de la semaine. Le reste de la semaine, il demeure dans les marécages d’hiver glacés, il est l’absolu, l’impeccable absolu, avec seulement une cicatrice de vaccination pour le distinguer de l’immense vide.
« La plus grande calamité pour un correcteur, c’est la menace de perdre sa place. Quand nous nous réunissons pendant la pause, la question qui nous fait courir un frisson dans le dos, est : qu’est-ce que tu feras si on te fout à la porte ? […]
« Cette vie, qui, si j’étais un homme ayant encore de l’honneur, de l’orgueil, de l’ambition et ainsi de suite, m’apparaîtrait comme le dernier échelon de la dégradation, je l’accueille avec joie maintenant, comme un malade accueille la mort. C’est une réalité négative, juste comme la mort — une espèce de paradis sans la souffrance et la terreur de la mort. Dans ce monde chthonien la seule chose d’importance est l’orthographe et la ponctuation. Peu importe la nature de la calamité, pourvu qu’elle soit orthographiée correctement. […] Rien n’échappe à l’œil du correcteur, mais rien ne pénètre à travers sa cotte de mailles. »
Henry Miller, Tropique du Cancer [1934], trad. de l’anglais (États-Unis) par Paul Rivert, Denoël, 1945.
Le Professionnel du livre, mai 1938. Source : Gallica/BnF.
Une perle est relevée dans les colonnes d’un journal et, comme toujours, on en blâme le correcteur (photo ci-dessus). C’est une fois de trop pour Letellier, lui-même correcteur expérimenté, en labeur et en presse. Adhérent de la fédération qui publie Le Professionnel du livre, il prend la plume pour rappeler qu’une correction demandée peut être oubliée, mal interprétée, mal exécutée, voire refusée pour diverses raisons.
Injustement tenue pour responsable des coquilles, bourdons1 et autres accidents qui rendent très souvent les meilleurs articles incompréhensibles, la corporation des correcteurs, par la plume de notre camarade Letellier, se défend énergiquement. À la lecture de cette plaidoirie, nos camarades pourront reconnaître au passage certaines vérités — sévères mais justes — qui dénotent un abaissement du niveau de la conscience professionnelle chez ceux qui pratiquent ou tolèrent, ou encouragent des procédés tels que ceux qui nous sont signalés par notre adhérent. Puissent un jour, nos collaborateurs — dont plus d’un ignorant conteste l’érudition parfois très étendue — jouir d’une influence suffisante et… bienfaisante, afin de rendre à la corporation du Livre un lustre qui est bien près de disparaître. M. B.2
Dans le dernier numéro du Professionnel du Livre, je vois un conseil donné aux correcteurs : ne pas laisser passer de bourdons comme celui qui s’est produit dans un journal de Lille. Voilà une excellente occasion de montrer aux disciples de Gutenberg (j’étends le mot disciple à tous les membres de la corporation de l’imprimerie), l’erreur de ceux qui attribuent aux correcteurs toutes les fautes du journal.
Si je prends ici la défense des correcteurs, c’est parce que moi-même j’en suis un (trente ans de métier dont quatre ans et quelques mois de journal). Je crois être l’interprète de tous mes collègues : d’où l’emploi du mot nous et autres formes de la première personne du pluriel pour désigner l’ensemble des membres de la spécialité.
Des fautes “restées malgré nous”
Il n’entre nullement dans ma pensée de faire décharger les correcteurs de toute responsabilité en matière de coquilles, mastics3, etc., et de nous dire infaillibles : la pratique du métier nous a instruits et nous instruit encore, pour si anciens que nous soyons, et elle fait méditer aux orgueilleux — s’il y en a parmi nous — la mésaventure de saint Pierre : « Avant que le coq chante… » Il se peut même qu’une mauvaise écriture fasse mal lire nos corrections. C’est à chacun de chercher à écrire lisiblement (sans toutefois aller jusqu’à faire de l’épreuve une page d’écriture), de pratiquer la retouche, si une infirmité (névrite, goutte, rhumatisme…) s’oppose à une écriture lisible au premier jet et de mettre les noms propres en lettres bâtons (c’est peut-être l’absence de cette précaution, soit chez un rédacteur, soit chez un correcteur, qui a amené un lino4 à composer MÉTRONG au lieu de MÉ-KONG5. Si, maigre ces précautions, il arrive encore quelque mécompte, nous le mettrons dans le domaine de l’imprévisible.
Non moins loin de moi la pensée de nous reconnaître coupables de toutes les fautes qui passent dans les journaux. Il se peut que nous n’y soyons pour rien et même que ces fautes soient restées malgré nous. Je vais, à l’appui de mon dire, donner des exemples ; ne pouvant pas en emprunter à des collègues et ne voulant pas en inventer, je citerai des cas personnels, bien que, dit-on, ce soit malséant.
Je serai bref en ce qui tient à la faillibilité humaine, comme l’in-octavo raison6 (correction non exécutée) ou les bourses du travail affolées à la C.G.T. (correction à moitié marquée, d’où affilées, mais non pas affiliées) ; c’était au temps où les journaux se composaient encore en mobile7 (1907).
Bien plus récent (de la semaine dernière) et aussi en mobile (labeur8) : sur le bon à tirer, les hommes du Palais ; sur la tierce9 : les hommmes du palais. Comment s’est fait ce changement ? M’étant informé, j’ai appris qu’entre le tirage des épreuves d’auteur et la mise des paquets dans le rang, il y avait eu une ligne mise en pâte10, l’auteur du dommage avait réparé celui-ci, d’où le double changement constaté.
Jusqu’ici je n’ai cité que des cas où la volonté n’a eu aucune part ; elle a eu le principal rôle dans les exemples qui vont suivre.
Mauvaise volonté des typos
Si, à cause des fameuses « nécessités de la mise en pages » ou pour d’autres raisons d’ordre matériel, il ne pouvait être retenu qu’un seul des exemples ci-après, en voici un auquel je tiens essentiellement, en raison du caractère odieux qu’il présente ; il est typique et vaut, moralement, son pesant d’or, que dis-je, son pesant de radium.
Un correspondant de journal raconte l’histoire d’un individu qui a volé une jument à sa patronne qu’il mène à la foire. Correction : volé à sa patronne une jument… Le lino se plaint au prote11. Celui-ci dit de ne pas faire la correction, « parce qu’on n’a pas le temps de s’arrêter à des bêtises pareilles ». J’ignore si j’ai eu les honneurs du « parc aux huîtres » de Fantasio12, pourtant, une « bêtise pareille » en aurait été bien digne.
Manchette (1930) de Fantasio, périodique satirique (1906-1937, 1948). Son « Parc aux huîtres » recensait des perles parues dans la presse. Source : Gallica/BnF.
Connaissez-vous le Lion de Belfort ? Si oui, vous comprendrez que j’aie protesté quand j’ai eu sous les yeux, comme copie, une couverture de cahier où il était dit que le Lion est taillé dans le rocher qui porte le Château. Réponse : « Si le Lion est rouge, c’est qu’il n’a pas subi la patine du temps, au contraire du rocher qui est à découvert depuis des milliers d’années13. » J’apprécie l’humour, mais pas dans des cas semblables ; j’en dis autant de ce qu’on appelle la « souplesse commerciale14 » laquelle, me semble-t-il, se cache derrière la réponse rapportée ci-dessus.
Parlons maintenant un peu de la marine.
« Mouvement de la flotte. — Kersaint, parti de Nouméa pour les Hébrides. » Réfléchissez un peu et, comme moi, vous trouverez invraisemblable que le gouvernement français fasse venir des antipodes un navire de guerre pour l’envoyer au nord de l’Écosse, alors qu’il y avait à Brest, par exemple, ce qu’il fallait pour cela. Correction : les Nouvelles-Hébrides15. Quelle fatigue, pour le lino, d’avoir à refaire quatre ou cinq lignes ! Et aussi quelle ruine pour la maison ! C’est pourquoi le Kersaint continua… dans le journal, d’exécuter cet ordre fantastique.
À qui le tour ? À un autre navire, qui allait sur l’est — l — apostrophe — e — s — t — de Bordeaux au Sénégal. Correction : non plus l’est, mais lest, les quatre lettres d’un seul tenant. Cette fois, le lino fit ce que n’avaient pas fait ceux dont il a été question précédemment. Il me demanda une explication que je lui donnai immédiatement.
1o Définition du lest16 (un marin y aurait probablement trouvé à redire) ;
2o Impropriété du terme naviguer sur tel point du compas ;
3o Erreur géographique : même si l’expression était marine, elle ne pouvait pas s’appliquer au navire en question, qui, une fois sorti de la Gironde, avait pris comme point de direction le sud-ouest, jusqu’au tournant de la côte d’Espagne (cap Finisterre), puis le sud.
Mon explication ne servit à rien : la correction me fut refusée obstinément. Elle a été faite, mais ce fut par un autre lino.
Revenons à ce que, pour la facilité de mon élocution17, j’appellerai le cas de Lille. Je suis d’autant plus à mon aise pour en parler que je n’ai jamais mis les pieds dans le département du Nord.
De deux choses l’une : ou Le Professionnel a reproduit le texte tronqué avec sa justification et, sinon dans le même caractère, du moins avec la même force de corps, et alors je ne peux rien dire ; ou le texte du journal et celui du Professionnel ne vont pas ligne pour ligne, alors on peut envisager la disposition suivante : le mot invitation se serait trouvé à la marge de droite, une ou plusieurs des lignes auraient disparu et le texte aurait repris avec etaux drapeaux à la marge de gauche. « Coïncidence fâcheuse et bien étrange », dira-t-on peut-être. Étrange, soit, mais invraisemblable, non.
“Mettre en pages sans lecture”
Cette explication m’a été inspirée par le souvenir de la première fois où j’ai corrigé dans un journal de nuit (remplacement).
L’homme de bois18m’a enlevé plus d’une fois des épreuves non encore lues entièrement et même il en a pris sur la table d’autres qui n’ont servi absolument à rien, comme les premières, d’ailleurs. Lui-même m’a donné, quelques années plus tard l’explication de cette singulière manière de travailler : l’équipe des linotypistes avait, cette nuit-là, comme d’ordinaire, six hommes, mais l’un d’eux était hors d’état de travailler ; pour comble de malheur, il semblait que tout fût détraqué à la rédaction, la copie n’était pas envoyée dans l’ordre habituel, d’où la nécessité de mettre en pages sans lecture. Rien ne me permet de dire qu’il en a été de même dans le cas de Lille, mais le souvenir énoncé ci-dessus m’incite à ne pas juger le collègue lillois.
Deuxième hypothèse : il y avait un bourdon dans l’alinéa en question ; ce bourdon pouvait être long ; pour ne pas gâcher son blanc (entendez par là sa marge), blanc qui pouvait lui être fort utile par la suite pour d’autres corrections, le correcteur aura suivi le conseil de la prudence : « Remettez à plus tard ce dont l’exécution immédiate présente des inconvénients, des risques », autrement dit, il comptait copier plus tard sur l’épreuve le texte manquant ; celle-ci lui a été enlevée plus tôt qu’il ne l’avait prévu et le bourdon a été oublié.
“S’interdire tout jugement”
Je reconnais bien volontiers combien est légitime le mécontentement d’un auteur ou d’un client lorsqu’il voit un nom estropié, un faire-part de décès sans la date de l’enterrement ou… une invitation mutilée, comme dans le cas de Lille, mais je n’en tirerai pas moins ma conclusion que voici :
Avant d’accuser qui que ce soit — correcteur ou non — d’un mastic, d’une coquille, d’une omission ou, en général, d’un accident typographique quelconque, il faudrait avoir fait une enquête, avoir vu les preuves, c’est-à-dire l’épreuve et même les épreuves, et la copie, avoir interrogé ceux qui peuvent être mis en cause. Encore faut-il pouvoir le faire. Tant que cela n’a pas été fait, constater, rétablir le texte, si l’on peut, mais s’interdire tout jugement ; en ces matières on risque trop en pareilles circonstances de commettre un jugement téméraire.
Je m’excuse d’avoir été si long ; peut-être n’ai-je rien appris à mes collègues, puissé-je avoir instruit et fait réfléchir ceux qui, ne connaissant pas les choses de la correction, trouvent tout naturel de nous attribuer toutes les fautes.
Si nos accusateurs faisaient l’enquête dont j’ai parlé, ils auraient peut-être de l’indulgence pour ceux qui ont suivi leur copie comme une machine de chair et d’os qui conduit une machine de métal (ceux-ci peuvent être des gens de bonne volonté), mais ils [les accusateurs19], après avoir regretté la « souplesse commerciale » (Lion de Belfort), tireraient, comme je le fais, de sévères conclusions contre ceux qui ont fait montre de leur incompréhension (cas des Nouvelles-Hébrides) ou de leur mauvaise foi (navigation sur l’est) ou, comme le prote dans l’histoire de la jument, pardon, de la patronne menée à la foire, nous ont refusé l’appui d’une autorité qu’ils ont fait servir à un acte de sabotage, pour une méprisable question d’argent ou de temps.
Letellier.
Le Professionnel du livre (publié par la Fédération des syndicats professionnels des travailleurs du livre-papier et des industries polygraphiques, CFTC), 11e année, no 65, juillet 1938, p. 4.
Erreur de composition qui se traduit par l’omission d’un mot ou d’un membre de phrase (TLF). ↩︎
Maurice Bouladoux, syndicaliste français, secrétaire général de 1948 à 1953, puis président de 1953 à 1961 de la CFTC (Wikipédia). ↩︎
Inversion de lignes, de mots ou de caractères dans une composition typographique (TLF). ↩︎
Apocope de linotypiste, ouvrier typographe opérant sur une machine à composer Linotype. ↩︎
Aujourd’hui, Mékong, fleuve d’Asie du Sud-Est. ↩︎
Il fallait lire l’in-octavoraisin, deux termes précisant le format d’impression. ↩︎
En caractères mobiles, avant l’arrivée des machines à composer. ↩︎
L’imprimerie de labeur produit des ouvrages (livres, annuaires, etc.) nécessitant des moyens de production importants et s’oppose à l’imprimerie de presse. ↩︎
Dernière épreuve, servant à vérifier que les dernières corrections demandées (sur le bon à tirer) ont bien été appliquées, sans provoquer d’erreur nouvelle. ↩︎
Les caractères formant la ligne sont tombés ; il a fallu la composer de nouveau. ↩︎
Fantasio, sous-titré « Magazine gai », est un périodique satirique illustré bimensuel français publié par Félix Juven, de 1906 à 1937, puis en 1948, en lien avec le journal Le Rire (Wikipédia). « Parc aux huîtres » était une rubrique relevant des perles dans la presse. ↩︎
Cette sculpture « est constituée de blocs de grès rose de Pérouse (type de grès rouge des Vosges […]), sculptés individuellement, puis déplacés sur une terrasse verdoyante et adossée à la paroi calcaire grise de la falaise sous le château de Belfort, citadelle édifiée par Vauban puis remaniée par le général Haxo, pour y être assemblés » (Wikipédia). ↩︎
Peut-être une allusion au fait que, pour l’imprimeur, le client est roi. ↩︎
Aujourd’hui, le Vanuatu, archipel au nord-nord-est de la Nouvelle-Calédonie. ↩︎
Corps pesant chargé dans la partie basse de la cale, ou fixé au plus bas de la quille d’un bâtiment pour en assurer la stabilité. Et donc aller sur lest, sans chargement, à vide (TLF). ↩︎
Au sens de la rhétorique (elocutio) : art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments. ↩︎
Désignation ironique d’un ouvrier chargé des fonctions (distribution, corrigeage) auprès d’un metteur en pages (d’après Boutmy). ↩︎
Delphine de Girardin caricaturée par Le Charivari en 1848.
Au xixe siècle, si l’on voulait écrire et surtout être publiée, il valait mieux prendre un nom d’homme, fût-on la femme du patron. Pour signer son « Courrier de Paris » dans le quotidien de son mari, « Mme Émile de Girardin », prénommée Delphine, avait choisi le pseudonyme du vicomte Charles de Launay. Tant qu’à faire !
Mais fallait-il que monsieur le vicomte soit si dur avec le pauvre correcteur ? Après Barbey d’Aurevilly qui voulait l’abattre comme un chien (voir mon précédent article), le voilà désigné comme « ennemi du journaliste ». Lisez plutôt :
« Chaque animal a son ennemi naturel, savoir : un être plus fort que lui, qui vit à ses dépens, qui le guette, qui le poursuit, qui le tue et qui le mange ; et manger son ennemi, c’est réellement vivre à ses dépens. La mouche a pour ennemie l’araignée ; la colombe a pour ennemi le vautour ; la brebis, le loup ; la souris, le chat, et le chat, le marchand de peaux de lapin ; puis, au moral, la femme a pour ennemi l’homme, l’homme a pour ennemi le démon, le peuple a pour ennemi le philanthrope, le gouvernement a le publiciste, le poëte a le journaliste, et le journaliste a le correcteur.
« Or, de tous les ennemis, le correcteur est le plus dangereux, car il n’y a aucun recours contre sa négligence ; la veille on ne peut prévoir ses coups, le lendemain on ne peut guérir ses blessures. L’errata est permis à l’auteur, l’auteur a un droit de carton1 qui le console et le justifie ; le feuilletoniste n’a rien pour se défendre : la bêtise qu’on lui fait dire lui reste, l’intelligence du lecteur est son unique ressource.
« Mais encore il est des fautes inexplicables que le lecteur le plus intelligent ne peut deviner ; ainsi l’erreur suivante s’étalant dans les graves colonnes du Moniteur : “Le ministre des affaires étrangères a obtenu vingt mille francs pour le chocolat à la vanille.” Quel abus ! vingt mille francs de chocolat pour un seul ministère ; il y avait de quoi soulever le pays, amener une révolution ; au lieu de cela, il fallait lire : “vingt mille francs pour le consulat de Manille !” »
L’erreur paraît certes grossière, mais on ignore quel gribouillis à la plume a tenu lieu de copie pour notre infortuné confrère.
La Presse, 27 juillet 1837.
Feuillet imprimé après coup destiné à remplacer, dans un volume, un passage à modifier ou à corriger (TLF). ↩︎
Jules Barbey d’Aurevilly photographié par Nadar.
Les correcteurs sont rarement menacés de mort dans l’exercice de leur travail, et c’est heureux. Certains auteurs, plus sourcilleux et colériques que les autres, laissent cependant exploser leur mécontentement.
Vous connaissez peut-être la phrase de Mark Twain : « Hier [mon éditeur] m’a écrit que le correcteur de l’imprimerie améliorait ma ponctuation, et j’ai télégraphié l’ordre qu’on le descende sans lui laisser le temps de faire sa prière1. »
Eh bien, nous avons le pendant parmi ses contemporains français : « Je tuerais un correcteur d’épreuves qui fait des fautes, comme un chrétien tuerait un chien turc », a écrit Jules Barbey d’Aurevilly à son ami Guillaume-Stanislas Trébutien.
Il faut dire que « […] tout en collaborant pendant de longues années à des journaux, [Barbey] a infatigablement instruit le procès du journalisme ». Et « [m]aintes lettres […] témoignent de son irritation lorsqu’il découvre qu’une main nonchalante ou malhabile a introduit des fautes dans son article, lors de l’impression ».
Ainsi, il écrit à Hector de Saint-Maur, à propos des typographes du Constitutionnel : « Je viens de me mettre dans une colère de Duc de Bourgogne en relisant mon article de ce matin, ils m’ont éclopé une phrase en oubliant un qui, et manqué une date. »
On peut comprendre son agacement, soulagés tout de même qu’il ait préféré la plume au pistolet.
Source : Barbey d’Aurevilly journaliste, articles et chroniques choisis et présentés par Pierre Glaudes, GF Flammarion, 2016.
« Yesterday Mr. Hall wrote that the printer’s proof-reader was improving my punctuation for me, & I telegraphed orders to have him shot without giving him time to pray », 1889 — www.twainquotes.com. ↩︎
Les gens qui prennent la plume, anonymement ou non, pour se plaindre de leur journal, en particulier de ses manquements à telle ou telle règle de grammaire, ce n’est pas une nouveauté. Le Charivari (1832-1937), journal satirique, s’en amuse le 23 octobre 1860, en imaginant le coup de sang d’un lecteur, prélude à la rédaction de sa lettre.
LES GENS QUI ÉCRIVENT AUX JOURNAUX.
Paris est plein d’originaux ; quand je dis Paris, je ne vois pas pourquoi j’éliminerais au profit de la capitale de notre beau pays la province, cette terre privilégiée des maniaques et des ridicules.
Donc, reprenons et disons avec plus de vérité : Paris et la province sont bourrés d’excentriques. Parmi cette grande famille aussi nombreuse que celle d’Ismaël, de biblique mémoire, une variété assez curieuse à étudier, c’est celle des gens qui écrivent aux journaux.
Ces agréables monomanes passent leur temps à analyser lettre par lettre, phrase par phrase, alinéa par alinéa les articles de leur feuille ou des feuilles en général.
Et alors, quand le correcteur a par négligence laissépasser une virgule en plus ou un point en moins, ils s’emparent de la plume et sur le champ [sic] expédient une bonne lettre anonyme qui a la prétention de tancer vertement le journaliste pris en flagrant délit d’erreur grammaticale.
Pour l’instruction des masses, voici à peu près de quelle façon se passe cette scène dans le café du correspondant puriste : — Ah ! s’écrie ledit correspondant avec un cri de joie. — Qu’est-ce ? fait un dominotier inquiet. — Encore une faute ! — Aux dominos ? — Non, dans le journal. Ces journalistes, ma parole d’honneur, sont des ânes qu’on devrait renvoyer tous à l’école pour faire un exemple. — Qu’est-ce qu’ils ont fait ? — Demandez-moi ce que celui-ci ne fait pas plutôt. On n’a pas idée de semblable ignorance. Mon fils qui a dix ans, Guguste enfin, est bien jeune, n’est-ce pas ? — Dame ! à dix ans… — Eh bien, s’il écrivait l’orthographe de cette façon, je le ferais partir pour les colonies. — Vraiment. — C’est comme j’ai l’honneur de vous le dire. Un écrivain, un homme qui est payé des prix fous pour écrire un mauvais article par jour, un poète manqué qui s’enrichit à tracer des lignes noires sur du papier blanc et ce à nos dépens, ne se donne même pas la peine d’apprendre la grammaire, c’est révoltant… et une chose qui m’étonne, c’est que le gouvernement souffre cela. — Mais qu’a-t-il donc mis ? — Comment écrivez-vous pain de sucre ? — P, a, i, n, pain. — Très bien, pain avec un n. Eh bien, regardez, il a mis paim. — Où ça ? — Ici, à gauche. — C’est vrai, il a écrit paim. — Il y a paim, inoui, inoui [sic] ! — Quels ignares que ces journalistes !
Ici le correspondant montre la feuille à tous les habitués, et quand tous ces honorables monomanes se sont convaincus que pain a pris un m sous la plume du malheureux folliculaire, le Christophe Colomb des coquilles demande d’une voix triomphante une plume et du papier au garçon. — Qu’allez-vous faire ? — Lui donner gratis une leçon, il la mérite bien ; au reste il la mérite tous les jours, mais je ne me lasserai pas de le lui reprocher.
Lorsque le spécialiste de l’histoire antique Maurice Sartre fait son entrée en juin 1996 au Monde des livres, il s’entend dire : « On a un correcteur bénévole qui nous téléphone dès qu’il repère une coquille. » Ce correcteur n’est autre que Pierre Vidal-Naquet, qui téléphone en effet régulièrement au journal pour signaler la moindre erreur. Très réceptif et réactif sur les questions d’actualité, Vidal-Naquet est un dévoreur de presse. Il lit chaque jour Le Monde dans ses deux éditions, mais aussi Le Figaro et France-Soir […].
Devenus amis en mai 1960 à l’occasion d’un procès en diffamation intenté par le comité Audin (acteur de la lutte anticoloniale en métropole, auquel appartient l’historien) contre La Voix du Nord, Pierre Vidal-Naquet et Robert Gauthier, rédacteur en chef adjoint du journal, partagent « une même exigence tatillonne, un même souci de la perfection ».
Robert Gauthier trouve en effet avec Vidal-Naquet son alter ego qui, malgré son enseignement universitaire, ses recherches érudites et sa militance pendant la guerre d’Algérie, trouve encore le temps de dévorer dès parution la première édition du Monde en kiosque en début d’après-midi, vers 14 heures. Dès qu’il pointe une erreur, il appelle la rédaction pour qu’elle la corrige dans la seconde édition de la fin d’après-midi, prenant soin de vérifier si cela a été fait en achetant cette édition : « Robert Gauthier m’en fut reconnaissant jusqu’à sa mort1. » […] Robert Gauthier est submergé de lettres de Vidal-Naquet, sans compter les coups de téléphone, pour signaler telle ou telle scorie dans le quotidien du soir : « Quel lecteur lucide et vigilant vous êtes ! Heureusement que tous ne nous portent pas une amitié si attentive ! Ou malheureusement peut-être, car cela nous inciterait à une plus grande rigueur2. » […] En guise de remerciement, Robert Gauthier considère Vidal-Naquet comme un collaborateur régulier du journal et lui ouvre ses colonnes. C’est dans ce climat de confiance qu’il publie son premier article dans Le Monde du 6 mai 1961.
Pierre Vidal-Naquet, Mémoires, t. 2, Le trouble et la lumière (1955‑1998), Seuil/La Découverte, Paris, 1998 ; rééd. en poche : Seuil, coll. « Points », Paris, 2007, p. 143. ↩︎
Robert Gauthier, lettre à Pierre Vidal-Naquet, 26 août 1962 (Archives Vidal-Naquet, EHESS). ↩︎