Le “TOP”, référence ancienne du métier du correcteur

"TOP. Toute l'orthographe pratique", d'André Jouette, édition Nathan de 1986
Édi­tion de 1986

Cer­tains cor­rec­teurs, aujourd’­hui retrai­tés, ont eu entre les mains un « Jouette » dif­fé­rent de celui que nous connais­sons aujourd’­hui (☞ lire La biblio­thèque du cor­rec­teur). Il por­tait, au choix de l’é­di­teur, le petit nom de « TOP », abré­via­tion du titre entier : Toute l’orthographe pra­tique. L’ou­vrage a été publié par Nathan (coll. Plu­ri­guides, 765 pages) en 1980.

Portrait d'André Jouette dans la pression quotidienne marnaise en 1996
André Jouette dans la presse mar­naise en 1996

Né le 22 juin 1914 à Allian­celles (Marne), André Jouette a été direc­teur d’é­cole, biblio­thé­caire en chef de la ville de Mar­ra­kech, cor­rec­teur d’é­di­tion spé­cia­li­sé dans les dic­tion­naires et ency­clo­pé­dies. Il est l’au­teur d’une dizaine d’ou­vrages sur la langue, dont La Gram­maire facile du fran­çais (Nathan), Le Savoir-écrire (Solar) et Les Pièges du fran­çais actuel (Mara­bout) ; du Secret des nombres (Albin Michel) et d’une chro­no­lo­gie, Toute l’his­toire (Per­rin).

Couverture de "Ortho" rouge, édition scolaire, d'André Sève, 1946
L’Ortho rouge, sco­laire, de 1946

Dès sa sor­tie, le TOP trou­va sa place dans le petit mar­ché des dic­tion­naires d’or­tho­graphe. Seul réel concur­rent, l’Ortho d’An­dré Sève et Jean Per­rot. Conçu comme ouvrage sco­laire dès 1946, il a été édi­té pour le grand public de 1950 à 1983. Le Dic­tion­naire d’or­tho­graphe et des dif­fi­cul­tés du fran­çais, de Jean-Yves Dour­non, paraî­tra tout juste un an après celui de Jouette. Le Dic­tion­naire ortho­gra­phique de Bled le sui­vra de quelques années (1987).

Un ouvrage unique en son genre

Couverture de "Ortho. Dictionnaire orthographique et grammatical", d'André Sève et Jean Perrot, 1983
Ortho vert, grand public, 1983

Le « Jouette » leur est net­te­ment supé­rieur en nombre de mots enre­gis­trés (50 000 dans la pre­mière édi­tion, 70 000 ensuite), mais aus­si par la foule d’in­for­ma­tions pra­tiques qu’il leur adjoint et qui lui donne son carac­tère pra­tique. Homme du métier, André Jouette sait quels sont les doutes que doit lever le cor­rec­teur au quo­ti­dien. Il four­nit donc de nom­breux exemples (Ils s’en sont aper­çus ; les deux heures qu’ils ont cou­ru) et expres­sions (L’en­tre­prise change de mains ; l’ou­vrier fati­gué change de main) aptes à nous tirer d’af­faire1. Mais ce n’est pas tout.

Des articles de syn­thèse […] concernent : la gram­maire (avec une étude com­plète sur l’accord du par­ti­cipe pas­sé) ; le voca­bu­laire (des listes métho­diques faci­litent la connais­sance ana­lo­gique du fran­çais) ; les recom­man­da­tions offi­cielles de fran­ci­sa­tion des mots étran­gers ; la pré­sen­ta­tion (ponc­tua­tion, typo­gra­phie…) ; la culture géné­rale (les noms des sept Muses, des trois Grâces…). On trouve éga­le­ment : des tableaux de conju­gai­son com­plets ; des tableaux ana­lo­giques (liste des noms de col­lec­tion­neurs, des noms de femelles et de petits d’animaux, des États avec le nom de leurs habi­tants et de leur mon­naie…). […]2

Un bon accueil critique dès sa parution

J’ai trou­vé une recen­sion de la pre­mière édi­tion, parue dans la revue Com­mu­ni­ca­tions et lan­gage.

Couverture de "TOP. Toute l'orthographe pratique", d'André Jouette, édition originale de 1980
Édi­tion ori­gi­nale, 1980

Le titre de cet ouvrage est à la fois juste et trom­peur. En effet, pour four­nir tout ce qui est néces­saire à une écri­ture sans faute, il fal­lait dépas­ser lar­ge­ment le cadre strict de l’or­tho­graphe. Et c’est bien cela qu’An­dré Jouette a fait.

« T.O.P. » est beau­coup plus qu’un dic­tion­naire ortho­gra­phique (pour­tant cin­quante mille mots et expres­sions s’y trouvent) et qu’un dic­tion­naire de gram­maire (pour­tant tous les points déli­cats sont pas­sés en revue), c’est une somme d’une sur­pre­nante richesse. De la liste des sept cent soixante-huit villes fran­çaises de plus de dix mille habi­tants et des soixante-dix-neuf sous-pré­fec­tures n’at­tei­gnant pas ce nombre aux lois et décrets concer­nant la langue fran­çaise, des gal­li­ca­nismes [sic, gal­li­cismes] à l’é­cri­ture des noms de vins, il est bien dif­fi­cile d’en rendre compte en quelques mots.

Par ailleurs, ce qui frappe tout de suite, c’est le plai­sir que semble avoir pris l’au­teur à nous faire entrer dans les secrets de la langue. Tou­jours pré­cis et rigou­reux, il va jus­qu’à employer une anno­ta­tion spé­ciale dans le cas par­ti­cu­lier où un mot com­po­sé se trouve cou­pé en fin de ligne à la hau­teur du trait d’u­nion… Ain­si, on peut voir écrit :

… porte-
-cou­teau.

Pour ache­ver, je ne résiste pas au plai­sir de citer quelques curio­si­tés que l’on ren­contre rare­ment ailleurs. Savez-vous, par exemple, que la phrase « Por­tez ce vieux whis­ky au juge blond qui fume » emploie toutes les lettres de l’al­pha­bet ? ou encore qu’un palin­drome est un diver­tis­se­ment ortho­gra­phique fait d’un mot ou d’une phrase pou­vant se lire de droite à gauche comme de gauche à droite (ain­si, engage le jeu que je le gagne) ? Quel est l’a­ni­mal qui ancoule ? Quelle est la conte­nance de la bou­teille qui porte le nom de sal­ma­na­zar ? Vous trou­ve­rez les réponses res­pec­ti­ve­ment aux articles « ani­maux » (p. 65) et « bou­teille » (p. 111). Enfin, il faut men­tion­ner l’an­nexe inti­tu­lée « On en parle, mais quels sont-ils ? », com­po­sée de plus de soixante rubriques qui donnent aus­si bien les noms des douze sybilles, des pro­phètes de la Bible que ceux des six femmes d’Hen­ry VIII ou des quatre poches de l’es­to­mac des rumi­nants. Un livre de pre­mière uti­li­té qui sort vrai­ment de l’or­di­naire3.

Le suc­cès de cet ouvrage, repris par les Édi­tions Le Robert en 1993, ne s’est jamais démen­ti, comme le montre la régu­la­ri­té des rééditions. 

Sans comp­ter les édi­tions dans les clubs du livre. 


Plus réédi­té depuis la mort de l’au­teur (le 9 novembre 2006, à Chan­tilly, Oise, à 92 ans), le « Jouette » reste à ce jour sans véri­table concur­rent, aus­si je recom­mande à ceux qui ne le pos­sèdent pas encore d’en acqué­rir un exem­plaire d’oc­ca­sion, tant qu’il s’en trouve. 

PS – En 2010, 2011 et 2015, Le Robert a publié, au for­mat de poche, un Dic­tion­naire d’or­tho­graphe et de dif­fi­cul­tés sans nom d’au­teur sur la cou­ver­ture, ce qui a pu induire en erreur cer­tains ache­teurs. Rédi­gé par Édouard Trouillez et Géral­dine Moi­nard, sous la direc­tion de Domi­nique Le Fur, c’est avant tout un dic­tion­naire d’or­tho­graphe, les déve­lop­pe­ments étant plus rares et plus suc­cincts que chez Jouette ; les enca­drés qua­si inexis­tants. Dans leur pré­face, les auteurs saluent la mémoire de leur pré­dé­ces­seur, dont ils se sont ins­pi­rés, recon­nais­sant « un tra­vail dont l’ex­cel­lence, l’ex­haus­ti­vi­té et le ton inimi­table furent appré­ciés par le grand public comme par les spé­cia­listes de l’écrit ». 

« Inimi­table»… Je dirais plu­tôt « irrem­pla­çable », en tout cas irremplacé.


Comment choisir un dictionnaire

Il existe des dic­tion­naires pour tous les besoins (mono­lingues, bilingues, par domaines d’ac­ti­vi­té…). La Mai­son du dic­tion­naire en a fait une spécialité.

En ce qui concerne les dic­tion­naires géné­raux, posez-vous les ques­tions sui­vantes. Voulez-vous :

  • un dic­tion­naire d’ap­pren­tis­sage (col­lège, lycée, étudiant) ?
  • un dic­tion­naire de langue fran­çaise pour tout public ?
  • un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique avec des illustrations ?
  • un dic­tion­naire com­por­tant le plus de mots possible ?

Les édi­tions Larousse et les édi­tions Le Robert pro­posent un vaste choix de dic­tion­naires selon vos besoins. (Il existe d’autres mai­sons d’é­di­tion, mais celles-ci sont les plus célèbres.)

Un bon dic­tion­naire de langue fran­çaise doit, pour chaque mot, vous don­ner l’é­ty­mo­lo­gie, la pro­non­cia­tion, les dif­fé­rentes signi­fi­ca­tions illus­trées d’exemples et de cita­tions, les expres­sions et les locu­tions où il figure, les syno­nymes et contraires.

Un dic­tion­naire dit illus­tré est un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique : il mêle noms com­muns (langue fran­çaise) et noms propres (savoir et culture). Comme le mot l’in­dique, il com­porte des illus­tra­tions en cou­leurs : cartes, des­sins, pho­to­gra­phies, sché­mas et planches.

Les mots petit et grand sont une indi­ca­tion du nombre de mots. Par exemple, 60 000 mots dans Le Petit Robert, 100 000 dans Le Grand Robert, deux dic­tion­naires de langue fran­çaise (non encyclopédiques).

À noter : Le Petit Larousse est un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique en un volume, alors que Le Petit Robert est en deux volumes (ils s’a­chètent sépa­ré­ment) : un de langue fran­çaise, un de noms propres. Les défi­ni­tions du Robert sont donc plus détaillées que celles du Larousse.

Si vous pen­sez ache­ter un dic­tion­naire impri­mé et avez des pro­blèmes de vue, prê­tez atten­tion à la typo­gra­phie. Dans les gros dic­tion­naires, les carac­tères sont par­fois petits. Il vaut mieux les feuille­ter en librai­rie avant de les acheter.

Dictionnaires en ligne

Larousse met gra­tui­te­ment à dis­po­si­tion son dic­tion­naire, son ency­clo­pé­die et son dic­tion­naire des dif­fi­cul­tés (inté­gré aux entrées du dictionnaire).

Le Robert pro­pose, lui, des abon­ne­ments annuels à ses dic­tion­naires et des ver­sions à télé­char­ger. Depuis peu, un Dico en ligne, plus suc­cinct, est pro­po­sé gratuitement.

Le Tré­sor de la langue fran­çaise infor­ma­ti­sé est gra­tuit – mais il n’est plus mis à jour depuis 1994.

Tous trois pro­posent aus­si des appli­ca­tions pour iPhone et Android.

Le Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise est éga­le­ment gratuit.

Per­son­nel­le­ment, ayant besoin de dic­tion­naires de langue fran­çaise tou­jours actua­li­sés et aus­si pré­cis que pos­sible, j’ai opté pour Le Petit Robert en ligne par abon­ne­ment. Je pos­sède éga­le­ment Le Grand Robert télé­char­gé sur mon disque dur. Tous deux me per­mettent des recherches avancées.

☞ Voir aus­si ma biblio­thèque du cor­rec­teur.

Il existe d’autres dic­tion­naires en ligne, plus anciens, comme le célèbre Lit­tré. Ils gardent leur inté­rêt, mais le fran­çais étant une langue vivante, seul un dic­tion­naire récent four­nit les mots qu’on ren­contre dans la presse et dans la lit­té­ra­ture contemporaine.