Ouvrages écrits par ou pour les correcteurs-De quels ouvrages les correcteurs ont-ils pu disposer au fil de l’histoire pour travailler ? Réponse avec une bibliographie enrichie …
Le “Quid”, pour tout savoir avant Internet-Avant l’avènement d’Internet, l’encyclopédie « Quid » était bien utile au correcteur pour vérifier les informations. Petit retour nostalgique …
Maître Capello, un grammairien pointilleux-« Maître Capello » est un surnom parfois appliqué au correcteur, mais c’est surtout le pseudonyme de Jacques Capelovici. Qui était-il ? …
Histoire de la correction du Littré-La copie du dictionnaire d’Émile Littré comptait 415 636 feuillets. Ce nombre laisserait songeur – ou effraierait – plus d’un correcteur …
Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, P. Dupré [dir.]. Paris, éd. de Trévise, 1972.
Je viens d’acquérir, à petit prix, cette Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, publiée à Paris en 1972 (P. Dupré [dir.]. comité de rédaction sous la présidence de Fernand Keller, avec la collaboration de Jean Batany, éd. de Trévise1, 3 vol., LXIV-2 716 p.). C’est à l’occasion de ma recherche pour l’article « Depuis quand met-on des traits d’union aux noms de voies ? » que j’ai découvert son existence2.
Méconnue aujourd’hui, elle figure pourtant dans les collections de plus de quarante bibliothèques universitaires françaises3 et on la trouve citée par l’Académie (qui la dit encore, un demi-siècle plus tard, « excellente4 » et « riche d’enseignement[s]5 »), par Le Bon Usage6, par le Trésor de la langue française7 , par Le Grand Robert8 et par le blog Parler français9.
Il est probable que Paul Dupré soit le pseudonyme de Paul Winkler (1898-1982), qui fonda les éditions de Trévise en 1957. À Paris, dans les années vingt, Winkler rédigea sous le nom de Paul Vandor des articles destinés aux émigrés hongrois. Et lors de la Seconde Guerre mondiale, exilé aux États-Unis, il cosigna avec Betty Winkler, sa femme, sous les pseudonymes d’Anne et Paul Dupre, le roman Paris-Underground, inspiré des actes de résistance d’Etta Shiber dans la France occupée10.
Page de titre du roman Paris-Underground (Charles Scribner’s Sons, 1943), pour lequel Paul Winkler a déjà employé le pseudonyme de Paul Dupre, et Paul Winkler, s.d. (Walt Disney Archives).
Je n’ai, pour l’instant, trouvé aucune information sur Fernand Keller (un autre pseudonyme de Paul Winkler ?). Le duo Dupré-Keller avait précédemment signé une Encyclopédie des citations (éd. de Trévise, 1959, 704 p.).
Jean Batany (1928-201211), lui, est décrit en page de titre comme « agrégé des lettres, chargé d’enseignement de langue française à l’université de Tours12 ». Parmi les huit autres collaborateurs, je retiens les noms de Jean-Paul Colin, qui avait déjà publié son propre Nouveau dictionnaire des difficultés du français13 deux ans plus tôt, et du linguiste Michel Arrivé, dont la Grammaire d’aujourd’hui14 est réputée.
Une œuvre utile et originale
Quelle est l’originalité de cette encyclopédie de langue française, regroupant près de 10 000 articles classés alphabétiquement ? Pour chacune de ces difficultés, subtilités, complexités, singularités, elle donne, si nécessaire, l’opinion de cinq dictionnaires d’usage : celui de l’Académie (8e éd., 1935), le Littré (éd. de 1883), le Dictionnaire général de la langue française, de Hatzfeld, Darmesteter et Thomas (1900, « de nos jours trop oublié15 »), le Grand Robert et le Grand Larousse encyclopédique (tous deux de 1964). De plus, elle réunit les avis de « plus de cinquante grammairiens et linguistes, […] du puriste le plus intransigeant au laxiste le plus tolérant ».
Je ne cite que des noms qui parlent encore au correcteur d’aujourd’hui : Maurice Grevisse, Joseph Hanse, Adolphe V. Thomas, Albert Doppagne, mais aussi Étiemble, Albert Dauzat, Robert Le Bidois, Ferdinand Brunot, Antoine Albalat, Abel Hermant, André Thérive et beaucoup d’autres. En tout, 76 ouvrages ont été dépouillés systématiquement.
La seconde partie de l’article, imprimée dans un caractère différent, expose la conclusion de l’équipe rédactionnelle. Cette « méthode […] permet de faire le tour de la question, d’entendre les divers sons de cloche, et se créer une opinion personnelle ».
Je note une curiosité éditoriale : cet ouvrage semble avoir été publié la même année sous des reliures de nombreuses couleurs : crème (la mienne, même si elle semble plutôt grise sur l’image), rouge, brun clair, marron, gris, bleu foncé, différents tons de vert.
L’Encyclopédie du bon français semble avoir été éditée la même année avec des reliures de différentes couleurs.
À sa sortie, l’Encyclopédie du bon français a reçu une bonne critique dans la revue belge de traduction Équivalences :
En plus de la masse d’information[s] précieuses qu’[elle] recense et que seule une fréquentation régulière permet d’apprécier pleinement, deux qualités essentielles nous incitent à recommander tout particulièrement l’acquisition de la présente Encyclopédie : tout d’abord la clarté tant de l’exposé que de la présentation typographique, clarté qui rend la consultation rapide et agréable ; et ensuite une objectivité marquée au coin de la mesure et du bon sens, à égale distance du pédantisme des aristarques et du laxisme des novateurs inconsidérés16.
L’auteur de ces lignes (William Pichal) est persuadé que « [c]ette initiative sera accueillie avec faveur tant par [ses] confrères en traduction que par [ses] collègues enseignants ». En fait, malgré son utilité et son originalité, cet ouvrage n’a jamais été réédité. « Nous n’avons pas la prétention […] d’avoir fait une œuvre aere perennius17, comme disait le poète latin », reconnaissait Fernand Keller dans l’introduction. J’ai bien peur que le temps lui en ait donné confirmation.
Article mis à jour le 19 mars 2025.
Maison, aujourd’hui disparue, qui a publié aussi Anne Golon et la série des Angélique. Information donnée par un site consacré à Juliette Benzoni. Consulté le 13 mars 2025. ↩︎
Dans l’article « Trait d’union » de Wikipédia. Consulté le 4 mars 2025. ↩︎
Avec Françoise Gadet et Michel Galmiche, Flammarion, 1986. ↩︎
« Le Dictionnaire général de la langue française est de nos jours trop oublié, parce qu’il est trop en avant à l’égard de son époque : c’est le Petit Robert de l’aube du XXe siècle », selon Giovanni Dotoli, qui lui a consacré une étude en 2013 (Le Dictionnaire général de la langue française. Une grande révolution, Hermann, 140 p.). ↩︎
« Plus durable que l’airain », Horace (Odes, liv. III, ode XXX, v. 1 — v. Nénufar). En 1972, on pouvait encore citer un poète latin sans le traduire. ↩︎
De quels ouvrages les correcteurs ont-ils éventuellement pu disposer au fil de l’histoire pour travailler ? C’est à cette question que répond la liste ci-dessous (en construction). Il s’agit d’ouvrages en français écrits par des correcteurs ou s’adressant à eux (notamment), classés par ordre chronologique. C’est un document de travail, brut, saturé d’informations (donc susceptible de contenir encore des erreurs diverses, y compris… d’orthotypographie). Les données principales figurent en gras.
Les ouvrages de lexicographes (comme Girodet, Larousse ou Robert) et de grammairiens contemporains (comme Grevisse ou Hanse) n’apparaissent pas ici (☞ voir La bibliothèque du correcteur), pas plus que les nombreux ouvrages sur la langue française qui existent ou ont existé. Cette liste n’est pas non plus exhaustive : je n’ai retenu que les noms cités dans les textes.
Hornschuch, Jérôme (1573-1616, correcteur d’épreuves, puis médecin). Orthotypographia : instruction utile et nécessaire pour ceux qui vont corriger des livres imprimés & conseils à ceux qui vont les publier, 1608. | Trad. du latin par Susan Baddeley avec une introd. et des notes de Jean-François Gilmont. Paris : Éd. des Cendres, 1997. 125 p. : ill., couv. ill. ; 19 cm.
Restaut, Pierre (1696-1764). Traité de l’orthographe française en forme de dictionnaire. 4e éd. rev. et augm., 1752.
Connu sous le nom de Dictionnaire de Poitiers, publié pour la première fois en 1739 par Charles Leroy de La Corbinaye (parfois appelé Leroy ou Le Roy, 1690-1739), lexicographe et prote d’imprimerie dans cette ville. Le PDF que j’ai trouvé est celui d’une réédition de 1765 (à Poitiers, chez Jean-Félix Faucon, comme toutes les éditions, sauf celle de 1792, chez François Barbier (même ville), et les nombreuses contrefaçons françaises et étrangères). Une édition revue par Laurent-Étienne Rondet paraîtra en 1775. ☞ Voir Le “Jouette” du xviiie siècle s’appelait le “Restaut”.
« Cet ouvrage est particulièrement utile aux imprimeurs sur lesquels les écrivains se reposent trop souvent du soin de rectifier leur orthographe. Ils peuvent, en pâlissant sur une épreuve, éviter les fautes ordinaires, mais on n’obtiendra pas encore la correction, parce que les systèmes d’orthographe se trouveront confondus pêle-mêle et les mots écrits tour-à-tour conformément à chacun d’eux, et dans ce sens rigoureux, il n’y a que très-peu d’éditions correctes. « Les systèmes d’orthographe étant réunis et comparés dans cet ouvrage, il est le MANUEL d’un correcteur d’épreuves qui doit non-seulement le consulter, mais le lire ; bien plus, qui doit l’étudier. Il en retirera un très-grand avantage, celui de pouvoir, sans perte de temps, suivre au gré des auteurs, le système de Restaut, ceux de l’Académie, de Gattel [1re éd. 1797, 8e éd. 1854], avec ou sans restriction ; et si, lorsqu’il aura saisi les nuances principales, il se présente à lui quelques difficultés, il pourra recourir à son MANUEL. En outre, l’immense quantité de mots ajoutés, les nomenclatures particulières de sciences, etc. lui sont absolument nécessaires. » (Note de l’avertissement, p. X.)
Recommandé par Antoine Frey, 1857, p. 250. — « […] voyez Boiste qui est un tout aussi mauvais dictionnaire que le dictionnaire de l’Académie […] » — Victor Hugo, lettre à Paul Meurice, 6 avril 1856.
Lequien, Edme-Alexandre (1779-1835). Traité de la ponctuation. Paris : l’auteur, 1809. In-12, XII-103 p. | 6e éd., 1826. | 7e éd., Paris : Werdet et Lequien fils, 1826. | 8e éd., Paris : l’auteur, 1831. IV-139 p. ; in-12. | 9e éd. Paris : l’auteur, 1834. In-12, IV-139 p. | 10e éd. Paris : J. Pesron, 1847. In-12, 162 p.
Également auteur d’autres ouvrages de grammaire, dont un Traité de la conjugaison et un Traité des participes.
Laveaux, Jean-Charles (1749-1827, imprimeur-libraire, grammairien et lexicographe). Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires. Paris : Lefèvre, 1818. 810 p. ; in-8, 21 cm ; 2e éd. Paris : Ledentu, 1822. 2 vol. in-8° ; 2 vol. in-4° ; 3e éd. Paris : A. Ledentu fils, 1846. ; Paris : L. Hachette, 1847 ; VIII-731 p. ; in-8 ; 4e éd. Paris : L. Hachette, 1873. VIII-731 p. ; in-8. 5e éd. Paris : L. Hachette, 1892 ; 6e éd. Paris, 1910. | Nouveau dictionnaire de la langue française. 1820 ; 2e éd. rev., corr. et augm. Paris : Deterville, 1828. 2 vol. [4]-VIII-1120 p. ; [4]-1086 p. ; in-4°. | Dictionnaire synonymique de la langue française. Paris : A. Eymery, 1826. 2 t. en 1 vol. (XIV, 399 ; 306 p.) ; in-8°.
Auteur recommandé par Antoine Frey, 1857, p. 250.
Premier ouvrage du genre, qui aura une belle descendance. Contient un protocole des signes de correction, le second après celui, méconnu, de Pierre François Didot (1731-1795) — voir À la recherche du code typo perdu.
Fournier, Henri (1800-1888). Traité de la typographie. Paris : impr. de H. Fournier, 1825. In-8° , XLII-323 p. | 2e éd. corr. et augm. Tours : A. Mame, 1854. 1 vol. (XII-408 p.) ; in-18. |3e éd. corr. et augm. Tours : A. Mame et fils, 1870. 492 p. : fig. ; in-8. | 4e éd., ent. rev. et augm. par Arthur Viot [ancien directeur de l’imprimerie Mame]. Paris : Garnier frères, 1904. In-18, VI-515 p., fig. | 1919. | 1925. |1927. |[Fac-sim.] Farnborough, Hants., England : Gregg international publishers, 1971. XLII-323 p. ; 19 cm. Fac-sim. de l’éd. de 1825.
« Ce livre mérite incontestablement un haut rang dans la littérature technique française. Il contient l’histoire et le développement de l’imprimerie ; la partie technique est traitée de main de maitre ; malheureusement il ne contient aucune illustration1. »
B*** (« auteur d’un grand nombre de livres sur l’éducation »). Vade-mecum de l’écrivain, du correcteur et du compositeur typographe : ouvrage utile aux employés des administrations, aux commerçants, aux copistes, etc. Paris : Delarue ; Lille : Blocquel-Castiaux, [1832], 54 p., 18 cm.
Également auteur des Principes de ponctuation fondés sur la nature du langage écrit. Paris, Tourneux, Ponthieu, 1824. VIII-140 p. ; in-12. | 2e éd., amél. Paris : A. Eymery, 1825.VIII-134 p. ; in-12. | 3e éd. Paris : Eymery, Fruger et Cie, 1827. VIII-134 p. ; in-12. | 4e éd. Paris : Roret : Delalain : Hachette ; Vve Maire-Nyon, 1836. [2]-VIII-134 p. ; in-12.
« Ces deux écrits proviennent de deux correcteurs et sont d’excellents aides pour l’étude du français. Tassis appartenait à l’imprimerie Firmin-Didot frères ; il a également publié un Traité de Ponctuation4. »
Lefèvre, Théotiste (1798-1887, typographe et imprimeur, prote de l’imprimerie Firmin Didot). Guide pratique du compositeur d’imprimerie. Paris, Firmin Didot frères, 1855-1872. 2 vol. in-8°, fig., pl., tabl. | Paris : Firmin Didot frères, 1883.In-8°, XVI-758 p., fig., pl., tabl. | [Fac-sim.] Meisenheim / Glan : A. Hain, 1972. X-440-VII-299 p. - [6] dépl. : ill. ; 20 cm, & errata. Fac-sim. de l’éd. de Paris : Firmin Didot en 1878 et 1880. | Guide pratique du compositeur et de l’imprimeur typographes [Reprod. en fac-sim.]. Paris ; Montréal : l’Harmattan, 1999. XIV-720-VII p. : ill., couv. ill. ; 22 cm. (Les introuvables).
« C’est le Manuel le meilleur, le plus complet sur la composition et l’impression. Son auteur, décédé à quatre-vingt-huit ans, fut longtemps directeur des Imprimeries Didot5. » Dérivé : Instruction pour la lecture des épreuves. (Extrait du Guide pratique du compositeur.) Paris : impr. de Firmin Didot frères, 1854. In-8°, 8 p.
« Dans ce nouveau travail, il a condensé, suivant un ordre méthodique et simple, la substance de nos meilleurs dictionnaires, et en particulier de celui de l’Académie. Avec ce livre qui ne coûtera que 3 fr. aux souscripteurs, et 3 fr. 50 c. aux non-souscripteurs, on s’épargnera pour plus de 100 fr. de dictionnaires et une perte de temps considérable qui souvent reste sans résultat. Dans cette œuvre toute pratique, où la théorie ne marche qu’appuyée sur les faits, on trouvera consignées les recherches minutieuses, les observations de plus de dix années, non d’un théoricien grammatical, mais d’un homme qui a vu passer et repasser sous ses yeux les épreuves à corriger des travaux de nos plus grands écrivains dans tous les genres8. »
« Rarissime maintenant » (en janvier 1928), selon Émile Verlet9.
Bureau des correcteurs à l’imprimerie Paul Dupont, 1867 (gravure). Voir mon article.
Claye, Jules [Alexandre Saturnin] (1806-1886, imprimeur-libraire, fondeur de caractères et éditeur ; a été prote de l’imprimerie d’Henri Fournier). Manuel de l’apprenti compositeur. Paris, 1871. | 2e éd. revue, corr. et augm. Paris : J. Claye, 1874. 192 p. ; in-8. | Typographie. Manuel de l’apprenti compositeur. 3e éd. Suivi de : Un mot sur M. Jules Claye, par M. Charles Rozan. Paris : A. Quantin, 1883. In-16, III-192 et 11 p., pl.| 4e éd. Paris : Librairies-imprimeries réunies, 1891. In-16, XV-192 p. et pl.
Se retire en 1876 en faveur de son prote Albert Quantin, directeur de son imprimerie depuis 1873, qui lui succède.
Daupeley-Gouverneur, Gustave (1842-1906, imprimeur, ancien correcteur de l’imprimerie Claye). Guide orthographique à l’usage des compositeurs et des correcteurs typographes10. Paris : Rouvier et Logeat, 1878. In-16, 60 p. | Le Compositeur et le correcteur typographes. Paris : Rouvier et Logeat, 1880. In-16, XII-240 p.
« L’auteur est un imprimeur praticien qui a été longtemps correcteur dans l’imprimerie de J. Claye, renommée pour ses excellents travaux. Ce qu’il écrit et les règles qu’il donne sont le fruit d’une longue expérience ; son style est simple et clair11. » Dérivé : Mémento à l’usage des compositeurs et des correcteurs de l’imprimerie Daupeley-Gouverneur. Nogent-le-Rotrou : impr. de Daupeley-Gouverneur, 1903. In-8°, 40 p. Gendre d’Aristide Gouverneur (1829-1898), il lui succède en 1875.
« L’auteur de ce livre est le directeur de l’École Gutenberg. L’ouvrage a donc pour but d’instruire et de servir de Manuel. Bien conçu, il mérite d’être chaudement recommandé12. » ☞ Voir Quelques observations sur le métier de correcteur, 1888.
« M. Petit, correcteur à l’imprimerie Larousse, avait consigné en quelques pages, à l’usage des typographes, la marche à suivre dans la maison. Les directeurs de cette imprimerie, dont le but constant est de démocratiser le Livre, ont jugé qu’un recueil plus étendu des règles typographiques les plus usuelles, extraites des auteurs qui font loi en la matière, suivies de nombreux exemples, permettrait aux compositeurs de se rappeler l’enseignement de leur apprentissage, aux correcteurs de suivre une marche régulière, aux écrivains d’éviter des frais onéreux et des imperfections en préparant leurs manuscrits suivant les usages de l’imprimerie, et cela sans avoir à feuilleter des ouvrages dont les prix ne sont pas abordables à tous ou très longs à consulter par la diversité des matières qu’ils contiennent13. »
Anonyme. Règles typographiques adoptées par les publications de la librairie Hachette. Paris, 1889.
Da Costa, Gaston(1850-1909). Nouvelle méthode d’enseignement de la grammaire française. Cours supérieur. Livre de l’élève, Paris : Librairie des imprimeries réunies, 1889. 628 p. « Chapitres particulièrement utiles aux typographes, aux correcteurs et aux auteurs : Gent et gens, pages 91 à 95. — Noms composés, 123 à 133. — Être précédé de ce, 355 à 365. Adjectif verbal, 547 à 558. Ne, particule explétive, 606 à 612. »
« À corriger les erreurs du passé, il y a un champ indéfini pour l’intelligence humaine, c’est ce qui constitue le progrès. Si, comme nous le croyons, la Grammaire Da Costa a été un effort heureux dans ce sens, il ne pourra qu’être agréable à nos lecteurs d’apprendre que la troisième partie, Cours supérieur (partie de l’élève ; celle du maître est sous presse), vient de paraître. Celle-ci sera surtout le livre des lettrés, des délicats, et plus particulièrement des correcteurs d’imprimerie et des auteurs. De plus, c’est un traité de morale comme il n’y en a pas d’aussi complet. Rien n’a été épargné par l’auteur et par son collaborateur l’imprimeur, pour en faire un bon et beau livre à tous les points de vue14. »
Dérivé : La Grammaire en portefeuille. Paris : Librairie des imprimeries réunies, 1889. In-18, 71 p. « Pour faire suite à la Grammaire Da Costa, l’auteur a résumé toutes les difficultés de la syntaxe française dans un petit volume de poche à l’usage de tous ceux qui mettent la main à la plume. L’utile petit livre qui vient de paraître s’appelle la Grammaire en portefeuille. Ce petit volume est surtout indispensable aux typographes […]15 »
Breton, Victor (1844-1916, typographe, premier professeur de typographie à l’école Estienne). Cours élémentaire de composition typographique à l’usage des élèves de première année. Paris, 1890. | 2e éd. Paris : impr. de l’École Estienne, 1904. In-16, 103 p., fig.
« Sa passion pour la transmission du métier n’était pas réservée à la seule école Estienne. Il participa également à la fondation des cours de la Chambre syndicale typographique parisienne, en 1896. Il prolongeait ses cours par des articles dans la presse et surtout édita des manuels à destinations des autres apprentis, dont le célèbre « manuel Breton », Manuel pratique de composition typographique, édité par la Chambre syndicale typographique en 1911, livre qui était la synthèse de toutes ses publications antérieures, dont les cours de l’école Estienne qu’il avait élaboré avec ses élèves depuis 1893. Ce livre fut la « bible » des apprentis typographes candidats au CAP pendant l’entre-deux-guerres, remplacé ensuite par les manuels de G[eorges]. Vallette [sic, Valette] et de l’INIAG16. »
« Ce volume, tant attendu, répondant à un véritable besoin, et que la maison Quantin a eu l’excellente idée de publier, intéressera les correcteurs, les typographes, les professeurs, les auteurs et les bibliographes. Ils y trouveront, avec les signes de correction, la description claire et précise des délicates opérations du correcteur, un traité nouveau de ponctuation, l’analyse des lois, trop peu connues, qui président à l’emploi des majuscules, des abréviations, etc. Enfin une préface, littérairement écrite, pleine de curiosités sur les coquilles ; d’excellents conseils aux auleurs ; une savante bibliographie des Traités de typographie ; une liste des meilleurs Dictionnaires à consulter sur chaque langue, font de celle élégante plaquette un vade-mecum indispensable à tous ceux qui écrivent, composent ou corrigent17. »
Dumont, Jean (1853-1927, typographe, ancien correcteur à l’Indépendance belge, directeur de la fonderie typographique Vanderborght et de l’École professionnelle de typographie à Bruxelles). Vade-mecum du typographe. Bruxelles : F. Hayez, 1891, XV-292-[ca 100] p. : 86 ill. ; 23 cm. | 2e éd. Bruxelles : P. Weissenbruch, 1894. | 3e éd… contenant 200 plans, gravures et modèles. Bruxelles : Presses de P. Weissenbruch, 1906. X-524 p. : ill., fac-sim. ; 23 cm. | 4e éd. Bruxelles : A. Lesigne, 1915. | Lexique typographique, complément du Vade-Mecum du typographe. Bruxelles : Imp. Leempoel, 1917.
« M. Désiré Greffier est un artiste dans l’art de la composition typographique. Son petit travail en est la preuve. Des règles typographiques précises, il n’en existe pas. Chaque correcteur, chaque typographe y va un peu à sa manière.. Les imprimeries suivent presque toutes une marche différente, et de là, il résulte évidemment un chaos et une confusion très grande, lesquels seraient aisément dissipés par l’adoption d’une marche uniforme basée sur l’usage, le goût et la logique. M. Greffier ne semble pas vouloir imposer des règles, mais il voudrait unifier la marche typographique. Arrivera-t-on à ce résultat ? Le goût et la logique sont souvent très diversement interprétés. Nous souhaitons néanmoins que la question des règles typographiques soit abordée à un prochain congrès d’imprimerie. Là nous trouverons peut-être une solution. — A.S.18 »
Imprimerie Berger-Levrault et Cie. Guide du compositeur et du correcteur. Nancy : impr. de Berger-Levrault, 1908. In-18, 52 p.
Chollet, Louis (1864-1949, journaliste, poète, correcteur). Petit manuel de composition à l’usage des typographes et des correcteurs. Tours : A. Mame et fils, 1912. In-16, 128 p. Consultable à la bibliothèque Mazarine et, sur microfiche, à la BnF.
« L’auteur de ce petit volume, M. Louis Chollet, connu déjà par des ouvrages purement littéraires, est un professionnel qui a réussi à condenser là, sans vaines dissertations, le fruit de vingt-cinq années d’expérience. C’est dire que les règles, trop oubliées aujourd’hui, concernant la composition typographique, ont été non seulement ramenées autour de quelques points principaux, mais codifiées, pesées, groupées, pour faire de ce modeste livre de 140 pages un guide que compositeurs et correcteurs auront, dans leur intérêt, tout avantage à posséder. « Un traité succinct de la ponctuation, des chapitres sur les particularités orthographiques, la composition du latin, du grec, de l’anglais, de l’espagnol, les coupures des mots, etc., en complètent l’utilité pratique. » — Bulletin officiel (Union syndicale des maîtres imprimeurs de France), n° 8, août 1912. Voir aussi La Typologie : journal des arts graphiques, n° 402, vol. 1, 15 janvier 1913.
Muller, Arnold (1860-1925, imprimeur, directeur de la Revue des industries du livre [en 1912-.…]). Nouveau manuel de typographie. Paris : Impr. des beaux-arts, 1913. In-8° , XV-488 p., fig., pl.
Laurens, Edmond (1852-1925, compositeur). L’Art du correcteur. Paris : Enoch, 1921. Gr. in-8°, 48 p. avec musique. Consultable à la BnF.
Il s’agit d’un manuel de correction des partitions, texte et musique.
Brossard, L.-E. [Louis Emmanuel] (1870-1939, correcteur typographe puis directeur d’une imprimerie, chevalier de la Légion d’honneur). Le Correcteur typographe. Tours : E. Arrault ; Chatelaudren : Impr. de Chatelaudren, 1924-1934. 2 vol. (XV-587, VII-1024 p.) : ill. ; in-8. I. Essai historique, documentaire et technique ; II. Les règles typographiques.
Code typographique. Choix de règles à l’usage des auteurs et des professionnels du livre. 1928 (1re éd.), 1932 (2e éd.). Bordeaux : Société amicale des directeurs, protes et correcteurs d’imprimerie de France. | 1946 (3e éd.) [?19] | 1947 (4e éd.). Bordeaux : Syndicat national des cadres et maîtrises du livre et de la presse. 127 p. | 1954 (5e éd.). Préface de Georges Lecomte, avertissement d’Émile Verlet, avant-propos de Jean Laudat. Paris : Syndicat national des cadres et maîtrises du livre et de la presse, XVI-123 p. | 1957 (6e éd.), 1961 (7e éd.). Paris : Syndicat national des cadres et maîtrises du livre, de la presse et des industries graphiques. XVI-123 p. | 1965 (8e éd.), id. XV-124 p. | 1968 (9e éd.), 1971 (10e éd.), id. | 1973 (11e éd.), id. XVI-127 p. | 1977 (12e éd.). 121 p. | 1981 (13e éd.), 1983 (14e éd.). Paris : Fédération nationale du personnel d’encadrement des industries polygraphiques et de la communication (FIPEC). 121 p. | 1986 (15e éd.). Préface de Georges Lecomte, de l’Académie française, écrite pour la 1re éd. ; avant-propos de P. Bonnefond. | 1989 (16e éd.), 1993 (17e éd.). Paris : Fédération CGC de la communication, 120 p. | Le Nouveau Code typographique. Révisé, complété et modernisé par Robert Guibert. Les règles typographiques de la composition à l’usage des auteurs, des professionnels du livre et des utilisateurs d’ordinateurs. Préface de Robert Acker†, cadre supérieur d’une importante librairie parisienne, trésorier de la Fédération de la communication de 1992 à 1997. Paris : Fédération de la communication CFE/CGC, 1997. XIII-176 p.
Guide du typographe romand. Groupe de Lausanne de l’Association suisse des compositeurs à la machine (ASCM). Rédigé par Gustave Gerber, Étienne Quaglia, Henri Parisod, Edgar Perrenoud et Albert Mark, 1943. 84 p. | 2e éd. rev. et augm., 1948. 110 p. | 3e éd. Sous-titre : Règles typographiques à l’usage des auteurs et éditeurs, compositeurs et correcteurs de langue française. Conçue par Albert Javet, avec Carlo Umiglia et Gaston Corthésy, en remplacement de Perrenoud et Mark, 1963. 176 p. | 4e éd., « brune », conçue par Roger Chatelain. 1982. 176 p. | 5e éd., « grise ». Groupe de Lausanne de l’Association suisse des typographes (AST). Conçue par Roger Chatelain, avec Bernard Porchet et Gaston Corthésy. 1993. 216 p. | 6e éd. Guide du typographe [diffusion internationale]. Règles et grammaire typographiques pour la préparation, la saisie et la correction des textes. Préface de Marc Lamunière. Introduction de la commission d’élaboration : Gaston Corthésy, Roger Chatelain, Olivier Bloesch. 2000. 259 p. | 7e éd. Nouv. sous-titre : Règles et grammaire typographique pour la préparation, la saisie, la mise en pages des textes et leur correction. Préface de Jean-Frédéric Jauslin, ambassadeur, délégué permanent de la Suisse auprès de l’Unesco et de l’OIF. Introduction de Roger Chatelain, coordinateur de la commission de rédaction : Marc Augiey, Joseph Christe et Chantal Moraz. 2015. 308 p.
La commission de rédaction de la première édition a été constituée le 4 octobre 1940, lors d’une assemblée du Groupe de Lausanne de l’Association suisse des compositeurs à la machine (ASCM). Le premier titre prévu était Marche à suivre typographique. Présidé par Michel Pitton, le Groupe de Lausanne de l’Association suisse des typographes (AST) résulte d’une fusion, intervenue en 1984, des sections lausannoises de l’ASCM et de l’UEAG (Union éducative des arts graphiques).
Denis, Jules (chef correcteur de l’imprimerie Georges Thone). Grammaire typographique. Liège : Georges Thone, 1952. 299 p. ; 24 cm.
Gouriou, C. [Charles] (1905-1982, lecteur-correcteur à la Librairie Hachette). Mémento typographique. Préface de Robert Ranc. Paris : Hachette, 1961, XII-132 p. ; nouv. éd. ent. rev., 1973, V-122 p. [sans la préface] ; rééd. Cercle de la librairie, 1990, 2010.
Auger, Daniel (1932-2013, professeur à l’école Estienne). Préparation de la copie, correction des épreuves. INIAG, 1976 ; éd. corr., 1980. | Grammaire typographique, tomes I et II (aux dépens de l’auteur, 2003) et Les Textes imprimés (aux dépens de l’auteur, 2003).
Ces deux derniers ouvrages ne sont consultables qu’à la BnF ou à la bibliothèque patrimoniale de l’école Estienne.
André Jouette.
Jouette, André (1914-2006, correcteur d’édition spécialisé dans les dictionnaires et encyclopédies). TOP : Toute l’orthographe pratique, Paris, 1980. | Nouv. éd. Dictionnaire d’orthographe et expression écrite, 6e éd., remaniée, enrichie et actualisée. Le Robert, 1999. (Les Usuels).
Ramat, Aurel (1926-2017, typographe, linotypiste, correcteur aux Nations unies pendant six mois20 ; de 1967 à 1989, monteur au Montreal Star, puis correcteur d’épreuves pour le quotidien The Gazette21). Grammaire typographique [divers titres]. Montréal : A. Ramat, 1982. | 4e éd. mise à jour, 1989, 93 p. | Le Ramat typographique. Charles Corlet, 1994, 127 p. | Le Ramat de la typographie, éd. A. Ramat, 8e éd., 2004, 224 p. | Le Ramat de la typographie : éd. 2008 encore améliorée, 9e éd., 2008, 224 p., 23 cm. | A. Ramat et Romain Muller [né en 1987, spécialiste de l’orthographe], Le Ramat européen de la typographie, éd. De Champlain, 2009 (adaptée aux usages de France, de Belgique et de Suisse) | A. Ramat et Anne-Marie Benoit [née en 1952, rédactrice-réviseure et enseignante], Le Ramat de la typographie, 10e éd., A.-M. Benoit éditrice, 2012, 256 p. | A. Ramat et A.-M. Benoit, Le Ramat de la typographie — Onzième édition, A.-M. Benoit éditrice, 2017, 11e éd., 255 p., relié.
Louis Guéry.
Guéry, Louis (1919-2016, journaliste, rédacteur en chef du Monde ouvrier et de la Tribune du peuple, directeur du Centre de perfectionnement des journalistes et des cadres de la presse). Abrégé du code typographique à l’usage de la presse. CFPJ, 1984. 87 p. | 2e éd.Id., 1989. 94 p. | 3e éd. rev. et corr. Id., 1991. 100 p. (Les Guides du CPFJ). | 4e éd.Id., 1993. 100 p.| 5e éd. rev. et corr.Id., 1997. 100 p. | 6e éd.Id., 2000. 102 p. | 7e éd. corr. et augm. Paris : Victoires éd., 2005. 101 p. (Métier journaliste ; 10). | 8e éd.Id., 2010. 103 p. | 9e éd. Paris : EdiSens, 2019, 126 p.
Perrousseaux, Yves (1940–2011, éditeur et historien de la typographie). Manuel de typographie française élémentaire. Atelier Perrousseaux éditeur, 1995. | 9e éd. Nouv. titre : Règles de l’écriture typographique du français. Id., 2010. | 10e éd. rev. et augm. par David Rault et Michel Ballerini. Id., 2020. 159 p.
Le Monde. Le Style du « Monde », 2002. 71-146 p. : ill. en noir et en coul., couv. ill. ; 30 cm. | 2e éd., 2004.
Lacroux, Jean-Pierre (1947–2002, correcteur et typographe). Orthotypographie [en ligne], 2007. Également édité chez Quintette, 2008, 2011, 372 p.
Annick Valade (responsable des services lecture-correction aux Éditions Larousse, puis aux Dictionnaires Le Robert). Orthotypo & Co. Cornées Laliat, 2013.
Richard Herlin (1959-2019, correcteur au Monde.fr). Les Règles typographiques. Garnier, 2017. 96 p. (Petits Guides langue francaise ; 27).
Colignon, Jean-Pierre (né en 1941) [« plus jeune correcteur de France, à 18 ans et demi, travaillant en imprimerie, dans le labeur-presse, avant de devenir chef du service de la correction du journal LeMonde »]. Dictionnaire orthotypographique moderne. CFPJ, 2019.
Je mets à part les rares livres racontant le métier, souvent avec humour. J’ai déjà commenté certains de ces ouvrages dans La bibliothèque du correcteur.
Leroux, Jean-Pierre (1953-2015, réviseur linguistique, spécialiste des textes littéraires). Le Gardien de la norme. Les Éditions du Boréal, 2016. ☞ Lire mon article.
Berthier, Pierre-Valentin (1911-2012, journaliste, correcteur, poète, écrivain libertaire et pacifiste). Coauteur, avec Jean-Pierre Colignon, d’une dizaine de livres sur les particularités de la langue française. Les quatrième et cinquième parties de son autobiographie, Les Plumes (éd. Sutton, 2018, p. 211-388) évoquent ses années de correcteur, notamment au Monde de 1957 à 1976.
L’Imprimerie, n° 381, 30 avril 1890, p. 797. ↩︎
L’Imprimerie, n° 381, 30 avril 1890, p. 797. ↩︎
« […] M. Albert Hetzel [sic], correcteur de la Presse — auteur d’un estimable Code orthographique — et des Plumes du Paon […]. » Figaro, 16 octobre 1864, p. 8. ↩︎
Le Lannionnais, cité par Le Gutenberg, 1er octobre 1861. ↩︎
« C’est une nomenclature par ordre alphabétique de tous les mots et toutes les locutions pouvant offrir quelque difficulté, ou même être l’objet d’un simple doute. La septième édition du Dictionnaire de l’Académie venant de paraître, le moment était venu de publier un ouvrage qui permit aux compositeurs et aux correcteurs de s’assurer sans perte de temps de l’orthographe de certains inots douteux fixée par les dernières décisions de l’Académie à ce sujet. » Bulletin de l’imprimerie, 1er janvier 1878, p. 567. ↩︎
L’Imprimerie, n° 381, 30 avril 1890, p. 797. ↩︎
L’Imprimerie, n° 381, 30 avril 1890, p. 797. ↩︎
L’Imprimerie, n° 346, 15 novembre 1888, p. 276. ↩︎
L’Imprimerie, n° 373, 31 décembre 1889, p. 686. ↩︎
https://maitron.fr/spip.php?article179622, notice BRETON Victor [BRETON Pierre, Victor] par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 28 mars 2016, dernière modification le 7 novembre 2019. ↩︎
Une collection privée d’éditions annuelles du Quid.
Bien que le mot annuaire désigne couramment une liste de numéros de téléphone, pour les bibliologues, tout « ouvrage publié chaque année contenant […] des renseignements d’ordres très divers » (TLF) est un annuaire.
Couverture du Quid 1963.
Le Dictionnaire encyclopédique du livre (éd. Cercle de la librairie, 2002) illustre l’entrée « annuaire » avec la couverture du Quid 1963, ce qui me donne l’occasion d’y revenir.
La première édition de cette « encyclopédie annuelle », donc, a la taille d’un livre de poche de 632 pages, sans aucune illustration. L’encyclopédie grossit régulièrement pour atteindre, en 2007, le volume d’un gros dictionnaire : plus de 2 200 pages.
Créé et dirigé par Dominique et Michèle Frémy, le Quid est d’abord édité aux éditions Plon (1963 à 1974) puis aux éditions Robert Laffont (1975 à 2007).
« Dominique Frémy […] a le cheveu rare et l’œil malicieux, un air affable et curieux de tout, écrivait Le Monde en mai 20001. On le sent à l’affût de ce qui se passe, des petits changements de la société. C’est normal : il a l’esprit Quid. Dans son bureau, on voit des dictionnaires et des encyclopédies aux reliures anciennes, mais pas d’ordinateur. Il avoue ne pas savoir s’en servir et attend que la machine s’adapte à l’homme et non le contraire. […] [Michèle, elle,] a épousé le Quid en même temps que son mari. Ils se sont mariés le jour de la sortie du premier volume. Leur voyage de noces était un périple dans les librairies de l’Hexagone pour suivre l’implantation du nouveau-né. »
Dominique, Michèle et Fabrice Frémy, lors du lancement du Quid 2007.
Moins cher qu’une encyclopédie en plusieurs volumes, le Quid vendra entre 300 000 et 400 000 exemplaires en moyenne dans les années 1990 — 500 000 pour l’édition 2000. Avant Internet, il était bien utile au correcteur.
L’ultime édition était présentée en ces termes :
« De la préhistoire à l’année en cours, les grands sujets, les nouveautés, les informations les plus précises sont dans Quid 2007 : arts, astronomie, Bourse, cinéma, défense nationale, économie, enseignement, environnement, États, histoire, Internet, jeux, littérature, musique, “people”, politique, régions, religions, retraites, santé, sports, stratégie, télévision, vie quotidienne… […] »
Le texte publicitaire se terminait par le slogan : « Quid 2007, le “moteur de recherche” idéal. »
Mais depuis 2002, avec la concurrence de Google et de Wikipédia, les ventes chutaient. Le contrat liant les Frémy à Robert Laffont, arrivé à échéance, n’a pas été renouvelé2.
Lancé dès 1997 par Fabrice Frémy, le fils, le site quid.fr a disparu, à son tour, en mars 2010.
Mort en 2008, Dominique Frémy est enterré au cimetière de Passy.
Jacques Capelovici, alias Maître Capello. PHOTOPQR/LE PARISIEN.
Saviez-vous que le fameux palindrome « Ésope reste ici et se repose » était une création de Maître Capello ? Je l’apprends grâce à Wikipédia. Il en affectionnait un autre : « Éric notre valet alla te laver ton ciré », où Éric, aimait-il à préciser, peut être remplacé par Luc.
Célèbre pour avoir arbitré l’émission Les Jeux de 20 heures, sur FR3 (aujourd’hui, France 3), de 1976 à 1987, il y popularisa entre autres l’expression « de bon aloi » et le mot « nourrain », désignant le cochon tirelire dans lequel il mettait l’argent de la cagnotte.
Né d’un père d’origine roumaine et d’une mère normande, Jacques Capelovici (1922-2011) était agrégé d’anglais, certifié d’allemand, diplômé d’italien et de vieux norrois. Dans la vraie vie, il fut professeur d’allemand puis d’anglais.
« Grammairien pointilleux, il s’oppos[a] avec véhémence à l’essor du franglais, aux propositions de rectifications orthographiques du français en 1990 et aux propositions de féminisation des noms de métier, de fonction et de grade », précise Wikipédia.
C’est sa connaissance approfondie des subtilités du français qui fait que son pseudonyme est parfois appliqué au correcteur, surtout s’il se montre trop pinailleur.
Maître Capello a publié ses grilles de mots fléchés dans Télé 7 jours jusqu’en décembre 2010. « Il avait préparé des grilles jusqu’à cette date, mais il ne travaillait plus depuis un an en raison de sa vue devenue trop basse », a expliqué, à sa mort, Françoise Capelovici, sa veuve. « Il s’est rendu compte qu’il ne pouvait plus corriger les épreuves et a demandé au magazine de trouver un successeur. » (AFP.)
Premières leçons d’orthographe, d’Édouard et Odette Bled, 1965.
J’ignore dans quel manuel les écoliers d’aujourd’hui apprennent les règles d’orthographe et de grammaire, mais pour ceux de ma génération, c’était un fameux livre blanc et bleu, le Bled. Nous prononcions consciencieusement le d final, et voici que, cinquante ans plus tard, je découvre dans Wikipédia qu’on prononce « blé3 ».
Un article du JDD Magazine4, où l’on peut enfin identifier « E. & O. » — Édouard (1899-1996) et Odette (1906-1991) — et découvrir le sympathique visage de ces deux instituteurs, me donne l’occasion d’une petite séquence nostalgie. J’en publie quelques extraits.
« Les mots étaient des amis qui me contaient des histoires. Quand j’en découvrais un nouveau, je le notais sur un petit carnet. » — Édouard Bled
À l’école, les époux Bled cherchent de nouvelles façons d’enseigner et d’aider les élèves à apprendre. Et ils profitent des vacances pour travailler sur une nouvelle pédagogie. Leurs méthodes commencent à intriguer : des inspecteurs viennent même visiter leurs classes pour observer leurs façons de faire. En 1937, ils entament la rédaction de leur premier livre. […]
Automne 1941. Le couple présente une première version de son manuscrit à Hachette. « Votre ouvrage est une nouveauté pédagogique qui a retenu notre attention, leur dit-on. Mais le papier est contingenté et réservé aux titres déjà existants. D’autre part, ce qui nous intéresse, c’est une collection qui couvrirait toute la scolarité. Êtes-vous prêts à vous lancer dans un tel travail ? » Édouard et Odette répondent oui d’une seule voix, sans même avoir pris le temps de se concerter.
Après signature du contrat, en mai 1945, « […] le couple publiera plusieurs versions de son manuel. Qui se vendra à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires – et se vend encore. »
Certains correcteurs, aujourd’hui retraités, ont eu entre les mains un « Jouette » différent de celui que nous connaissons aujourd’hui (☞ lire La bibliothèque du correcteur). Il portait, au choix de l’éditeur, le petit nom de « TOP », abréviation du titre entier : Toute l’orthographe pratique. L’ouvrage a été publié par Nathan (coll. Pluriguides, 765 pages) en 1980.
André Jouette dans la presse marnaise en 1996
Né le 22 juin 1914 à Alliancelles (Marne), André Jouette a été directeur d’école, bibliothécaire en chef de la ville de Marrakech, correcteur d’édition spécialisé dans les dictionnaires et encyclopédies. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages sur la langue, dont La Grammaire facile du français (Nathan), Le Savoir-écrire (Solar) et Les Pièges du français actuel (Marabout) ; du Secret des nombres (Albin Michel) et d’une chronologie, Toute l’histoire (Perrin).
L’Ortho rouge, scolaire, de 1946
Dès sa sortie, le TOP trouva sa place dans le petit marché des dictionnaires d’orthographe. Seul réel concurrent, l’Ortho d’André Sève et Jean Perrot. Conçu comme ouvrage scolaire dès 1946, il a été édité pour le grand public de 1950 à 1983. Le Dictionnaire d’orthographe et des difficultés du français, de Jean-Yves Dournon, paraîtra tout juste un an après celui de Jouette. Le Dictionnaire orthographique de Bled le suivra de quelques années (1987).
Un ouvrage unique en son genre
Ortho vert, grand public, 1983
Le « Jouette » leur est nettement supérieur en nombre de mots enregistrés (50 000 dans la première édition, 70 000 ensuite), mais aussi par la foule d’informations pratiques qu’il leur adjoint et qui lui donne son caractère pratique. Homme du métier, André Jouette sait quels sont les doutes que doit lever le correcteur au quotidien. Il fournit donc de nombreux exemples (Ils s’en sont aperçus ; les deux heures qu’ils ont couru) et expressions (L’entreprise change de mains ; l’ouvrier fatigué change de main) aptes à nous tirer d’affaire5. Mais ce n’est pas tout.
Des articles de synthèse […] concernent : la grammaire (avec une étude complète sur l’accord du participe passé) ; le vocabulaire (des listes méthodiques facilitent la connaissance analogique du français) ; les recommandations officielles de francisation des mots étrangers ; la présentation (ponctuation, typographie…) ; la culture générale (les noms des sept Muses, des trois Grâces…). On trouve également : des tableaux de conjugaison complets ; des tableaux analogiques (liste des noms de collectionneurs, des noms de femelles et de petits d’animaux, des États avec le nom de leurs habitants et de leur monnaie…). […]6
Un bon accueil critique dès sa parution
J’ai trouvé une recension de la première édition, parue dans la revue Communications et langage.
Édition originale, 1980
Le titre de cet ouvrage est à la fois juste et trompeur. En effet, pour fournir tout ce qui est nécessaire à une écriture sans faute, il fallait dépasser largement le cadre strict de l’orthographe. Et c’est bien cela qu’André Jouette a fait.
« T.O.P. » est beaucoup plus qu’un dictionnaire orthographique (pourtant cinquante mille mots et expressions s’y trouvent) et qu’un dictionnaire de grammaire (pourtant tous les points délicats sont passés en revue), c’est une somme d’une surprenante richesse. De la liste des sept cent soixante-huit villes françaises de plus de dix mille habitants et des soixante-dix-neuf sous-préfectures n’atteignant pas ce nombre aux lois et décrets concernant la langue française, des gallicanismes [sic, gallicismes] à l’écriture des noms de vins, il est bien difficile d’en rendre compte en quelques mots.
Par ailleurs, ce qui frappe tout de suite, c’est le plaisir que semble avoir pris l’auteur à nous faire entrer dans les secrets de la langue. Toujours précis et rigoureux, il va jusqu’à employer une annotation spéciale dans le cas particulier où un mot composé se trouve coupé en fin de ligne à la hauteur du trait d’union… Ainsi, on peut voir écrit :
… porte- -couteau.
Pour achever, je ne résiste pas au plaisir de citer quelques curiosités que l’on rencontre rarement ailleurs. Savez-vous, par exemple, que la phrase « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume » emploie toutes les lettres de l’alphabet ? ou encore qu’un palindrome est un divertissement orthographique fait d’un mot ou d’une phrase pouvant se lire de droite à gauche comme de gauche à droite (ainsi, engage le jeu que je le gagne) ? Quel est l’animal qui ancoule ? Quelle est la contenance de la bouteille qui porte le nom de salmanazar ? Vous trouverez les réponses respectivement aux articles « animaux » (p. 65) et « bouteille » (p. 111). Enfin, il faut mentionner l’annexe intitulée « On en parle, mais quels sont-ils ? », composée de plus de soixante rubriques qui donnent aussi bien les noms des douze sybilles, des prophètes de la Bible que ceux des six femmes d’Henry VIII ou des quatre poches de l’estomac des ruminants. Un livre de première utilité qui sort vraiment de l’ordinaire7.
Le succès de cet ouvrage, repris par les Éditions Le Robert en 1993, ne s’est jamais démenti, comme le montre la régularité des rééditions.
199119931997, 199920002002, 2003, édition de poche « allégée de certains tableaux »200620062009Évolution de la couverture de l’ouvrage à succès d’André Jouette
Sans compter les éditions dans les clubs du livre.
France Loisirs, 1989 et 1996France Loisirs, 1999Le Grand Livre du Mois, 2002L’ouvrage d’André Jouette republié par les clubs du livre
Plus réédité depuis la mort de l’auteur (le 9 novembre 2006, à Chantilly, Oise, à 92 ans), le « Jouette » reste à ce jour sans véritable concurrent, aussi je recommande à ceux qui ne le possèdent pas encore d’en acquérir un exemplaire d’occasion, tant qu’il s’en trouve.
PS – En 2010, 2011 et 2015, Le Robert a publié, au format de poche, un Dictionnaire d’orthographe et de difficultés sans nom d’auteur sur la couverture, ce qui a pu induire en erreur certains acheteurs. Rédigé par Édouard Trouillez et Géraldine Moinard, sous la direction de Dominique Le Fur, c’est avant tout un dictionnaire d’orthographe, les développements étant plus rares et plus succincts que chez Jouette ; les encadrés quasi inexistants. Dans leur préface, les auteurs saluent la mémoire de leur prédécesseur, dont ils se sont inspirés, reconnaissant « un travail dont l’excellence, l’exhaustivité et le ton inimitable furent appréciés par le grand public comme par les spécialistes de l’écrit ».
« Inimitable»… Je dirais plutôt « irremplaçable », en tout cas irremplacé.
2010 et 20112015Les deux couvertures du Dictionnaire d’orthographe d’Édouard Trouillez et Géraldine Moinard
« La copie (sans le Supplément) comptait 415 636 feuillets. » Ce nombre laisserait songeur – ou effraierait – plus d’un correcteur. Le découvrir m’a donné envie de publier les longs passages ayant trait à la correction figurant dans le récit, par Émile Littré (1801-1881) lui-même, de l’aventure de son gigantesque Dictionnaire de la langue française (plus de dix mille pages, 37 km de texte !).
« Une copie non suffisamment préparée »
Mon désillusionnement s’opéra quand il fallut enfin donner de la copie (c’est le mot technique) à l’imprimerie. Tous les auteurs ne se comportent pas de la même manière à l’égard de la copie. Quelques-uns la livrent telle qu’elle doit demeurer ; elle est du premier coup achevée et aussi parfaite que le veut le talent de chacun ; l’épreuve ne reçoit d’eux que des corrections typographiques ; ils sont la joie du metteur en pages, n’occasionnent ni remaniements ni retards. Auguste Comte et Armand Carrel, parmi ceux que j’ai vus travailler, ont été des modèles en cette manière de faire : tout était si nettement arrêté en leur esprit, qu’ils ne changeaient plus rien ni à la pensée, ni au tour, ni à l’expression. D’autres ne voient dans l’épreuve qu’un brouillon taillable et raturable à merci, et ils le taillent et le raturent ; une nouvelle épreuve arrive, nouvelle occasion de recommencer le travail de la correction, et ils ne parviennent à se satisfaire qu’au prix de plusieurs épreuves et des malédictions du typographe. D’autres enfin tiennent le milieu : ils ne sont ni aussi arrêtés que les premiers, ni aussi flottants que les seconds. J’étais de cette dernière catégorie, avec tendance pourtant à laisser sortir de mes mains une copie non suffisamment préparée. Mais, un jour que sur une épreuve j’avais beaucoup effacé et remanié, M. J.-B. Baillière, qui fut pour mon Hippocrate ce que M. Hachette fut pour mon Dictionnaire, me fit observer que ces ratures et ces remaniements étaient un travail perdu, ennuyeux à l’imprimeur, coûteux à l’éditeur, et qu’il serait préférable pour tout le monde d’achever davantage la copie, et de réserver les remaniements aux cas indispensables. Le raisonnement me parut sans réplique et, comme je suis corrigible, ayant de bonne heure compris qu’il était peu sage de répondre aux suggestions d’amendement « Je suis comme cela, » j’ai depuis toujours eu à cœur, selon la capacité de mon esprit, de conduire au plus près du définitif ma copie, avant de m’en dessaisir. C’était ce que je croyais avoir fait en ce que j’appellerai la première édition manuscrite de mon dictionnaire mais, au faire et au prendre, elle ne fut qu’un canevas.
Les ouvriers demandent une augmentation
[…] Voici comment l’ordre de la besogne était réglé entre moi, mes collaborateurs et mon organe indispensable, le typographe. Je remettais un lot de copie à M. Beaujean. Il le paraphait et l’envoyait à l’imprimerie. Mais je n’ai pas encore dit que cette imprimerie était celle de M. Lahure. M. Hachette l’avait désignée comme grand établissement pour un grand ouvrage. En même temps il s’y était assuré d’un bon metteur en pages et de bons ouvriers. Quand ils eurent sous les yeux un premier échantillon de mon manuscrit, ils refusèrent de s’en charger aux conditions ordinaires de la composition, et ils demandèrent une augmentation de prix, qui leur fut accordée par M. Hachette. Ils n’arguèrent, pour fonder leur réclamation, ni de la mauvaise écriture, ni des ratures, ni des difficultés de lecture mais ils déclarèrent que ce qui accroissait leur besogne et justifiait leur exigence était le vieux français de l’historique, qui ne pouvait être composé couramment comme le reste. Avant de formuler leur demande, ils avaient soumis l’affaire à une sorte de conseil arbitral formé d’ouvriers, qu’ils nomment le Comité, et qui prononça en leur faveur.
« Scrupuleuse attention de mes réviseurs »
En retour du lot de copie, M. Beaujean recevait un premier placard dont il corrigeait les fautes. Avec celui-là l’imprimerie faisait un second placard. M. Beaujean le lisait, le corrigeait derechef, et inscrivait en marge ses observations. C’est ce second placard ainsi annote qui m’était adressé. Il était formé de quatre colonnes de texte, équivalant à quatre colonnes de ce qui est aujourd’hui le dictionnaire.
Ce même second placard était, en même temps qu’à M. Beaujean, envoyé à mes autres collaborateurs et soumis à leur examen. Leurs observations ne négligeaient rien, depuis l’humble faute typographique jusqu’aux points les plus élevés de la langue, de la grammaire, de l’étymologie. Plus d’une fois j’ai frémi en voyant de quelles erreurs, qui m’avaient échappé, j’étais préservé par la scrupuleuse attention de mes réviseurs.
« Refonte de telle ou telle portion de l’article »
Quand j’avais sous la main tous ces matériaux de correction, y compris parfois des notes personnelles que je pouvais avoir recueillies depuis l’envoi de la copie jusqu’à la venue du second placard, je me mettais à la besogne. Je lisais d’abord le placard pour moi et sans consulter le travail de mes collaborateurs, et je le corrigeais à mon point de vue. Puis je prenais M. Beaujean, puis M. Jullien, puis M. Sommer, et après lui M. Despois, puis M. Baudry, puis le capitaine André. Tout allait bien tant que les observations n’exigeaient ni un examen prolongé, ni une rédaction secondaire, ni des additions, ni des retranchements. Mais quand venaient celles qui soulevaient des questions épineuses, ou que je ne pouvais recevoir sans refaire mon texte, alors il me fallait réfléchir longuement pour prendre un parti et mettre résolument la main à la refonte de telle ou telle portion de l’article incriminé. Rien n’était plus laborieux que la correction de certains de ces placards prédestinés. On en jugera quand on saura que maintes fois ils ne quittaient mon bureau qu’accrus d’un cinquième ou d’un quart. Sans doute le plus long était le travail intellectuel qu’ils me demandaient ; mais, ajouterai-je, cette minutie qui, en fin de compte, n’en était pas une ? le travail matériel était long aussi, obligé que j’étais d’ajuster sur le placard notes et bouts de papier, de manière que l’imprimerie pût se reconnaître dans le dédale. Combien de fois, quand j’étais au plus fort de mes embarras, n’ai-je pas dit, moitié plaisantant, moitié sérieux « O mes amis, ne faites jamais de dictionnaire ! » Mais dépit vain et passager ! C’est le cas d’appliquer le dicton picard rapporté par La Fontaine dans sa fable du Loup, la Mère et l’Enfant :
Un tel placard si surchargé en exigeait un nouveau. Je le demandais donc, vérifiais les corrections, et l’adressais ainsi vérifié à M. Beaujean, qui donnait la mise en pages. C’était un grand pas ; il avait coûté beaucoup de labeur, et un labeur tantôt très minutieux, tantôt très relevé.
L’imprimerie ne se faisait pas attendre, et une première épreuve de mise en page arrivait à M. Beaujean, qui là, lisait, y inscrivait ses observations et me l’envoyait. Autant en faisaient mes autres collaborateurs, qui recevaient aussi cette mise en pages. Ceux qui ont beaucoup imprimé (et je suis du nombre ; honni soit qui mal y pense ; un jour M. Wittersheim, imprimeur et directeur du Journal officiel, que je remerciais de je ne sais quoi, remarqua, qu’un imprimeur devait être gracieux à qui avait tant occupé la presse), ceux, dis-je, qui impriment beaucoup ont éprouvé que bien des choses qui échappent en placard apparaissent visibles dans la mise en pages. Chaque nouvel arrangement a sa lumière. J’étais certainement satisfait, quand cette lumière m’invitait à quelque rectification ou addition de bon aloi mais je l’étais encore plus si aucune modification du texte imprimé ne s’imposait ; car en présence d’un changement nécessaire, mes transes commençaient, tenu que j’étais à me restreindre dans les limites de la composition, et à ne pas occasionner des remaniements toujours difficiles et coûteux, quand ils forcent le cadre d’une mise en pages. La plupart du temps, j’y réussissais à grand renfort de combinaisons et d’artifices de rédaction, comptant les lettres que je supprimais et les lettres par lesquelles je les remplaçais, et heureux quand le total était ce qu’il fallait. Des heures entières s’y employaient ; mais en fin de compte, à force de dextérité, je rendis très rares les cas extrêmes où les remaniements ne purent être évités. Ce que j’ai ainsi consumé d’efforts, de patience, d’ingéniosité et de moments, il y a longtemps que je l’ai pardonné à ces laborieuses minuties ; car, à un point de vue plus général, elles n’ont pas été sans me servir, disciplinant mon esprit enclin aux généralités et l’obligeant à se faire sa provision régulière de faits grands et petits.
« Laborieuses minuties »
Quelque soigneuse que fût l’imprimerie, ces pages étaient, d’ordinaire, trop surchargées pour que je ne tinsse pas à vérifier moi-même si tout était bien comme je l’avais indiqué. Cette vérification faite, j’adressais l’épreuve à M. Beaujean, qui enfin donnait le bon à tirer. Régulièrement il s’écoulait deux mois entre la remise de la copie et ce bon à tirer définitif. L’intervalle était long mais, à voir équitablement les choses, à considérer par combien de mains l’épreuve passait, et à tenir compte des vues et des suggestions de chacun, on jugera qu’il n’était guère possible de demander plus de célérité ni à l’imprimerie, toujours pourvue de besogne, ni à M. Beaujean, cheville ouvrière, ni à moi, réviseur général. Quand il fut bien constaté que telle était la vitesse moyenne, je pus, en faisant l’estimation de l’accroissement de ma copie, calculer approximativement de combien d’années j’aurais besoin (car c’était par années qu’il fallait compter) pour atteindre l’achèvement, à supposer qu’il ne survînt aucune de ces males chances8 sans lesquelles les choses humaines ne vont guère. Je craignais la maladie pour moi ou pour les miens, la perte de papiers égarés, l’incendie ; ce fut la guerre, à laquelle je ne songeais pas, qui m’interrompit. […]
Note supplémentaire. — Le commencement de la copie fut remis à l’imprimerie le 27 septembre 1859, la fin, le 4 juillet 1872. Les premiers mois de 1859 furent employés à des essais de caractères, avec un paquet de copie livré pour ces essais.
La copie (sans le Supplément) comptait 415,636 feuillets. Il y a eu 2,242 placards de composition. Les additions faites sur les placards ont produit 292 pages à trois colonnes. Si le Dictionnaire (toujours sans le Supplément) était composé sur une seule colonne, cette colonne aurait 37,525 m. 28 cent. La composition a commencé régulièrement en septembre 1859 ; le bon à clicher du dernier placard (sans le Supplément) a été donné le 14 novembre 1872 ; ce qui fait une durée de treize ans et deux mois environ.
Je rappelle qu’Alain Rey a écrit une biographie du grand lexicographe, Littré. L’humaniste et les mots, parue pour la première fois chez Gallimard en 1970, rééditée dans une version augmentée en 2008.