Comment utiliser la recherche assistée du TLFi

Le Tré­sor de la langue fran­çaise infor­ma­ti­sé, dic­tion­naire des xixe et xxe siècles, est une des res­sources de réfé­rence des pro­fes­sion­nels de la langue. Il dis­pose de puis­sants outils de recherche, faciles d’emploi. Le cor­rec­teur peut ain­si y trou­ver rapi­de­ment ce dont il a besoin.

fenêtre de recherche assistée du "Trésor de la langue française informatisé" (TLFi)
Fenêtre de recherche assis­tée du Tré­sor de la langue fran­çaise infor­ma­ti­sé (TLFi).

Pre­nons un exemple : vous vou­lez y cher­cher la tour­nure juri­dique en tant que de besoin (voir son expli­ca­tion par l’A­ca­dé­mie).

Une fois entré dans le TLFi, en haut de la page, cli­quez sur Recherche assis­tée : une nou­velle fenêtre s’ouvre alors. Au point no 5, tapez en tant que de besoin (sans guille­mets) dans Conte­nu 1 > Oui. Dans le menu dérou­lant (type d’ob­jet recher­ché), choi­sis­sez Para­graphe quel­conque, puis cli­quez sur le bou­ton Valider :

Fenêtre de recherche assistée du TLFi. Recherche de la tournure "en tant que de besoin" dans un paragraphe quelconque.
Détail de la fenêtre de recherche assis­tée du TLFi.

Vous obte­nez deux résultats :

résultats de la recherche dans le TLFi
La tour­nure en tant que de besoin appa­raît dans deux entrées du TLFi.

Cli­quez sur Affi­chage détaillé et le pre­mier résul­tat (en tant que de besoin dans l’en­trée Arran­ge­ment) s’af­fiche en rouge : 

Tournure "en tant que de besoin" dans l'entrée "Arrangement" du TLFi
Le géné­ral de Gaulle a employé cette tour­nure dans ses Mémoires.

Pour pas­ser au résul­tat sui­vant, cli­quez sur le bou­ton +. Appa­raît alors en tant que de besoin dans l’en­trée Volet :

Tournure "en tant que de besoin" dans l'entrée "Volet" du TLFi
Le TLFi lui-même emploie cette tour­nure pour défi­nir le mot volet dans le domaine théâtral.

Avec le bou­ton –, vous pou­vez reve­nir au résul­tat pré­cé­dent. Avec Affi­chage glo­bal, reve­nir à la liste des résultats. 

Dans la fenêtre de recherche, si vous aviez choi­si comme type d’ob­jet Exemple ou Défi­ni­tion (au lieu de Para­graphe quel­conque), vous n’au­riez obte­nu qu’un des deux résul­tats, en tant que de besoin, dans l’en­trée Arran­ge­ment, appar­te­nant à une phrase du géné­ral du Gaulle, alors que, dans l’en­trée Volet, la tour­nure sert à défi­nir le mot, dans le domaine du théâtre.

D’autres types de recherche sont pos­sibles. Pour les décou­vrir, cli­quez sur Voir des exemples d’u­ti­li­sa­tion du for­mu­laire, en haut de la fenêtre de recherche assistée.

Je n’ai pas encore étu­dié si l’autre mode de recherche, dit com­plexe (qui exige de mettre en œuvre des liens logiques), peut être utile au correcteur.

☞ Voir aus­si La biblio­thèque du cor­rec­teur.

Acheter des livres d’occasion, profiter du désherbage

Cet été, je me suis quelque peu lâché sur les acqui­si­tions. Les grands lec­teurs savent ce que c’est : de notes de bas de page en biblio­gra­phies, de recherches en recom­man­da­tions, il y a tou­jours plus de livres à lire, et on s’en réjouit. Bref, j’avais com­men­cé les vacances en réor­ga­ni­sant mes éta­gères, mais là, clai­re­ment, je manque de place. Un détail. « L’important, c’est de les avoir », dirait mon ami Laurent. 

Mal­gré les appa­rences, cet ensemble ne m’a pas coû­té cher. La plu­part des titres, je les ai ache­tés d’occasion, par­fois à un euro (via le com­pa­ra­teur de prix Chasse aux livres). Les biblio­thèques « désherbent » leur fonds, je com­plète le mien. Voi­là un sys­tème éco­no­mique qui me convient ! J’ai tout de même de la peine pour tous ces livres (et leurs auteurs) qui, mani­fes­te­ment, n’ont pas été ouverts ou si peu. 

Terme consa­cré en biblio­thé­co­no­mie, le désher­bage est une opé­ra­tion « des­ti­née à mettre en valeur les col­lec­tions dis­po­nibles et à offrir des res­sources constam­ment actua­li­sées aux usa­gers des biblio­thèques » (Wiki­pé­dia).

Pour ma part, confron­té comme elles « à des pro­blèmes récur­rents de réor­ga­ni­sa­tion, d’encombrement ou d’impossibilité d’extension », je ne pour­rai désher­ber que lorsque j’aurai ter­mi­né mes recherches. Là, je suis en plein dedans. Je vais devoir patien­ter un peu. 

Plus d’informations sur le désher­bage dans un PDF de l’Enssib.

Manuscrits disparus de correcteurs d’imprimerie

La recherche his­to­rique mène par­fois à des impasses frus­trantes. Ain­si, en fouillant les archives de la presse, je suis tom­bé sur l’annonce de futurs Mémoires d’un cor­rec­teur, qui n’ont, hélas, jamais paru. C’est dans le Bul­le­tin de la presse (organe pro­fes­sion­nel des publi­cistes) du 25 avril 1897 :

Le hasard nous mit sous les yeux, il y a quelques semaines, un manus­crit déjà volu­mi­neux, quoique inache­vé, des Mémoires d’un cor­rec­teur d’im­pri­me­rie, dont, pour sa tran­quilli­té, l’au­teur a réso­lu de faire de nou­veaux Mémoires d’outre-tombe1. C’est qu’ayant vu beau­coup de grands hommes en robe de chambre et d’au­teurs en désha­billé, il n’a pas pu les trou­ver tous beaux, ni tous hommes de génie, et il a consi­gné, dans ses cahiers, cer­tains sou­ve­nirs plu­tôt désa­gréables pour des gens dont il est bon de se méfier. Autant que la crainte de Dieu, la crainte des puis­sants de la terre est le com­men­ce­ment de la sagesse.

Le jour­nal n’a rete­nu que les pages, datées de 1891, évo­quant le doc­teur Cor­né­lius Herz (1845-1898), savant élec­tri­cien et affai­riste impli­qué dans le scan­dale de Pana­ma. Jean-Yves Mol­lier, his­to­rien de l’é­di­tion, lui a consa­cré un livre2. Herz diri­geait alors la revue La Lumière élec­trique, ins­tal­lée dans de « somp­tueux bureaux » au 31 du bou­le­vard des Ita­liens, à Paris. Dans cet extrait, sur le métier lui-même, le « vieux cor­rec­teur » n’é­crit que ceci :

Cornélius Herz
Cor­né­lius Herz.

[…] j’é­tais char­gé de faire régner un fran­çais à peu près cor­rect (beau­coup de rédac­teurs étant étran­gers), de veiller à ce qu’il ne pas­sât pas d’hé­ré­sie scien­ti­fique ou his­to­rique trop visible et, spé­cia­le­ment, de cou­per les débi­nages ou les traces de cour­ti­sa­ne­ries qui se seraient glis­sées dans la copie. […]
Habi­tuel­le­ment, les pou­voirs d’un cor­rec­teur sont assez bor­nés et la har­diesse qu’il ose se per­mettre est bien timide. Par excep­tion, mon auto­ri­té était presque auto­cra­tique ; le doc­teur, qu’on voyait de moins en moins, mais qui lisait très exac­te­ment son jour­nal après publi­ca­tion, et dont l’in­fluence se fit tou­jours heu­reu­se­ment sen­tir avant son départ pour l’An­gle­terre [où il a dû fuir], le vou­lait aus­si par­fait que pos­sible. Le cor­rec­teur devait être là, comme le dépeint Horace, « l’homme cir­cons­pect qui raye, d’un trait noir, une pro­po­si­tion inexacte, coupe sans mer­ci toute expres­sion déme­su­ré­ment ambi­tieuse et donne du ton aux phrases lan­guis­santes ». Dans ma longue car­rière, c’est la seule admi­nis­tra­tion où j’aie trou­vé la consi­dé­ra­tion et les égards dont jouis­saient nos pré­dé­ces­seurs des der­niers siècles.

« La crainte des puis­sants de la terre » a-t-elle pour­sui­vi l’au­teur post-mor­tem ? En tout cas, le manus­crit ayant appa­rem­ment dis­pa­ru, il fau­dra se conten­ter de cet extrait.

Collection de fautes d’orthographe d’écrivains

Autre piste ne menant nulle part, de trente ans anté­rieure (L’Aube, 20 février 1867), l’annonce de la vente aux enchères d’un étrange manus­crit, lui aus­si pro­duit par un correcteur :

Une vente d’au­to­graphes d’un genre nou­veau et aus­si curieux que piquant doit avoir lieu, dit-on, ce mois-ci à la salle Syl­vestre [Sil­vestre, alors située 28, rue des Bons-Enfants, à Paris3]. C’est une col­lec­tion… de fautes d’or­tho­graphe. Le tout pro­vient, dit un cor­res­pon­dant pari­sien de l’Indé­pen­dance belge, de la suc­ces­sion d’un M. C…, qui exer­ça pen­dant trente années années la pro­fes­sion de cor­rec­teur d’im­pri­me­rie. Chaque fois que, dans le manus­crit d’une nota­bi­li­té lit­té­raire, M. C… ren­con­trait des fan­tai­sies gram­ma­ti­cales, il conser­vait pré­cieu­se­ment la page, la numé­ro­tait, l’é­ti­que­tait et l’a­jou­tait dans ses car­tons à son sin­gu­lier tré­sor.
La nou­velle est-elle vraie ? Peut-être. Ce qu’il y a de cer­tain, c’est qu’elle n’est pas invraisemblable.

Une œuvre collective de correcteurs de presse

Plus près de nous (en 2010), nos confrères du Monde.fr ont, eux aus­si, annon­cé la paru­tion d’un ouvrage qui n’a jamais vu le jour : 

Il sera épais, avec du sépia, des des­sins, des pho­tos, par­fois même des sché­mas, pas très cher (car impri­mé sur du papier recy­clé), c’est une œuvre col­lec­tive, les auteur(e)s (cor­rec­teurs et cor­rec­trices dans les jour­naux et sites de jour­naux pari­siens) y tra­vaillent depuis bien­tôt un lustre…, et voi­là, c’est fait, il y a de l’action, des (signes de) correction(s), des com­pli­ca­tions, des expli­ca­tions, des sou­ve­nirs, des sou­pirs, des cuirs, il s’intitule Plus de casse dans les cass’tins !, coû­te­ra 12 €, est publié aux toutes nou­velles édi­tions Deux-Cap’-Div’, et sera en librai­rie le 3 avril… et si vous ne vou­lez vrai­ment pas l’acheter… fauchez-le !

Si l’article a été publié un 1er avril, l’information sem­blait bien réelle. Dommage.

[AJOUT, 16 sep­tembre 2025.] Dis­pa­rus éga­le­ment : Le Nez d’un cor­rec­teur d’im­pri­me­rie, de Jules Gras­si, hom­mage de J. Gras­si à Charles Leconte, Gre­noble, 1866, in-8, 6 p., pap. rose (tiré a q. q. exem­pl. seule­ment)4. — Moi, dic­ta­teur, pièce en trois actes de Léo Ber­ryer, créée au théâtre Varia (25, rue Fon­taine, Paris 9e) en novembre 1930, où un cor­rec­teur d’im­pri­me­rie, Oné­sime Tar­tem­pion, se rêve dic­ta­teur5. La cri­tique l’a éreintée.

On pour­ra se conso­ler avec Sou­ve­nirs de la mai­son des mots, paru en 2011 aux édi­tions 13 bis, dont voi­ci le résumé :

Anonyme, "Souvenirs de la maison de mots"

Cet ouvrage est consa­cré à la défense de cer­tains auteurs plu­tôt que d’un cer­tain métier, celui de cor­rec­teur en l’oc­cur­rence, quoique tout soit lié. C’est une pro­me­nade sans autre but que le plai­sir à tra­vers la lit­té­ra­ture mon­diale, au gré du hasard, de Mel­ville à Dos­toïevs­ki, de Dide­rot à Casa­no­va, de Toc­que­ville à Proust, d’Or­well à Céline et à Bern­hard, de Bal­zac à Sten­dhal et à Marx. C’est une dénon­cia­tion des pen­seurs, intel­lec­tuels, lit­té­ra­teurs faus­saires de notre époque. C’est-à-dire de la presque tota­li­té de ce qui est publié en France et ailleurs. 

☞ Lire aus­si Der­lin­din­din ou l’histoire d’un échec.

Article modi­fié le 16 sep­tembre 2025.


  1. « Cha­teau­briand sou­hai­tait que ces mémoires [1849-1850] ne soient publiés qu’a­près sa mort, d’où leur titre. » — Wiki­pé­dia. ↩︎
  2. Cor­né­lius Herz : por­trait d’un lob­byiste fran­co-amé­ri­cain à la Belle Époque, Paris, Édi­tions du Félin, coll. « Bio­gra­phie », 2021, 556 p.  ↩︎
  3. Voir « La Salle Sil­vestre (1797-1939) », blog His­toire de la biblio­phi­lie, 30 avril 2022. Consul­té le 24 avril 2024. ↩︎
  4. Signa­lé dans Le Biblio­phile de Dau­phi­né, jan­vier 1884, et dans Le Dau­phi­né, 17 mai 1885. ↩︎
  5. « 27 novembre. — Théâtre Varia. Pre­mière repré­sen­ta­tion de Moi, dic­ta­teur, pièce en trois actes et [dix] tableaux de M. L[é]o Ber­ryer. Un cor­rec­teur d’im­pri­me­rie ren­tré chez lui, un peu ivre, s’en­dort et rêve qu’il est dic­ta­teur. La pièce est le spec­tacle de son rêve. Elle com­prend tous les pon­cifs du genre : dis­cours, jour­na­listes pour­sui­vis, maî­tresse vedette d’une grande scène, fusillade. Cette fusillade réveille l’en­dor­mi. Le des­sein paro­dique de l’au­teur [éga­le­ment direc­teur du théâtre] est visi­ble­ment man­qué. » Larousse men­suel illus­tré, jan­vier 1931 (période du 15 novembre au 14 décembre 1930). Et aus­si dans Le Jour­nal, 26 décembre 1930, Le Matin, 29 novembre 1930, Paris-Soir, même date, L’Œuvre, même date, Paris-Midi, 30 novembre 1930, Figa­ro, même date, Le Petit Pari­sien, même date, Les Hommes du jour, 1er décembre 1930, et La Semaine à Paris, 5 décembre 1930. D’a­près un pro­gramme du théâtre Fon­taine de 1931, extrait d’un Recueil fac­tice d’ar­ticles et pro­grammes concer­nant les repré­sen­ta­tions don­nées par des acteurs anglais ou des troupes anglaises à Paris (BnF), Léo Ber­ryer dut aban­don­ner la pièce après 50 repré­sen­ta­tions pour rai­sons de san­té et céda son théâtre à Hen­ri Lesieur. ↩︎

Technique de recherche avancée sur Google

Extrait de ma liste d'URL de recherche sur Google
Extrait de ma liste d’URL de recherche sur Google (incli­né pour l’ef­fet graphique).

Comme je l’ai expli­qué dans un autre article, la poly­sé­mie du mot cor­rec­teur (et aus­si de cor­rec­trice) fait que, lors­qu’on uti­lise un moteur de recherche, on reçoit un très grand nombre de résultats. 

Pour réduire ce nombre, les pre­mières solu­tions sont :

  • soit d’ajou­ter des mots-clés per­ti­nents. Ain­si,
    [correcteur imprimerie] ou [correcteur édition] ;
  • soit d’éli­mi­ner ce qui n’est pas per­ti­nent, en le fai­sant pré­cé­der d’un signe moins (le trait d’u­nion du cla­vier, sans espace der­rière). Ain­si,
    [correcteur -maquillage].

NB — Dans les com­mandes que j’in­dique, les cro­chets servent uni­que­ment à déli­mi­ter le code ; il ne faut pas les sai­sir dans Google.

On peut, bien sûr, addi­tion­ner les mots-clés (ajou­tés ou retran­chés), par exemple :

[correcteur édition emploi]

ou [correcteur -maquillage -cosmétique]

Pour gagner encore en per­ti­nence, on peut uti­li­ser un opé­ra­teur puis­sant (mécon­nu) qui per­met d’af­fi­cher uni­que­ment les pages conte­nant tous les mots deman­dés, [allintext:].

Par exemple, [allintext:correcteur imprimerie] est beau­coup plus effi­cace que le simple [correcteur imprimerie].

Atten­tion : il est impé­ra­tif qu’il n’y ait pas d’es­pace après le deux-points de l’o­pé­ra­teur avancé. 

Pour recher­cher une expres­sion, comme cor­rec­teur d’imprimerie, on l’en­cadre de guille­mets droits : ["correcteur d’imprimerie"]. C’est utile notam­ment pour retrou­ver un pro­verbe ou une citation.

Un site à la fois

On peut aus­si res­treindre la recherche à un site par­ti­cu­lier, avec l’opérateur [site:].

Par exemple, si je veux cher­cher le mot-clé cor­rec­teur dans le site Lemonde.fr, l’URL sera [site:lemonde.fr correcteur] — ou [correcteur site:lemonde.fr], l’ordre n’ayant pas d’im­por­tance ici.

Si je veux recher­cher l’ex­pres­sion cor­rec­teur d’imprimerie sur Lemonde.fr, l’URL sera : 

[site:lemonde.fr "correcteur d’imprimerie"]

Pour recher­cher l’alter­na­tive cor­rec­teur ou cor­rec­trice, j’a­joute [OR correctrice]

[site:lemonde.fr correcteur OR correctrice]

Je peux aus­si éli­mi­ner une expres­sion. En tapant :

[site:lemonde.fr correcteur OR correctrice -"langue sauce piquante"]

j’ex­clus des résul­tats les articles du blog des cor­rec­teurs du Monde.fr, Langue sauce piquante (que je connais déjà).

Une fois que j’ai déli­mi­té cor­rec­te­ment ma recherche, j’enregistre ce signet tel quel pour ne plus avoir à le saisir. 

Lors de mes pro­chaines visites, si je le sou­haite, je pour­rai res­treindre les résul­tats à une période don­née (de moins d’un an à moins d’une heure), en cli­quant sur Outils au-des­sus du pre­mier résul­tat, ce qui fera appa­raître un nou­veau menu. 

Par exemple, ma der­nière recherche sur le site de Libé­ra­tion, res­treinte à l’an­née écou­lée, ne don­nait que deux résultats : 

recherche des mots-clés "correcteur" et "correctrice" sur le site de "Libération"

Il existe d’autres astuces, que je n’emploie pas ou rare­ment, mais qui peuvent vous être utiles. Vous les trou­ve­rez sur la page Google consa­crée à la recherche avan­cée ain­si que dans les articles Les opé­ra­teurs boo­léens : la recherche opti­mi­sée dans Google & Co et Les recherches appro­fon­dies avec les opé­ra­teurs Google du Digi­tal Guide IONOS. 

Mon parcours de recherche bibliographique

Voi­là plus de trois ans que j’ai com­men­cé ces recherches sur l’histoire du métier de cor­rec­teur (☞ voir Liste des articles). J’ai sim­ple­ment démar­ré sur Google, puis ont sui­vi Gal­li­ca, Google Livres, le cata­logue géné­ral de la BnF (et les visites sur place, un bon­heur), Retro­news, le site de presse de la BnF, ouvert en sep­tembre 2021 (une mine), la biblio­thèque patri­mo­niale de l’école Estienne (où j’ai reçu un superbe accueil), le site du musée de l’Imprimerie et de la Com­mu­ni­ca­tion gra­phique de Lyon, d’autres cata­logues encore…

Je ne compte pas, bien sûr, les nom­breux livres ache­tés, emprun­tés, cer­tains consul­tés, d’autres lus inté­gra­le­ment (☞ voir Biblio­gra­phie com­men­tée).

Au bout de ces trois années, après avoir croi­sé les mots-clés dans tous les sens (notam­ment pour contour­ner le pro­blème de la poly­sé­mie du mot cor­rec­teur), et télé­char­gé des cen­taines de docu­ments, je com­men­çais à me dire que j’avais à peu près tout exhu­mé. Mon disque dur est plein de textes his­to­riques numé­ri­sés, d’articles de jour­naux ou de blogs en PDF, d’images diverses…

Et c’est pré­ci­sé­ment là, il y a quelques jours, que j’ai décou­vert les col­lec­tions numé­ri­sées des biblio­thèques patri­mo­niales de la Ville de Paris. Et hop ! un bon mil­lier de docu­ments sup­plé­men­taires à étudier. 

Vision­neuse des col­lec­tions numé­ri­sées des biblio­thèques patri­mo­niales de la Ville de Paris.

Leur vision­neuse est excel­lente. Sur la gauche, la liste des occur­rences du mot-clé (en ita­lique, gras et rouge) dans le docu­ment sélec­tion­né. Sur la droite, le docu­ment en ques­tion, avec le mot-clé sur­li­gné en rouge et enca­dré d’un filet bleu. Le télé­char­ge­ment est rapide. Les sites Gal­li­ca et Retro­news (mal­gré leur qua­li­té) devraient s’en ins­pi­rer. On gagne­rait en fluidité.

J’ai aus­si­tôt entre­pris l’épluchage… Résul­tat, quelque 250 extraits de jour­naux ont rejoint ma collection. 

Cap­ture d’é­cran mon­trant mes listes d’ex­traits de jour­naux numé­ri­sés, télé­char­gés depuis le site des biblio­thèques patri­mo­niales de la Ville de Paris.

Reste main­te­nant à lire et anno­ter tout ça. Reste à se poser les bonnes ques­tions et à y répondre… ce qui peut occa­sion­ner de nou­velles recherches. C’est la par­tie la plus intéressante. 

☞ Lire aus­si Der­lin­din­din ou l’histoire d’un échec.

À la recherche du code typo perdu 

Un article de la BnF consa­cré à l’his­toire de la typo­gra­phie (signé Danièle Mer­met, non daté) écrit : 

« Un autre fils de Fran­çois [Didot], Pierre Fran­çois [1731-1795, dit le jeune], crée un des pre­miers codes typo­gra­phiques à l’u­sage des cor­rec­teurs. »

Les Didot forment une dynas­tie d’imprimeurs qui, jus­qu’au xixe siècle, appor­te­ront « de nom­breuses inno­va­tions tech­niques à l’in­dus­trie pape­tière, à l’im­pri­me­rie et à la typographie ».

L’Ency­clo­pé­die Larousse reprend cette infor­ma­tion, avec des ita­liques : « Il créa éga­le­ment le pre­mier Code des cor­rec­tions typo­gra­phiques », mais en l’at­tri­buant à l’un des petits-fils de Fran­çois Didot, Pierre (1761-1853).

Un code typo­gra­phique au xviiie siècle ? Voi­là qui bous­cule mes connais­sances, le pre­mier « code typo » pro­pre­ment dit datant, pour moi, de 1928 — après une série de « manuels typo­gra­phiques » au xixe siècle. ☞ Voir Qui crée les codes typographiques ?

Silence des catalogues 

« Sou­cieux d’apporter le plus grand soin aux ouvrages qu’il impri­mait, Pierre Fran­çois Didot com­po­sa et publia un petit ouvrage à l’adresse des cor­rec­teurs d’épreuves : Pro­to­cole des cor­rec­tions typo­gra­phiques », écrit, pour sa part, Jean-Claude Fau­douas, dans son Dic­tion­naire des grands noms de la chose impri­mée (Retz, 1991, p. 45).

Déci­dé­ment ! Je fouille, bien sûr, le cata­logue de la BnF et celui du musée de l’Imprimerie de Lyon, à la recherche de cette pièce his­to­rique. Sans succès. 

Je ne trouve rien non plus sur Pierre-Fran­çois1 Didot dans la vaste Somme typo­gra­phique (1947-1951) de Mau­rice Audin, numé­ri­sée par le musée de l’Imprimerie de Lyon. Pas plus que dans Ortho­ty­po­gra­phie : recherches biblio­gra­phiques (Paris, Conven­tion typo­gra­phique, 2002), le gros tra­vail de Jean Méron (voir son site).

L’objet identifié

Alors je m’adresse au ser­vice d’aide SINDBAD de la BnF, qui m’oriente vers « L’Art de l’im­pri­me­rie (Paris, Dic­tion­naire des arts et métiers, 1773) », cité par Alan Mar­shall dans « Manuels typo­gra­phiques conser­vés au musée de l’Imprimerie de Lyon » (Cahiers GUTen­berg, no 6, juillet 1990, p. 40).

Ce docu­ment existe bien à la BnF, sous forme de réim­pres­sion moderne : « L’art de l’im­pri­me­rie, Tho­ri­gny-sur-Marne : impr. de E. Morin, 1913, 39 p., in-8, coll. Docu­ments typographique[s], I ». 

Il a été « attri­bué à Didot le jeune par E. Morin2 », comme l’écrit encore Alan Mar­shall (art. cit.), car le texte n’est pas signé.

Il s’agit pré­ci­sé­ment de l’ar­ticle « IMPRIMERIE (L’art de l’) » (p. 480-512), extrait du tome 2 du Dic­tion­naire rai­son­né uni­ver­sel des arts et métiers… de Phi­lippe Mac­quer (1720-1770), revu par l’ab­bé Jau­bert, impri­mé en 1773 par Pierre-Fran­çois Didot. 

Je le retrouve alors men­tion­né chez Louis-Emma­nuel Bros­sard (Le Cor­rec­teur Typo­graphe, 1924, p. 287), où il tient sur une page, que voici. 

Le pro­to­cole des signes de cor­rec­tion de Pierre-Fran­çois Didot, repro­duit par Louis-Emma­nuel Bros­sard (1924).

Cette planche, numé­ro­tée II dans l’ar­ticle de Didot le jeune, y est intro­duite par les mots sui­vants : « Lorsque la forme est entié­re­ment fer­rée, il [le com­po­si­teur] […] la porte à la presse aux épreuves pour en tirer une pre­mière épreuve, que le prote lit, & sur la marge de laquelle il marque les mots pas­sés [bour­dons] ou dou­blés, les lettres mises les unes pour les autres que l’on nomme coquilles, &c. Voyez Pl. II » (p. 497-498). 

Le para­graphe qui suit, inti­tu­lé « De la cor­rec­tion », ne traite, en fait, que du cor­ri­geage (la cor­rec­tion sur plomb). Il n’é­voque jamais le cor­rec­teur lui-même, sauf dans les pre­miers mots : « Quand le com­po­si­teur a reçu du Prote, ou de tout autre Cor­rec­teur, l’é­preuve où les fautes sont indi­quées sur les marges, il faut qu’il la cor­rige […]. » Le mot pro­to­cole n’y appa­raît pas non plus.

Un précurseur

Sauf erreur, les titres don­nés par Larousse et Fau­douas sont donc fan­tai­sistes. Le texte de Didot le jeune ne s’a­dresse pas nom­mé­ment aux cor­rec­teurs. Il ne s’agit pas non plus d’un code typo­gra­phique, dont je rap­pelle la défi­ni­tion : « Ouvrage de réfé­rence décri­vant les règles de com­po­si­tion des textes impri­més ain­si que la façon d’abréger cer­tains termes, la manière d’écrire les nombres et toutes les règles de typo­gra­phie régis­sant l’usage des dif­fé­rents types de carac­tères : capi­tales, bas de casse, ita­lique, etc. » — Wiki­pé­dia.

Signes de correction dans "Orthotypographia", 1608
Signes de cor­rec­tion dans Ortho­ty­po­gra­phia de Jérôme Horn­schuch, 1608.

Il s’a­git seule­ment d’un pro­to­cole des signes de cor­rec­tion. Le pre­mier, à ma connais­sance, depuis l’embryon pro­po­sé par Jérôme Horn­schuch en 1608 (☞ Voir Ortho­ty­po­gra­phia, manuel du cor­rec­teur, 1608). Les trai­tés de Marie-Domi­nique Fer­tel (1723) et de Pierre-Simon Four­nier (1764-1766) ne sont pas des­ti­nés au cor­rec­teur. Ber­trand-Quin­quet (1798) men­tionne les « signes usi­tés dans l’Im­pri­me­rie, et qui lui sont par­ti­cu­liers », mais ne les donne pas. C’est géné­ra­le­ment à Mar­cel­lin-Aimé Brun (Manuel pra­tique et abré­gé de la typo­gra­phie fran­çaise, 1825) qu’on attri­bue le pre­mier tableau des signes de cor­rec­tion3

C’est ce chan­ge­ment d’un demi-siècle dans la chro­no­lo­gie qui fait l’intérêt prin­ci­pal du pré­sent article. 

Article mis à jour le 26 octobre 2023.


“Derlindindin” ou l’histoire d’un échec

C’est l’histoire d’un demi-échec ou, du moins, d’une recherche inabou­tie. Elle me donne l’oc­ca­sion de vous mon­trer com­ment je travaille. 

Un matin de cette semaine, pro­fi­tant de mes vacances — bien méri­tées, dirais-je — pour relan­cer les recherches, je tombe sur une Phy­sio­lo­gie4 de l’imprimeur (éd. Des­loges, 1842) com­por­tant le mot cor­rec­teur, signée de Constant Moi­sand (1822-1871). L’au­teur n’a donc que 19 ou 20 ans quand il publie ce livre. 

Page 37, on y lit ceci : 

Vous arri­vez les poches pleines d’é­preuves ; vous remet­tez votre copie au cor­rec­teur qui entonne de sa grosse voix le der­lin­din­din, et tous les singes5 répètent en cœur [sic] le der­lin­din­din ; ce qui veut dire que celui qui a com­po­sé la copie que l’au­teur vient de remettre a fait une infi­ni­té de bour­dons, dou­blons, coquilles, etc.

Rien d’autre sur le sujet de mon blog. 

Mais… « le der­lin­din­din », voi­là de quoi occu­per ma mati­née ! Qu’est-ce donc ? Cherchons.

Un bruit de clochette

Der­lin din­din est une variante de dre­lin din­din (ou din din), l’aîné de notre dre­lin, dre­lin, ono­ma­to­pée imi­tant une clo­chette ou une son­nette. Le chan­son­nier Béran­ger (1780-1847) a écrit : « Pauvres fous, bat­tons la cam­pagne / Que nos gre­lots tintent sou­dain / Comme les beaux mulets d’Es­pagne / Nous mar­chons tous dre­lin din­din » (Cou­plet) — Lit­tré.

On trouve notre der­lin din din dans un vau­de­ville6 d’Eu­gène Labiche (1815-1888), Les Pré­ten­dus de Gim­blette (1850) :

Sem­bett : No ! un son de cloche… Com­ment ils fai­saient les cloches ?
[…]
Bar­na­bé : Elles font der­lin, der din, din din.

Nous appre­nons déjà quelque chose. 

Mais notre cor­rec­teur — appe­lons-le Jules — imite-t-il « de sa grosse voix » une clo­chette ? Et les com­po­si­teurs répètent-ils en chœur la même clo­chette ? Je n’y crois pas trop. 

Chanson à succès

Je penche plu­tôt pour un air à la mode. Au xixe siècle comme aujourd’hui, il y a des airs à suc­cès, qu’on entend au café-concert ou au théâtre. Cer­tains reçoivent même de nou­velles paroles, pour un évè­ne­ment fes­tif. Ain­si, deux chan­sons que j’ai trou­vées sur Gal­li­ca : Le Cor­rec­teur d’imprimerie (non datée, mais peut-être entre 1803 et 1848), d’un cer­tain Chol­let, est à chan­ter sur l’air de La Treille de sin­cé­ri­té, écrite par Désau­giers (1772-1827), et Les Cor­rec­teurs en goguette à Cha­ren­ton (1822) colle à l’air du vau­de­ville en un acte Lan­ta­ra, ou le Peintre au caba­ret (créé en 1809), « À jeun je suis trop philosophe ».

Page de titre du qua­drille Der­lin din­din ou Asseyez-vous d’s­sus (1859). © Palaz­zet­to Bru Zane / fonds Leduc.

Je tombe alors sur Der­lin din­din, un qua­drille. Oh joie ! D’autant que le sous-titre de cette danse est « Asseyez-vous des­sus », ce que j’imagine déjà faire la joie de Jules et de ses facé­tieux col­lègues… Mal­heu­reu­se­ment, Arban (1825-1889), com­po­si­teur de danses et chef d’orchestre popu­laire, offi­ciait au bal Le Casi­no, dit Casi­no-Cadet, « construit en 1859 [et] renom­mé pour la légè­re­té de ses dan­seuses » (Wiki­pé­dia), et 1859 est aus­si la date de la partition.

Au pas­sage, je décèle une bizar­re­rie : la page de titre de la par­ti­tion pré­cise « sur des motifs de Krie­sel ». Or, si Krie­sel (dont les dates de nais­sance et de mort nous sont incon­nues) a bien écrit Asseyez-vous d’s­sus !, « can­ti­lène comique, sur des paroles de MM. Jules de [sic] Renard [1813-18777] et Amé­dée de Jal­lais [1825-1909] », la par­ti­tion a été impri­mée chez Bol­lot en 1861… soit deux ans après le qua­drille qui s’en est ins­pi­ré ! Je vous laisse ce mys­tère à résoudre.

Asseyez-vous d’s­sus serait une fan­tai­sie sur l’expérience de l’omni­bus, d’après un récent livre anglais sur le sujet (Eli­za­beth Amann, The Omni­bus : A Cultu­ral His­to­ry of Urban Trans­por­ta­tion, Sprin­ger Nature, 2023, p. 107), ce que semble confir­mer la gra­vure illus­trant la partition.

Déçu, je remets les gaz à mes moteurs (de recherche)… et finis par trou­ver, dans le Cata­logue géné­ral des œuvres dra­ma­tiques et lyriques fai­sant par­tie du réper­toire de la Socié­té des auteurs et com­po­si­teurs dra­ma­tiques (ouf !), Der­lin­din­din, vau­de­ville en un acte de René Per­in (1774-1829), édi­té par Jean-Nico­las Bar­ba (1769-1846). Date incon­nue, sauf que le cata­logue s’arrête à 1859, mais de toute façon anté­rieure à la mort de Bar­ba. Là, ça collerait. 

Frustration de chercheur

Le qua­drille aban­don­né, reste donc ce vau­de­ville, dont je ne sais rien. À moins qu’il ne s’a­gisse d’un autre, qui aurait disparu.

Ah, je le voyais bien, pour­tant, notre Jules, aller oublier, le dimanche, au Casi­no-Cadet, qu’il bosse douze heures par jour, du lun­di au same­di (sauf quand il « fait le lun­di »), guin­cher sur Der­lin din­din, le qua­drille à la mode, et, de retour au tur­bin, s’en ser­vir comme signe de com­pli­ci­té avec les « singes ». 

Mal­heu­reu­se­ment, les dates sont impitoyables.