Technique de recherche avancée sur Google-Pour gagner en efficacité dans la recherche sur Google, il existe des astuces, méconnues. J’explique comment je m’y prends …
Mon parcours de recherche bibliographique-Après des années de recherche sur l’histoire du métier de correcteur, je retrace mon parcours dans les catalogues de bibliothèques …
À la recherche du code typo perdu -Surpris que diverses sources mentionnent un « code typographique » signé Pierre-François Didot (1731-1795), j’ai mené l’enquête …
“Derlindindin” ou l’histoire d’un échec-Je raconte le demi-échec d’une recherche autour d’une référence culturelle. Elle donne l’occasion de voir comment je travaille …
Le Trésor de la langue françaiseinformatisé, dictionnaire des xixe et xxe siècles, est une des ressources de référence des professionnels de la langue. Il dispose de puissants outils de recherche, faciles d’emploi. Le correcteur peut ainsi y trouver rapidement ce dont il a besoin.
Fenêtre de recherche assistée du Trésor de la langue françaiseinformatisé (TLFi).
Prenons un exemple : vous voulez y chercher la tournure juridique en tant que de besoin (voir son explication par l’Académie).
Une fois entré dans le TLFi, en haut de la page, cliquez sur Recherche assistée : une nouvelle fenêtre s’ouvre alors. Au point no 5, tapez en tant que de besoin (sans guillemets) dans Contenu 1 > Oui. Dans le menu déroulant (type d’objet recherché), choisissez Paragraphe quelconque, puis cliquez sur le bouton Valider :
Détail de la fenêtre de recherche assistée du TLFi.
Vous obtenez deux résultats :
La tournure en tant que de besoin apparaît dans deux entrées du TLFi.
Cliquez sur Affichage détaillé et le premier résultat (en tant que de besoin dans l’entrée Arrangement) s’affiche en rouge :
Le général de Gaulle a employé cette tournure dans ses Mémoires.
Pour passer au résultat suivant, cliquez sur le bouton +. Apparaît alors en tant que de besoin dans l’entrée Volet :
Le TLFi lui-même emploie cette tournure pour définir le mot volet dans le domaine théâtral.
Avec le bouton –, vous pouvez revenir au résultat précédent. Avec Affichage global, revenir à la liste des résultats.
Dans la fenêtre de recherche, si vous aviez choisi comme type d’objet Exemple ou Définition (au lieu de Paragraphe quelconque), vous n’auriez obtenu qu’un des deux résultats, en tant que de besoin, dans l’entrée Arrangement, appartenant à une phrase du général du Gaulle, alors que, dans l’entrée Volet, la tournure sert à définir le mot, dans le domaine du théâtre.
D’autres types de recherche sont possibles. Pour les découvrir, cliquez sur Voir des exemples d’utilisation du formulaire, en haut de la fenêtre de recherche assistée.
Je n’ai pas encore étudié si l’autre mode de recherche, dit complexe (qui exige de mettre en œuvre des liens logiques), peut être utile au correcteur.
Cet été, je me suis quelque peu lâché sur les acquisitions. Les grands lecteurs savent ce que c’est : de notes de bas de page en bibliographies, de recherches en recommandations, il y a toujours plus de livres à lire, et on s’en réjouit. Bref, j’avais commencé les vacances en réorganisant mes étagères, mais là, clairement, je manque de place. Un détail. « L’important, c’est de les avoir », dirait mon ami Laurent.
Malgré les apparences, cet ensemble ne m’a pas coûté cher. La plupart des titres, je les ai achetés d’occasion, parfois à un euro (via le comparateur de prix Chasse aux livres). Les bibliothèques « désherbent » leur fonds, je complète le mien. Voilà un système économique qui me convient ! J’ai tout de même de la peine pour tous ces livres (et leurs auteurs) qui, manifestement, n’ont pas été ouverts ou si peu.
Terme consacré en bibliothéconomie, le désherbage est une opération « destinée à mettre en valeur les collections disponibles et à offrir des ressources constamment actualisées aux usagers des bibliothèques » (Wikipédia).
Pour ma part, confronté comme elles « à des problèmes récurrents de réorganisation, d’encombrement ou d’impossibilité d’extension », je ne pourrai désherber que lorsque j’aurai terminé mes recherches. Là, je suis en plein dedans. Je vais devoir patienter un peu.
Plus d’informations sur le désherbage dans un PDF de l’Enssib.
La recherche historique mène parfois à des impasses frustrantes. Ainsi, en fouillant les archives de la presse, je suis tombé sur l’annonce de futurs Mémoires d’un correcteur, qui n’ont, hélas, jamais paru. C’est dans le Bulletin de la presse (organe professionnel des publicistes) du 25 avril 1897 :
Le hasard nous mit sous les yeux, il y a quelques semaines, un manuscrit déjà volumineux, quoique inachevé, des Mémoires d’un correcteur d’imprimerie, dont, pour sa tranquillité, l’auteur a résolu de faire de nouveaux Mémoires d’outre-tombe1. C’est qu’ayant vu beaucoup de grands hommes en robe de chambre et d’auteurs en déshabillé, il n’a pas pu les trouver tous beaux, ni tous hommes de génie, et il a consigné, dans ses cahiers, certains souvenirs plutôt désagréables pour des gens dont il est bon de se méfier. Autant que la crainte de Dieu, la crainte des puissants de la terre est le commencement de la sagesse.
Le journal n’a retenu que les pages, datées de 1891, évoquant le docteur Cornélius Herz (1845-1898), savant électricien et affairiste impliqué dans le scandale de Panama. Jean-Yves Mollier, historien de l’édition, lui a consacré un livre2. Herz dirigeait alors la revue La Lumière électrique, installée dans de « somptueux bureaux » au 31 du boulevard des Italiens, à Paris. Dans cet extrait, sur le métier lui-même, le « vieux correcteur » n’écrit que ceci :
Cornélius Herz.
[…] j’étais chargé de faire régner un français à peu près correct (beaucoup de rédacteurs étant étrangers), de veiller à ce qu’il ne passât pas d’hérésie scientifique ou historique trop visible et, spécialement, de couper les débinages ou les traces de courtisaneries qui se seraient glissées dans la copie. […] Habituellement, les pouvoirs d’un correcteur sont assez bornés et la hardiesse qu’il ose se permettre est bien timide. Par exception, mon autorité était presque autocratique ; le docteur, qu’on voyait de moins en moins, mais qui lisait très exactement son journal après publication, et dont l’influence se fit toujours heureusement sentir avant son départ pour l’Angleterre [où il a dû fuir], le voulait aussi parfait que possible. Le correcteur devait être là, comme le dépeint Horace, « l’homme circonspect qui raye, d’un trait noir, une proposition inexacte, coupe sans merci toute expression démesurément ambitieuse et donne du ton aux phrases languissantes ». Dans ma longue carrière, c’est la seule administration où j’aie trouvé la considération et les égards dont jouissaient nos prédécesseurs des derniers siècles.
« La crainte des puissants de la terre » a-t-elle poursuivi l’auteur post-mortem ? En tout cas, le manuscrit ayant apparemment disparu, il faudra se contenter de cet extrait.
Collection de fautes d’orthographe d’écrivains
Autre piste ne menant nulle part, de trente ans antérieure (L’Aube, 20 février 1867), l’annonce de la vente aux enchères d’un étrange manuscrit, lui aussi produit par un correcteur :
Une vente d’autographes d’un genre nouveau et aussi curieux que piquant doit avoir lieu, dit-on, ce mois-ci à la salle Sylvestre [Silvestre, alors située 28, rue des Bons-Enfants, à Paris3]. C’est une collection… de fautes d’orthographe. Le tout provient, dit un correspondant parisien de l’Indépendance belge, de la succession d’un M. C…, qui exerça pendant trente années années la profession de correcteur d’imprimerie. Chaque fois que, dans le manuscrit d’une notabilité littéraire, M. C… rencontrait des fantaisies grammaticales, il conservait précieusement la page, la numérotait, l’étiquetait et l’ajoutait dans ses cartons à son singulier trésor. La nouvelle est-elle vraie ? Peut-être. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle n’est pas invraisemblable.
Il sera épais, avec du sépia, des dessins, des photos, parfois même des schémas, pas très cher (car imprimé sur du papier recyclé), c’est une œuvre collective, les auteur(e)s (correcteurs et correctrices dans les journaux et sites de journaux parisiens) y travaillent depuis bientôt un lustre…, et voilà, c’est fait, il y a de l’action, des (signes de) correction(s), des complications, des explications, des souvenirs, des soupirs, des cuirs, il s’intitule Plus de casse dans les cass’tins !, coûtera 12 €, est publié aux toutes nouvelles éditions Deux-Cap’-Div’, et sera en librairie le 3 avril… et si vous ne voulez vraiment pas l’acheter… fauchez-le !
Si l’article a été publié un 1er avril, l’information semblait bien réelle. Dommage.
[AJOUT, 16 septembre 2025.] Disparus également : Le Nez d’un correcteur d’imprimerie, de Jules Grassi, hommage de J. Grassi à Charles Leconte, Grenoble, 1866, in-8, 6 p., pap. rose (tiré a q. q. exempl. seulement)4. — Moi, dictateur, pièce en trois actes de Léo Berryer, créée au théâtre Varia (25, rue Fontaine, Paris 9e) en novembre 1930, où un correcteur d’imprimerie, Onésime Tartempion, se rêve dictateur5. La critique l’a éreintée.
Cet ouvrage est consacré à la défense de certains auteurs plutôt que d’un certain métier, celui de correcteur en l’occurrence, quoique tout soit lié. C’est une promenade sans autre but que le plaisir à travers la littérature mondiale, au gré du hasard, de Melville à Dostoïevski, de Diderot à Casanova, de Tocqueville à Proust, d’Orwell à Céline et à Bernhard, de Balzac à Stendhal et à Marx. C’est une dénonciation des penseurs, intellectuels, littérateurs faussaires de notre époque. C’est-à-dire de la presque totalité de ce qui est publié en France et ailleurs.
Signalé dans Le Bibliophile de Dauphiné, janvier 1884, et dans Le Dauphiné, 17 mai 1885. ↩︎
« 27 novembre. — Théâtre Varia. Première représentation de Moi, dictateur, pièce en trois actes et [dix] tableaux de M. L[é]o Berryer. Un correcteur d’imprimerie rentré chez lui, un peu ivre, s’endort et rêve qu’il est dictateur. La pièce est le spectacle de son rêve. Elle comprend tous les poncifs du genre : discours, journalistes poursuivis, maîtresse vedette d’une grande scène, fusillade. Cette fusillade réveille l’endormi. Le dessein parodique de l’auteur [également directeur du théâtre] est visiblement manqué. » Larousse mensuel illustré, janvier 1931 (période du 15 novembre au 14 décembre 1930). Et aussi dans Le Journal, 26 décembre 1930, Le Matin, 29 novembre 1930, Paris-Soir, même date, L’Œuvre, même date, Paris-Midi, 30 novembre 1930, Figaro, même date, Le Petit Parisien, même date, Les Hommes du jour, 1er décembre 1930, et La Semaine à Paris, 5 décembre 1930. D’après un programme du théâtre Fontaine de 1931, extrait d’un Recueil factice d’articles et programmes concernant les représentations données par des acteurs anglais ou des troupes anglaises à Paris (BnF), Léo Berryer dut abandonner la pièce après 50 représentations pour raisons de santé et céda son théâtre à Henri Lesieur. ↩︎
Extrait de ma liste d’URL de recherche sur Google (incliné pour l’effet graphique).
Comme je l’ai expliqué dans un autre article, la polysémie du mot correcteur (et aussi de correctrice) fait que, lorsqu’on utilise un moteur de recherche, on reçoit un très grand nombre de résultats.
Pour réduire ce nombre, les premières solutions sont :
soit d’ajouter des mots-clés pertinents. Ainsi, [correcteur imprimerie] ou [correcteur édition] ;
soit d’éliminer ce qui n’est pas pertinent, en le faisant précéder d’un signe moins (le trait d’union du clavier, sans espace derrière). Ainsi, [correcteur -maquillage].
NB — Dans les commandes que j’indique, les crochets servent uniquement à délimiter le code ; il ne faut pas les saisir dans Google.
On peut, bien sûr, additionner les mots-clés (ajoutés ou retranchés), par exemple :
[correcteur édition emploi]
ou [correcteur -maquillage -cosmétique]
Pour gagner encore en pertinence, on peut utiliser un opérateur puissant (méconnu) qui permet d’afficher uniquement les pages contenant tous les mots demandés, [allintext:].
Par exemple, [allintext:correcteur imprimerie] est beaucoup plus efficace que le simple [correcteur imprimerie].
Attention : il est impératif qu’il n’y ait pas d’espace après le deux-points de l’opérateur avancé.
Pour rechercher une expression, comme correcteur d’imprimerie, on l’encadre de guillemets droits : ["correcteur d’imprimerie"]. C’est utile notamment pour retrouver un proverbe ou une citation.
Un site à la fois
On peut aussi restreindre la recherche à un site particulier, avec l’opérateur [site:].
Par exemple, si je veux chercher le mot-clé correcteur dans le site Lemonde.fr, l’URL sera [site:lemonde.fr correcteur] — ou [correcteur site:lemonde.fr], l’ordre n’ayant pas d’importance ici.
Si je veux rechercher l’expression correcteur d’imprimerie sur Lemonde.fr, l’URL sera :
[site:lemonde.fr "correcteur d’imprimerie"]
Pour rechercher l’alternativecorrecteur ou correctrice, j’ajoute [OR correctrice] :
[site:lemonde.fr correcteur OR correctrice]
Je peux aussi éliminer une expression. En tapant :
[site:lemonde.fr correcteur OR correctrice -"langue sauce piquante"]
j’exclus des résultats les articles du blog des correcteurs du Monde.fr, Langue sauce piquante (que je connais déjà).
Une fois que j’ai délimité correctement ma recherche, j’enregistre ce signet tel quel pour ne plus avoir à le saisir.
Lors de mes prochaines visites, si je le souhaite, je pourrai restreindre les résultats à une périodedonnée (de moins d’un an à moins d’une heure), en cliquant sur Outils au-dessus du premier résultat, ce qui fera apparaître un nouveau menu.
Par exemple, ma dernière recherche sur le site de Libération, restreinte à l’année écoulée, ne donnait que deux résultats :
Je ne compte pas, bien sûr, les nombreux livres achetés, empruntés, certains consultés, d’autres lus intégralement (☞ voir Bibliographie commentée).
Au bout de ces trois années, après avoir croisé les mots-clés dans tous les sens (notamment pour contourner le problème de la polysémie du mot correcteur), et téléchargé des centaines de documents, je commençais à me dire que j’avais à peu près tout exhumé. Mon disque dur est plein de textes historiques numérisés, d’articles de journaux ou de blogs en PDF, d’images diverses…
Et c’est précisément là, il y a quelques jours, que j’ai découvert les collections numérisées des bibliothèques patrimoniales de la Ville de Paris. Et hop ! un bon millier de documents supplémentaires à étudier.
Visionneuse des collections numérisées des bibliothèques patrimoniales de la Ville de Paris.
Leur visionneuse est excellente. Sur la gauche, la liste des occurrences du mot-clé (en italique, gras et rouge) dans le document sélectionné. Sur la droite, le document en question, avec le mot-clé surligné en rouge et encadré d’un filet bleu. Le téléchargement est rapide. Les sites Gallica et Retronews (malgré leur qualité) devraient s’en inspirer. On gagnerait en fluidité.
J’ai aussitôt entrepris l’épluchage… Résultat, quelque 250 extraits de journaux ont rejoint ma collection.
Capture d’écran montrant mes listes d’extraits de journaux numérisés, téléchargés depuis le site des bibliothèques patrimoniales de la Ville de Paris.
Reste maintenant à lire et annoter tout ça. Reste à se poser les bonnes questions et à y répondre… ce qui peut occasionner de nouvelles recherches. C’est la partie la plus intéressante.
« Un autre fils de François [Didot], Pierre François [1731-1795, dit le jeune], crée un des premiers codes typographiques à l’usage des correcteurs. »
Les Didot forment une dynastie d’imprimeurs qui, jusqu’au xixe siècle, apporteront « de nombreuses innovations techniques à l’industrie papetière, à l’imprimerie et à la typographie ».
L’Encyclopédie Larousse reprend cette information, avec des italiques : « Il créa également le premier Code des corrections typographiques », mais en l’attribuant à l’un des petits-fils de François Didot, Pierre (1761-1853).
Un code typographique au xviiie siècle ? Voilà qui bouscule mes connaissances, le premier « code typo » proprement dit datant, pour moi, de 1928 — après une série de « manuels typographiques » au xixe siècle. ☞ Voir Qui crée les codes typographiques ?
Silence des catalogues
« Soucieux d’apporter le plus grand soin aux ouvrages qu’il imprimait, Pierre François Didot composa et publia un petit ouvrage à l’adresse des correcteurs d’épreuves : Protocole des corrections typographiques », écrit, pour sa part, Jean-Claude Faudouas, dans son Dictionnaire des grands noms de la chose imprimée (Retz, 1991, p. 45).
Décidément ! Je fouille, bien sûr, le catalogue de la BnF et celui du musée de l’Imprimerie de Lyon, à la recherche de cette pièce historique. Sans succès.
Je ne trouve rien non plus sur Pierre-François1 Didot dans la vaste Somme typographique (1947-1951) de Maurice Audin, numérisée par le musée de l’Imprimerie de Lyon. Pas plus que dans Orthotypographie : recherches bibliographiques (Paris, Convention typographique, 2002), le gros travail de Jean Méron (voir son site).
L’objet identifié
Alors je m’adresse au service d’aide SINDBAD de la BnF, qui m’oriente vers « L’Art de l’imprimerie (Paris, Dictionnaire des arts et métiers, 1773) », cité par Alan Marshall dans « Manuels typographiques conservés au musée de l’Imprimerie de Lyon » (Cahiers GUTenberg, no 6, juillet 1990, p. 40).
Ce document existe bien à la BnF, sous forme de réimpression moderne : « L’art de l’imprimerie, Thorigny-sur-Marne : impr. de E. Morin, 1913, 39 p., in-8, coll. Documents typographique[s], I ».
Il a été « attribué à Didot le jeune par E. Morin2 », comme l’écrit encore Alan Marshall (art. cit.), car le texte n’est pas signé.
Il s’agit précisément de l’article « IMPRIMERIE (L’art de l’) » (p. 480-512), extrait du tome 2 du Dictionnaire raisonné universel des arts et métiers… de Philippe Macquer (1720-1770), revu par l’abbé Jaubert, imprimé en 1773 par Pierre-François Didot.
Le protocole des signes de correction de Pierre-François Didot, reproduit par Louis-Emmanuel Brossard (1924).
Cette planche, numérotée II dans l’article de Didot le jeune, y est introduite par les mots suivants : « Lorsque la forme est entiérement ferrée, il [le compositeur] […] la porte à la presse aux épreuves pour en tirer une première épreuve, que le prote lit, & sur la marge de laquelle il marque les mots passés [bourdons] ou doublés, les lettres mises les unes pour les autres que l’on nomme coquilles, &c.Voyez Pl. II » (p. 497-498).
Le paragraphe qui suit, intitulé « De la correction », ne traite, en fait, que du corrigeage (la correction sur plomb). Il n’évoque jamais le correcteur lui-même, sauf dans les premiers mots : « Quand le compositeur a reçu du Prote, ou de tout autre Correcteur, l’épreuve où les fautes sont indiquées sur les marges, il faut qu’il la corrige […]. » Le mot protocole n’y apparaît pas non plus.
Un précurseur
Sauf erreur, les titres donnés par Larousse et Faudouas sont donc fantaisistes. Le texte de Didot le jeune ne s’adresse pas nommément aux correcteurs. Il ne s’agit pas non plus d’un code typographique, dont je rappelle la définition : « Ouvrage de référence décrivant les règles de composition des textes imprimés ainsi que la façon d’abréger certains termes, la manière d’écrire les nombres et toutes les règles de typographie régissant l’usage des différents types de caractères : capitales, bas de casse, italique, etc. » — Wikipédia.
Signes de correction dans Orthotypographia de Jérôme Hornschuch, 1608.
Il s’agit seulement d’un protocole des signes de correction. Le premier, à ma connaissance, depuis l’embryon proposé par Jérôme Hornschuch en 1608 (☞ Voir Orthotypographia, manuel du correcteur, 1608). Les traités de Marie-Dominique Fertel (1723) et de Pierre-Simon Fournier (1764-1766) ne sont pas destinés au correcteur. Bertrand-Quinquet (1798) mentionne les « signes usités dans l’Imprimerie, et qui lui sont particuliers », mais ne les donne pas. C’est généralement à Marcellin-Aimé Brun (Manuel pratique et abrégé de la typographie française, 1825) qu’on attribue le premier tableau des signes de correction3.
C’est ce changement d’un demi-siècle dans la chronologie qui fait l’intérêt principal du présent article.
C’est l’histoire d’un demi-échec ou, du moins, d’une recherche inaboutie. Elle me donne l’occasion de vous montrer comment je travaille.
Un matin de cette semaine, profitant de mes vacances — bien méritées, dirais-je — pour relancer les recherches, je tombe sur une Physiologie4de l’imprimeur (éd. Desloges, 1842) comportant le mot correcteur, signée de Constant Moisand (1822-1871). L’auteur n’a donc que 19 ou 20 ans quand il publie ce livre.
Vous arrivez les poches pleines d’épreuves ; vous remettez votre copie au correcteur qui entonne de sa grosse voix le derlindindin, et tous les singes5 répètent en cœur [sic] le derlindindin ; ce qui veut dire que celui qui a composé la copie que l’auteur vient de remettre a fait une infinité de bourdons, doublons, coquilles, etc.
Rien d’autre sur le sujet de mon blog.
Mais… « le derlindindin », voilà de quoi occuper ma matinée ! Qu’est-ce donc ? Cherchons.
Un bruit de clochette
Derlin dindin est une variante de drelin dindin (ou din din), l’aîné de notre drelin, drelin, onomatopée imitant une clochette ou une sonnette. Le chansonnier Béranger (1780-1847) a écrit : « Pauvres fous, battons la campagne / Que nos grelots tintent soudain / Comme les beaux mulets d’Espagne / Nous marchons tous drelin dindin » (Couplet) — Littré.
On trouve notre derlin din din dans un vaudeville6 d’Eugène Labiche (1815-1888), Les Prétendus de Gimblette (1850) :
Sembett : No ! un son de cloche… Comment ils faisaient les cloches ? […] Barnabé : Elles font derlin, der din, din din.
Nous apprenons déjà quelque chose.
Mais notre correcteur — appelons-le Jules — imite-t-il « de sa grosse voix » une clochette ? Et les compositeurs répètent-ils en chœur la même clochette ? Je n’y crois pas trop.
Chanson à succès
Je penche plutôt pour un air à la mode. Au xixe siècle comme aujourd’hui, il y a des airs à succès, qu’on entend au café-concert ou au théâtre. Certains reçoivent même de nouvelles paroles, pour un évènement festif. Ainsi, deux chansons que j’ai trouvées sur Gallica : Le Correcteur d’imprimerie (non datée, mais peut-être entre 1803 et 1848), d’un certain Chollet, est à chanter sur l’air de La Treille de sincérité, écrite par Désaugiers (1772-1827), et Les Correcteurs en goguette à Charenton (1822) colle à l’air du vaudeville en un acte Lantara, ou le Peintre au cabaret (créé en 1809), « À jeun je suis trop philosophe ».
Je tombe alors sur Derlin dindin, un quadrille. Oh joie ! D’autant que le sous-titre de cette danse est « Asseyez-vous dessus », ce que j’imagine déjà faire la joie de Jules et de ses facétieux collègues… Malheureusement, Arban (1825-1889), compositeur de danses et chef d’orchestre populaire, officiait au bal Le Casino, dit Casino-Cadet, « construit en 1859 [et] renommé pour la légèreté de ses danseuses » (Wikipédia), et 1859 est aussi la date de la partition.
Au passage, je décèle une bizarrerie : la page de titre de la partition précise « sur des motifs de Kriesel ». Or, si Kriesel (dont les dates de naissance et de mort nous sont inconnues) a bien écrit Asseyez-vous d’ssus !,« cantilène comique, sur des paroles de MM. Jules de [sic] Renard [1813-18777] et Amédée de Jallais [1825-1909] », la partition a été imprimée chez Bollot en 1861… soit deux ans après le quadrille qui s’en est inspiré ! Je vous laisse ce mystère à résoudre.
Asseyez-vous d’ssus serait une fantaisie sur l’expérience de l’omnibus, d’après un récent livre anglais sur le sujet (Elizabeth Amann, The Omnibus : A Cultural History of Urban Transportation,Springer Nature, 2023, p. 107), ce que semble confirmer la gravure illustrant la partition.
Déçu, je remets les gaz à mes moteurs (de recherche)… et finis par trouver, dans le Catalogue général des œuvres dramatiques et lyriques faisant partie du répertoire de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (ouf !), Derlindindin, vaudeville en un acte de René Perin (1774-1829), édité par Jean-Nicolas Barba (1769-1846). Date inconnue, sauf que le catalogue s’arrête à 1859, mais de toute façon antérieure à la mort de Barba. Là, ça collerait.
Frustration de chercheur
Le quadrille abandonné, reste donc ce vaudeville, dont je ne sais rien. À moins qu’il ne s’agisse d’un autre, qui aurait disparu.
Ah, je le voyais bien, pourtant, notre Jules, aller oublier, le dimanche, au Casino-Cadet, qu’il bosse douze heures par jour, du lundi au samedi (sauf quand il « fait le lundi »), guincher sur Derlin dindin, le quadrille à la mode, et, de retour au turbin, s’en servir comme signe de complicité avec les « singes ».