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The Chicago Manual of Style, 15e édition, 2003.
Je me suis procuré (pour un prix ridicule, 6 € !) la 15e édition (2003) de la bible des correcteurs américains, The Chicago Manual of Style. Je n’en ai pas vraiment l’utilité, mais je suis si curieux…
Publié par l’université de Chicago, l’ouvrage, qui se serait écoulé à 1,75 million d’exemplaires, fêtera son centenaire l’an prochain.
Quelle surprise en ouvrant l’enveloppe ! C’est un pavé, solidement relié, de 956 pages (la 18e édition, de 2024, a encore grossi de 236 pages). Je comprends mieux son prix élevé neuf (il faut débourser 75 € pour la dernière édition).
Tout y est : l’édition de livres et de journaux, la préparation de la copie, la gestion des droits, la grammaire et le bon usage, l’orthotypographie, la ponctuation, les citations, les dialogues, etc.
Dictionnaire typographique (Jean-Pierre Clément), Petit guide de typographie (Éric Martini), Manuel typographique du russiste (Serge Aslanoff), Code typographique (Corlet, imprimeur) et Autour des mots (Georges Morell, Journaux officiels).
En matière d’orthotypographie1 (les règles de composition des textes), les correcteurs français citent toujours les mêmes sources : l’Imprimerie nationale, Louis Guéry, Charles Gouriou2, les deux Jean-Pierre (Lacroux et Colignon), Aurel Ramat, plus rarement Yves Perrousseaux et Annick Valade. Le Code typographique3 (18 éditions entre 1928 et 1997), mis au jour par la profession et qui fut longtemps l’ouvrage le plus utilisé, semble avoir perdu de sa réputation. (On peut retrouver ces références dans mon article « Qui crée les codes typographiques ? ».)
Mais voici cinq autres manuels, moins connus, que j’ai acquis récemment, après avoir fouillé les bibliographies et les sites de vente de livres d’occasion.
Jean-Pierre CLÉMENT, Dictionnaire typographique ou Petit guide du tapeur à l’usage de ceux qui tapent, saisissent ou composent textes, thèses ou mémoires à l’aide d’un micro-ordinateur, Paris, Ellipses, 2005, 255 p. L’auteur (né en 1945), hispaniste, était alors professeur à l’université qui s’appelait encore Paris-Sorbonne. Comme Perrousseaux, il diffuse des conseils aux utilisateurs de logiciels de traitement de texte, « tout spécialement aux étudiants qui rédigent thèses et mémoires ». Particularité : les règles sont illustrées de phrases tirées de la littérature.
Éric MARTINI, Petit guide de typographie, Paris, Glyphe & Biotem éditions, 2002, 70 p. L’auteur est directeur de l’agence de communication Glyphe. ll s’agit de recommandations minimales aux auteurs.
Serge ASLANOFF, Manuel typographique du russiste, Paris, Institut d’études slaves, 1986, 255 p. La curiosité m’a poussé à me procurer cette référence, l’auteur étant parfois mentionné par les passionnés de typographie. C’est un ouvrage dense et austère. Il s’adresse, bien sûr, à « tout auteur qui écrit en français sur un sujet relatif au domaine russe […]. La première partie […] énumère les procédés graphiques qui s’offrent […] à tous ceux qui, dans leur profession, ont à décrire des choses russes. La deuxième partie traite en détail de l’emploi des majuscules et des pratiques — qui sont souvent opposées — issues d’une part des traditions orthographiques russes et des normes typographiques soviétiques, et d’autre part des ouvrages francophones qui abordent ce problème complexe. »
Code typographique, [Condé-sur-Noireau], Corlet, imprimeur, S.A., s. d., 164 p. Avec une introduction de Jean Duval. Celui-ci est une vraie trouvaille. Il n’est pas référencé par la BnF et très rarement mentionné dans les bibliographies. Duval, correcteur chez Corlet, l’adresse aux clients et collaborateurs de l’imprimerie. Le texte reprend, sans le préciser, sinon par son titre intérieur, une vieille édition du Lexique des règles typographiques de l’Imprimerie nationale.
N.B. — C’est chez Charles Corlet qu’ont été imprimés le manuel d’Aslanoff et certaines des premières éditions du Ramat typographique.
Georges MORELL, Autour des mots. Le plus court chemin entre la typographie et vous, Paris, Les éditions des Journaux officiels, 2005, 579 p. L’auteur est décrit dans une des préfaces comme « typographe de formation ». Huit correcteurs sont mentionnés parmi les nombreux collaborateurs de cet ouvrage. Les règles typographiques y occupent 50 pages. On trouve dans ce gros volume quantité d’autres informations comme « les termes étrangers avec leur équivalence française, la féminisation des noms de métiers et une grande liste de mots présentant des difficultés orthographiques ou d’interprétation ». La dernière partie résume l’histoire de l’imprimerie, de l’écriture, des chiffres, de la ponctuation et du papier. C’est une « édition revue et considérablement augmentée » d’un Aide-mémoire orthographique et typographique établi en interne en 1982.
Notez que, même si je possède désormais une jolie collection de manuels typographiques, je reste un « petit joueur » : l’impressionnante somme bibliographique de Jean Méron (1948-2022), Orthotypographie (PDF, à ne pas confondre avec l’œuvre de Lacroux), recense 2 500 ouvrages depuis le xvie siècle — mais qui vont bien au-delà du champ des règles de composition. Voilà qui incite à la modestie !
Écrire les noms de voies (ou odonymes : rues, boulevards, places, quais, ponts, ronds-points, etc.1) avec des traits d’union est une pratique essentiellement française (recommandée aussi en Suisse2 et au Québec3). Les Belges, dont les règles typographiques s’inspirent des nôtres4, ne nous suivent pas sur ce point (voir, par exemple, la rue du Fossé aux Loups, à Bruxelles, ou la rue Pont d’Avroy, à Liège), pas plus que les Italiens (via di San Giovanni in Laterano, à Rome) ou les Espagnols (calle de Alberto Aguilera, à Madrid), pour ne parler que des langues latines.
Une règle contestée
Contestée en Belgique (Hanse et Blampain5), cette règle a aussi été déclarée « fauti[ve] » en France par le linguiste Albert Dauzat en 19476, « inutil[e] » par Le Figaro en 19387 ainsi que par l’Office de la langue française, selon Le Figaro littéraire en 19628. Elle continue d’être discutée sur divers forums, notamment parce qu’elle fait « parfois perdre des nuances9 ». D’après André Jouette10 (qui fut correcteur d’édition spécialisé dans les dictionnaires et encyclopédies11), « [i]l faut convenir que cette sorte de trait d’union ne se justifie guère. Aussi voit-on que l’on s’en affranchit quelquefois ; à Paris le préfet de la Seine en a proscrit l’usage12 ».
Jouette remarque encore : « L’usage est venu de supprimer les traits d’union dans le nom des voies(rue Alphonse Allais)13. » Bruno Dewaele confirme en 2021 : « Voilà une règle que beaucoup connaissent d’autant moins qu’elle est, on l’a dit, en voie de disparition14. » Ainsi que Sandrine Campese deux ans plus tard15.
Le fait est que, dans l’espace public, ce trait d’union est quasi invisible, aussi bien sur les plaques au coin des rues que sur les façades des bâtiments portant un nom illustre.
Plaque de la rue Croix-des-Petits-Champs, Paris 1er. Source : Flickr.
Comme l’écrit le correcteur Joseph Derny en 193316 :
Les noms de rues composés de plusieurs vocables ne sont jamais imprimés avec traits d’union quand il s’agit d’autres procédés que la typographie. Et l’on voit couramment : Champs Elysées, Richard Lenoir, Notre Dame de Lorette, Saint Denis, etc. [Dans une note en bas de page, il poursuit :] Les plaques émaillées, en cela, sont de bien mauvais exemples, et, comme le public les considère comme seules officielles, en dépit de toutes les preuves contraires, il est difficile d’en corriger les erreurs. […] »
Remontons aux sources
Les adversaires comme les défenseurs de ce trait d’union déclarent que nous devons la règle à l’administration des postes, sans jamais indiquer de texte règlementaire17 ni même de date. Cela a excité ma curiosité.
Les différentes éditions de la Liste générale des postes de France, du xviiie siècle, que j’ai pu consulter sur Gallica (cinq entre 1714 et 1760) ne présentent pas de noms de rues, mais les noms des communes sont encore écrits sans trait d’union.
Il faut attendre la Révolution, avec la création des départements (1790), puis la fondation de la Régie nationale des postes et messageries (1793) pour que cela change. Dans Le Livre de poste, de 1811, on trouve encore un seul nom de voie, celui de l’hôtel des Postes (rue Coq-héron18), à Paris, mais les départements et communes ont tous leurs traits d’union. Enfin, dans le premier Annuaire des postes que l’on trouve sur Gallica, celui de 1843, apparaissent les adresses de quelques bureaux parisiens, dûment fixées par des traits d’union.
Annuaire des postes, ou Manuel du service de la poste aux lettres, à l’usage du commerce et des voyageurs, 1843, p. 19, détail. Source : Gallica/BnF.
Cependant, en poursuivant la recherche, on trouve des noms de voies avec traits d’union dès les années 1760, d’abord sans cohérence, puis de manière systématique dans L’Indicateur parisien de 1767 (sauf après l’abréviation de saint, alors S. et non St).
L’Indicateur parisien, orné d’un nouveau plan de Paris, annexé au Tableau de la France, 1767, In-12, 226 p., plan. Détail de la page de titre et de la page 30. Source : Gallica/BnF.
Il s’agit donc là d’une pratique très ancienne, que les guides typographiques du xxe siècle n’ont fait que ratifier. Nulle circulaire19 ni règlement ne se sont, pour l’instant, placés sur mon chemin20. À défaut, on supposera que c’est par l’exemple que les postes ont diffusé cet usage ou l’on n’y verra, avec Jouette, qu’une « tradition21 ».
La discussion reste ouverte
Ce que fit l’administration des postes (et d’autres éditeurs d’annuaires) dans ses listes, dans le but « de maintenir à ces noms une forme constante et de leur donner une place fixe dans l’ordre alphabétique22 », devait-il s’étendre à ses usagers et devenir « fréquent dans les livres et les journaux de France, aussi bien pour des rues que pour des écoles, des fondations, etc.23 », voire être appliqué à des distinctions (prix Romy-Schneider) ?
Aujourd’hui, sur les sites PagesBlanches et PagesJaunes24, les traits d’union ont disparu, aussi bien des noms de voies que des noms de communes25 (ex. : rue Alexandre Bachelet 93400 Saint Ouen sur Seine). Le modèle donné par La Poste pour « [b]ien rédiger l’adresse d’une lettre ou d’un colis » n’affiche plus aucun trait d’union. Il enfreint même d’autres règles orthotypographiques26. Heureusement, l’adressage postal ne concerne que la présentation des enveloppes.
Faut-il, aujourd’hui, continuer à imposer le trait d’union dans les noms de voies publiés dans les journaux et les livres… ou bien abolir cette règle qui n’a jamais fait l’unanimité ? On est en droit de se poser la question.
La règle s’applique aussi aux « ouvrages d’art » ainsi qu’à « tout organisme, bâtiment ou monument public portant le nom d’une personne notamment » — « Trait d’union », Wikipédia [en ligne]. Consulté le 4 mars 2025. ↩︎
Groupe de Lausanne de l’Association suisse des typographes (AST), Guide du typographe, 2015, § 215, p. 35-36. — Office fédéral de la statistique, Recommandation concernant l’adressage des bâtiments et l’orthographe des noms de rues, v. 1.0, 3.5. Noms composés, p. 11 : « Les noms de rues constitués de noms composés s’écrivent en français et en allemand avec un trait d’union. En italien, le trait d’union n’est pas utilisé (exception faite des noms doubles). » Ex. en allemand : Jonas-Furrer-Strasse. ↩︎
« L’ouvrage de référence en matière de la composition de textes imprimés et des règles de typographie pour la langue française s’intitule Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale », peut-on lire dans les Directives pour les auteursdes publications en langue française (PDF), des éditions Brepols (Turnhout, Belgique), février 2011. ↩︎
« Cet usage a été critiqué, mais est bien installé et conservé dans certains guides. On n’est pas tenu de le suivre cependant. On peut, comme en Belgique, écrire : [r]ue Victor Hugo et classer cette rue à Hugo, et avenue du Bois de la Cambre. » — Joseph Hanse et Daniel Blampain, Dictionnaire des difficultés du français, 6e éd., 2012, s. v. Trait d’union, 3. Noms de rues, de bâtiments, etc., p. 649. ↩︎
« Pour le prénom et nom dans les noms de rues (rue François-Coppée) l’usage administratif du trait d’union est fautif. » — Albert Dauzat, Grammaire raisonnée de la langue française, vol. 1, Lyon, éditions I.A.C., coll. « Les Langues du monde », série « Grammaire, philologie, littérature », 1947, p. 43. Cité par Wikipédia, art. cité. ↩︎
« Il est certain que le but administratif est de faciliter, voire de permettre dans certains cas, le tri des lettres pour les facteurs. L’administration des postes a ses raisons, que peut ignorer l’administration municipale. Ce qui est curieux, c’est que beaucoup d’“usagers” aient suivi en subissant l’influence. On peut attirer leur attention sur l’inutilité (pour eux) du trait d’union dans tous ces cas. » — Le Figaro, 2 juillet 1938, p. 5. ↩︎
« L’Office de la Langue française s’est élevé contre cet usage en le déclarant inutile. Cependant l’autorité qu’il a prise provient du fait qu’il simplifie la recherche des noms propres qu’il soude dans les nombreuses listes alphabétiques où ils figurent. » — Aristide, Le Figaro Littéraire, 17 novembre 1962. Cité par Paul Dupré, Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, Paris, éd. de Trévise, 1972, t. 3, s. v. rue. noms de rues, p. 2312. ↩︎
« […] si on met des traits d’union partout, il devient impossible de savoir si le nom d’une rue ou d’une station est tiré d’un patronyme composé (qui nécessite tout à fait un/des trait(s) d’union), ou d’un prénom + un nom. Par exemple, la station, la rue et le boulevard Richard-Lenoir à Paris ont bien besoin d’un trait d’union car Richard-Lenoir est un patronyme (celui de François Richard-Lenoir). De même, à Lyon, le cours Richard-Vitton (3e arr.) est nommé d’après la famille Richard-Vitton (et plus précisément Jean Louis Richard-Vitton, fondateur du quartier de Montchat) et n’est pas à confondre avec le cours Vitton (6e arr.), nommé d’après Henri Vitton, ancien maire de La Guillotière. A contrario, quand on voit “rue Martin Bernard”, on sait que la rue est nommée d’après Martin Bernard, et non un Monsieur Martin-Bernard. » Commentaire de Herbaltablet sur le blog Un monde sans fautes, 21 janvier 2021. ↩︎
André Jouette, Dictionnaire d’orthographe et expression écrite, Le Robert, « Les Usuels », 1997, s. v. le trait d’union, p. 677. ↩︎
« En pratique, les traits d’union dans les noms de lieux se raréfient. » — blog Projet Voltaire, 1er mai 2023. ↩︎
Circulaire des protes, no 398, octobre 1933, p. 25. ↩︎
Sur un forum de discussion, « Jacques » hasarde l’existence « d’une circulaire administrative adressée au personnel de la fonction publique ». — Français notre belle langue, 7 mars 2008 [en ligne]. Consulté le 4 mars 2025. ↩︎
Pour les noms de communes, en revanche, une circulaire du 18 avril 2017, signée de Bruno Delsol, directeur général des collectivités locales, a bien rappelé aux préfets que « tous les mots d’un nom de commune, à l’exception de l’article défini initial, doivent être joints par des traits d’union […] ». — « Nom des communes nouvelles : une circulaire rappelle les règles », Maire Info, 26 avril 2017 [en ligne]. Consulté le 4 mars 2025. ↩︎
J’ai bien cherché sur cette page : adresse.data.gouv.fr > Bonnes pratiques de l’adresse > Textes règlementaires [en ligne]. Dernière mise à jour il y a 8 mois. Consulté le 4 mars 2025. Mais le moteur de recherche ne renvoie aucun résultat pour « trait d’union » ↩︎
Édités par Solocal, à partir des données fournies par les divers opérateurs téléphoniques. ↩︎
Bruno Dewaele (art. cité) note aussi : « […] dans nombre d’index, le trait d’union a été supprimé. » ↩︎
« La Poste demande aux usagers de “massacrer” l’orthographe des toponymes. [… Elle] voudrait interdire, dans la ligne du code postal, les minuscules, les accents, les apostrophes, les traits d’union… […] Rien n’oblige un citoyen français à ne pas respecter l’orthographe des noms propres administratifs de son pays ! » — Jean-Colignon, Dictionnaire orthotypographique moderne, CFPJ, 2019, s. v. adresses, non pag. ↩︎
Restaurant Chez Vincent, rue des Dominicains, à Bruxelles. Photographie, début xxe. Archives de la Ville de Bruxelles. Source : Ville de Bruxelles (Facebook).
J’ai terminé l’article précédent sur deux exemples où l’enseigne commençait par une préposition : Chez Chablin et Au Rendez-vous des Cheminots. Le cas est fréquent. Comme l’écrit Alain Frontier1, « la préposition à […] fait [de l’enseigne] un complément circonstanciel de lieu : Au rendez-vous des pêcheurs ; le syntagme prépositionnel est déjà tout prêt à être intégré dans l’énoncé que le limonadier souhaite que produise son destinataire (c’est-à-dire l’éventuel client) : Allons boire un verre au Rendez-vous des pêcheurs… ».
Nous avons vu, dans l’article précédent, que chez Zola l’enseigne Au Bonheur des Dames, quand elle est intégrée à la phrase, passe en romain et perd sa préposition d’origine : « le Bonheur des Dames », « du Bonheur des Dames », « au Bonheur des Dames ». C’est ainsi qu’on parle naturellement et donc qu’on écrit. (Les grammairiens ajouteraient que, dans dîner chez ou aller à, la préposition est régie par le verbe.)
Sur son blog2, le correcteur Stéphane Lamek liste trois enseignes : « Le café Chez Jules, le restaurant À la Table ronde, l’Hôtel de la clé d’or », qu’il glisse ensuite dans une phrase, en suivant les règles prescrites : « Nous avons bu un soda chez Jules, nous avons mangé à la Table-Ronde, nous avons dormi à la Clé-d’Or. »
Chez Jules ? Quel Jules ?
Les deux derniers exemples, équivalents à celui du Bonheur des Dames, ne présentent aucune difficulté. Mais l’énoncé « Nous avons bu un café chez Jules » n’est-il pas (ou ne risque-t-il pas d’être) ambigu ?
Bien sûr, quand l’enseigne est, comme ici, composée de la préposition chez suivie d’un prénom, le contexte permet, le plus souvent, de décider de quel lieu il s’agit : par exemple, si « dîner chez Colette » signifie être invité à la table de la célèbre écrivaine ou se rendre au restaurant Chez Colette.
De même, si un Lyonnais vous propose de « dîner chez Georges », il y a de fortes chances qu’il pense vous emmener à la célèbre Brasserie Georges (ou brasserie Georges)3. Mais il pourrait également songer au Petit Bouchon « Chez Georges »4. L’ambiguïté fait partie de la vie quotidienne.
Les noms de famille, surtout prestigieux (dîner chez Ledoyer, chez Lasserre, chez Drouant…), sont moins susceptibles d’occasionner un doute.
L’idéal est, évidemment, de préciser sa pensée, comme le fait Georges Perec dans La Vie mode d’emploi (ch. VIII) : « […] même son petit déjeuner, il préférait aller le prendre chez Riri, le tabac du coin de la rue Jadin et de la rue de Chazelles5. »
Des cas plus épineux
Mais des confrères m’ont récemment soumis des cas plus épineux, tirés de romans. Dans le premier cas, l’auteur avait choisi d’écrire « dîner Chez Papa » (enseigne de restaurants parisiens de cuisine du Sud-Ouest6). On ne peut écrire « dîner chez Papa » sans risquer l’ambiguïté. (L’option « dîner chez Papa » me paraît à peine plus compréhensible.) Donc soit on suggère à l’auteur de reformuler par « dîner au restaurant Chez Papa » (mais ce n’est sans doute pas son souhait), soit on admet la capitale à chez.
Le second roman contenait nombre d’occurrences d’un bar nommé Chez Charlie. L’auteur écrivait de ses personnages : « ils vont chez Charlie », se donnent rendez-vous chez Charlie », « passent derrière chez Charlie », etc. On peut l’admettre aisément si Charlie est le patron du bar où ils ont leurs habitudes. Mais ce n’était pas le cas. J’ai donc recommandé d’écrire « Chez Charlie ». Ainsi, on supprime l’ambiguïté7.
Voici un exemple équivalent dans un roman récent8 :
Autre exemple, cette fois signé de Michel Houellebecq (et en italique) : « […] ils s’arrêtèrent pour boire quelque chose Chez Claude, rue du Château-des-Rentiers, qui devait plus tard devenir leur café habituel […]9 »
L’enseigne est glissée sans chichi dans la phrase. On comprend aussitôt de quoi il s’agit. Nombre d’auteurs aiment ainsi bousculer la syntaxe avec un titre d’œuvre ou un nom d’enseigne.
Souci d’exactitude
C’est une pratique observable surtout dans des textes où le respect de l’intégrité de l’enseigne est important : livres d’histoire, guides touristiques, messages publicitaires (acheter un bouquet Au Nom de la Rose10). Ainsi, dans Le Roman de Bruxelles11, on peut lire, à propos de Jacques Brel :
La préposition est intégrée à l’enseigne, c’est un fait. Est-ce vraiment gênant de l’y laisser, quand c’est la meilleure solution ? La capitale, associée ou non à l’italique, guide la lecture. De même, on distingue sans problème « parcourir le monde » de « parcourir Le Monde » ou « lire sur la route » de « lire Sur la route ». L’enseigne, comme le titre d’œuvre, est à lire d’un bloc.
La Grammaire du français, Belin, 1997, p. 345. ↩︎
Précisons tout de même que cet énoncé laisse dans l’incertitude quant à l’enseigne réelle : Riri (ou Henri) peut n’être que le prénom du patron. ↩︎
Restaurant Au Rendez-vous des Camionneurs, 30, rue Riquet, Paris. Carte postale, s.d., sous la licence CC-BY-NC-SA 2.0 Creative Commons.
Les règles de composition typographique des noms d’enseignes commerciales (magasin, hôtel, auberge, restaurant, bar, café, etc.) sont connues des correcteurs. Wikipédia1 les résume bien :
L’italique est obligatoirement utilisé […] pour les noms d’enseignes commerciales lorsqu’ils sont cités intégralement (abrégés, ils sont composés en romain et les mots conservés sont reliés par des traits d’union ; de même, dans une phrase, l’italique n’est pas obligatoire quand on reproduit intégralement l’enseigne et que celle-ci comporte un nom commun désignant le type de commerce).
Exemples : en France, l’Auberge des Templiers est un hôtel-restaurant ; on peut manger et dormir aux Templiers (sous-entendu « à l’Auberge des Templiers ») ; le magasin Au Bon Marché, le magasin du Bon-Marché ; dans le cas des enseignes « Grand Hôtel » et « Auberge des Templiers », il est ainsi possible d’écrire « j’ai dormi au Grand Hôtel puis à l’Auberge des Templiers » ou bien « j’ai dormi au Grand Hôtel puis à l’auberge des Templiers » (cette seconde option — en romain — est préférée car elle est plus simple2).
C’est plus compliqué que cela
Contrairement à ce que laisse penser ce résumé, « les usages orthotypographiques flottent beaucoup pour cette catégorie de dénominations » (Colignon, 20193), qu’il s’agisse de la place des capitales, de l’usage de l’italique ou de l’emploi du trait d’union.
C’est au cabaret Au franc buveur (ou : Au Franc Buveur, ou : Au Franc-Buveur, ou : C’est au cabaret « Au Franc Buveur », ou C’est au cabaret « Au Franc-Buveur », mais : le cabaret du Franc[-]Buveur)4.
À la différence des titres d’œuvres (ex. : À la recherche du temps perdu), « [l]es noms des enseignes commerciales prennent [généralement] des capitales au mot initial, aux noms et aux adjectifs importants ». Ex. : « l’auberge Au Cheval Blanc » (IN, p. 76).
Dans les faits, les variantes sont infinies. On trouve aussi bien Au rendez-vous des artistes, Au Rendez-vous des artistes, Au Rendez-vous des Artistes ou Au Rendez-Vous des Artistes.
En ce qui concerne le trait d’union dans les enseignes abrégées, Colignon5 donne : « Le cabaret du Piment noir (ou : du Piment-Noir) », « le cabaret de la Belle Angélique (ou : de la Belle-Angélique) » ou encore « le cabaret du Cheval furieux (ou : du Cheval-Furieux) ». Pour ma part, cette règle me semble peu connue et rarement appliquée6.
Dans leurs ouvrages typographiques respectifs, Brossard (19347) écrit « l’auberge du Canon d’Or », tandis qu’Auger (20038) compose « Il est descendu au Bon Accueil ». Italique chez l’un, romain chez l’autre, trait d’union chez personne.
Cette fluctuation de l’usage se retrouve, bien sûr, observée par Grevisse (§ 88 d) :
La salle du Petit-Passe-Temps […] (DUHAMEL, Deux hommes, V). — La clientèle de la Boule d’Or […] (JOUHANDEAU, Chaminadour, p. 188). — […] les draps minces du Cheval-Blanc (CAYROL, Froid du soleil, p. 41). […] l’hôtel des Deux Chamois (TROYAT, Tendre et violente Elisabeth, p. 10). — À côté du café de Flore (J. DUCHÉ, Elle et lui, I). — […] à l’hôtel de la Poste (COLETTE, Maison de Claud., XVII). — […] à l’hôtel de la Boule d’Or (BEAUVOIR, Force de l’âge, p. 17).
Chez Zola (Au Bonheur des Dames, chapitre premier9), seule l’enseigne stricto sensu est en italique. Quand Jean la lit, c’est le sens des mots qui compte. Puis l’enseigne, intégrée à la phrase, est en romain :
Deux figures allégoriques, deux femmes riantes, la gorge nue et renversée, déroulaient l’enseigne : Au Bonheur des Dames. […] — Au Bonheur des Dames, lut Jean avec son rire tendre de bel adolescent, qui avait eu déjà une histoire de femme à Valognes. […] Il était là, le sang aux yeux, la bouche contractée, mis hors de lui par les étalages du Bonheur des Dames […] Sa face bilieuse s’était éclairée, il n’avait plus les yeux saignants dont il regardait le Bonheur des Dames. […] Et, malgré son bon cœur, ses yeux retournaient toujours au Bonheur des Dames […].
Et ce n’est pas tout
Le rôle de mise en évidence de l’italique est parfoistenu par les guillemets, comme l’a déjà montré Colignon plus haut et comme dans d’autres exemples donnés par Grevisse (§ 134 b 1°) :
Après avoir déjeuné au restaurant de la Cité, ou « chez Chablin10 » (BEAUVOIR, Mém. d’une jeune fille rangée, p. 334). — Il prend un bock au « Rendez-vous des Cheminots » (SARTRE, Nausée, M. L. F., p. 12).
Étant donné cette anarchie, « il ne faut pas hésiter à trancher arbitrairement afin d’appliquer une marche de travail constante », conclut Colignon.
☞ Sur le problème que peut poser une enseigne commençant par une préposition comme le dernier exemple ci-dessus (Au Rendez-vous des Cheminots), voir l’article suivant.
« Conventions typographiques ». L’article se fonde sur les règles données par l’Imprimerie nationale (p. 76-77) et par Louis Guéry (Dictionnaire des règles typographiques, p. 86). Pour les références de ces ouvrages classiques, voir La bibliothèque du correcteur. ↩︎
« Plus simple » mais discutable : l’Auberge des Templiers n’est pas l’auberge Aux Templiers, de même que leCafé de la Paixn’est pas le caféLa Paix. ↩︎
Dictionnaire orthographique moderne, Paris : CFPJ, s.v.cabarets. ↩︎
Mon confrère et ami Raphaël Watbled me confirme « ne jamais croiser de textes où ce principe est appliqué ». ↩︎
L.-E. Brossard, Le Correcteur typographe, t. II : Les règles typographiques, Impr. de Châtelaudren, p. 379. ↩︎
Daniel Auger, Grammaire typographique, t. I, Paris : l’auteur, p. 196. ↩︎
G. Charpentier et E. Fasquelle, 1883 — Wikisource. ↩︎
Je n’ai pas réussi à vérifier si « chez Chablin » faisait effectivement partie de l’enseigne du restaurant ou s’il s’agissait là seulement d’une manière de le désigner par le nom du patron. ↩︎
Quand on coupe la fin d’une citation en utilisant des points de suspension entre crochets, faut-il conserver le point final de la phrase, comme ceci : « […]. » ?
La réponse est oui.
Colignon (Un point, c’est tout !, p. 99) donne l’exemple suivant :
« Thiers est une des grandes figures du xixe siècle et le premier protecteur qui soit resté membre de la Compagnie. […] Fondateur du journal le National, il est le véritable auteur de l’accession au trône de Louis-Philippe. » (Duc de Castries, la Vieille Dame du quai Conti, Perrin, Paris, 1978.)
Puis il explique :
Dans le texte qui précède, nous avons retranché une phrase entière, se terminant par un point. C’est donc très logiquement que nous avons respecté le point après « Compagnie », et qu’il n’y a pas de point après le crochet fermant.
Dans un autre exemple, il écrit : « Si l’on veut couper la dernière remarque […]1, on indiquera comme suit le retranchement du texte : « … reine[…]. »
Le point final de la phrase tronquée est bien respecté.
On trouve confirmation de la règle chez Drillon (Traité de la ponctuation française, p. 284) :
« Les crochets doivent respecter scrupuleusement la ponctuation originale, et se placer exactement à l’endroit de la partie retranchée : ni trop tôt ni trop tard. »
Le plus ancien manuel du correcteur, Orthotypographia, date de 1608. Je lui ai consacré un de mes tout premiers articles.
Mais à quand remonte le Code typographique — ce « choix de règles » proposé par l’Amicale des directeurs, protes et correcteurs d’imprimerie de France, dans l’espoir de mettre tout le monde d’accord ?
Tout dépend de qui vous lisez. Suivons la chronologie.
1943 — René Billoux écrit qu’il a paru en 1924, après deux ans de travaux (dans son Encyclopédie chronologique des arts graphiques). Ces informations seront reprises en 1993 dans l’encyclopédie Les Sciences de l’écrit (dir. Robert Estivals).
1965 — Pierre Lecerf affirme qu’il a paru en juillet 1926 (avertissement à la 8e édition, republié dans la suivante).
1986 — Serge Aslanoff reprend la date donnée par Pierre Lecerf (Manuel typographique du russiste).
1997 — Robert Acker donne, lui, la date de 1946 (préface à la « 17e édition » — qui est sans doute la dix-huitième).
1998 — François Richaudeau date la première édition de 1928 (article « Pour un nouveau code typographique simplifié »).
1999 — Corrigeant Richaudeau et Robert Acker, Jean Méron répète la date de 1926, en se référant à Aslanoff, et donc à Lecerf (article « Le code typo : Pour qui ? Pour quoi faire ? »).
Les dates de 1924, 1926 et 1946 sont fausses. C’est Richaudeau qui avait raison.
Annonce de la parution du Code typographique, en mai 1928, dans la Circulaire des protes ; couverture de la première édition ; graphisme des éditions des années 1950 et 1960 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, où j’ai consulté la 8e édition.
Après une première tentative avortée en 1908, une nouvelle commission de rédaction du code typographique est constituée en février 1925. En 1926, elle est encore en plein travail.
En juin, Émile Verlet, qui préside la commission, déclare en effet : « Il reste […] environ la moitié du travail, les trois quarts si l’on considère la mise au point définitive après dépouillement des réponses parvenues. Encore un peu de patience1… »
En novembre, Eugène Grenet, président de l’Amicale, insiste pour que le code soit imprimé en 1927, avant le congrès de Toulouse2. Verlet, son vice-président, a bon espoir d’y parvenir, mais ce ne sera pas le cas.
Je ne m’explique pas que René Billoux, qui représentait la section de Chartres de l’Amicale auprès de la commission3, ait pu se tromper sur la date, surtout si près de l’évènement. Pas plus que je ne m’explique les élucubrations de Pierre Lecerf et de Robert Acker.
Je consacre une partie de mes recherches actuelles à l’histoire de ce premier code typo, dans l’espoir de retracer bientôt les trois décennies qui se sont écoulées depuis la création de l’Amicale en 1897.
Circulaire des protes, n° 310, juin 1926, p. 108. ↩︎
Circulaire des protes, n° 315, novembre 1926, p. 219. ↩︎
Liste des membres de la commission dans l’avertissement à la première édition, par Émile Verlet. ↩︎
Demande d’adhésion de Charles Gouriou à l’Amicale des protes et correcteurs d’imprimerie de France. (Circulaire des protes, no 427, mars 1936.)
Après bien des recherches infructueuses, j’ai retrouvé la trace de Charles Gouriou, l’auteur du Mémento typographique, une des références des correcteurs professionnels.
Né à Brest1 en 1905, il est entré dans la profession en 1927 et promu correcteur l’année suivante. En 1936, quand il adhère à l’Amicale des protes et correcteurs d’imprimerie de France (photo), il est employé à la Librairie Hachette. Ses parrains sont Georges Leclerc et Oscar Pernel, trésorier adjoint de l’Amicale. Sa présence est mentionnée dans plusieurs assemblées générales de la section parisienne de l’Amicale en 1936 et 1937.
Il demeure alors 8, rue de Latran, à Paris (Ve), puis déménage l’année suivante 9, rue Laplace, dans le même arrondissement. Le recensement de 1936, dans le quartier de la Sorbonne, le fait apparaître dans les archives de Paris. Il est marié à Marie, née en 1908, qui lui a donné un fils en 1932, René2.
Charles Gouriou avec femme et enfant, dans le recensement de 1936. Archives de Paris.
Couverture du Mémento typographique, Hachette, 1961.
Quand il publie chez Hachette, son employeur (du moins peut-on le supposer), en 1961, son Mémento typographique, appliqué au « livre d’édition courante », il a donc 56 ans et trente-trois ans de maison. L’ouvrage est préfacé par Robert Ranc (1905-1984), alors directeur de l’école Estienne. L’ouvrage peut être considéré comme la « marche typographique » de la maison Hachette, puisque Ranc écrit :
La Librairie Hachette, qui avait depuis longtemps un tel langage intérieur [sa propre grammaire typographique] bien mis au point et heureusement manié, a pensé proposer son code et les règles de son utilisation comme exemples, comme modèles mêmes, après avoir fait procéder à l’étude et au contrôle indispensables pour en faire un langage non plus particulier et de maison, mais professionnel et de l’Édition, un langage commun aux auteurs et aux imprimeurs, facilement et généralement utilisable.
Une « nouvelle édition entièrement revue » par l’auteur (et sans la préface) paraîtra en 1973. Elle sera rachetée par le Cercle de la librairie et rééditée telle quelle en 1990 et 2010.
Charles Gouriou, lui, est mort à Orsay (Essonne) en 1982.
Résultats de la finale du 3 000 m steeple hommes (Championnats du monde d’athlétisme, Budapest, 22 août 2023), exprimés avec les signes prime et seconde, sur le site de L’Équipe.
Pour la plupart des manuels typographiques, les signes prime (ʹ) et seconde (ʺ) « sont réservés aux indications de degrés de longitude, latitude, d’une circonférence, d’un angle » (Guéry, p. 217) et ne doivent donc pas être employés pour exprimer les durées. Cependant, cet usage est courant dans la presse sportive (cela prend moins de place1). Ainsi, on peut lire sur le site de L’Équipe (18 juin 2024) des textes comme celui-ci :
Maxime Grousset (47ʺ65) a été le plus rapide en série du 100m ce mardi aux Championnats de France de Chartres. Florent Manaudou est descendu sous les 48ʺ (47ʺ90) pour la première fois depuis 2015 mais ne nagera pas la finale.
Que l’on travaille pour la presse sportive ou que l’on corrige un roman y faisant référence, on peut donc être amené à respecter cette pratique. Hors de ces cas, on observera les règles classiques, comme le fait, par exemple, l’article « Records du monde de natation messieurs » de Wikipédia, où le record mondial du 800 m est exprimé comme suit : 7 min 32 s 12.
Le Guide du typographe (romand, 2015, § 412, p. 60, et § 524, p. 76) accepte que, « dans l’énumération des résultats sportifs », on abrège minute et seconde avec les signes prime et seconde, et en donne les règles :
Dans un compte rendu sportif, les signes ʹ et ʺ remplacent les abréviations min et s ; on les utilise ainsi pour marquer l’heure précise : Le vainqueur est arrivé à 15 h 07ʹ 02ʺ.
On supprime le zéro précédant l’unité de minute et l’unité de seconde pour, dans un classement, indiquer la durée : Classement : 1. Christopher Froome 83 h 56ʹ 8ʺ ; 2. Nairo Quintana Rojas 84 h 1ʹ 9ʺ.
Je rappelle qu’il ne faut pas confondre les signes prime et seconde (ʹ et ʺ) avec l’apostrophe et le guillemets anglais (’ et ”).
Dans la capture d’écran de L’Équipe que je publie en ouverture, il s’agit vraisemblablement d’apostrophes et de guillemets droits, immédiatement accessibles au clavier, et le journal gagne encore de la place en supprimant les espaces. On notera enfin qu’il n’observe pas la règle de suppression du zéro dans les durées.
Évolution du logo de la Philharmonie de Paris. Les I ont gagné des points.
Dans sa dernière évolution, le logo de la Philharmonie de Paris a mis des points sur les i majuscules. Bien que cela surprenne, ce n’est pas si rare, comme l’expliquait, hier, un article du site Cap’Com.
Pourtant, c’est un principe en typographie : les i majuscules ne portent jamais de point, à la différence des i minuscules. Pourquoi ? Le point ne permet pas de distinguer deux mots ; il est donc inutile, contrairement au tréma (MAIS/MAÏS).
Alors, pourquoi le graphiste Antoine Lafuente a-t-il commis cet « accident volontaire », bien accueilli ? « De l’avis général, ces points-là ajoutaient quelque chose d’un peu étonnant, d’un peu joueur, qui évoque la musique. »
La correctrice de l’infolettre de la Philharmonie, elle, Stéphanie Hourcade, fixe la limite à la fantaisie : « Le correcteur ne peut et ne doit […] pas intervenir sur les logos eux-mêmes, bien sûr ; mais dans un texte, l’orthotypographie traditionnelle s’applique, et les I n’auront pas de point ! »