La correction du Littré

Émile Lit­tré vers 1865.

« La copie (sans le Sup­plé­ment) comp­tait 415 636 feuillets. » Ce nombre lais­se­rait son­geur – ou effraie­rait – plus d’un cor­rec­teur. Le décou­vrir m’a don­né envie de publier les longs pas­sages ayant trait à la cor­rec­tion figu­rant dans le récit, par Émile Lit­tré (1801-1881) lui-même, de l’a­ven­ture de son gigan­tesque Dic­tion­naire de la langue fran­çaise (plus de dix mille pages, 37 km de texte !).

« Une copie non suffisamment préparée »

Mon dés­illu­sion­ne­ment s’opéra quand il fal­lut enfin don­ner de la copie (c’est le mot tech­nique) à l’imprimerie. Tous les auteurs ne se com­portent pas de la même manière à l’égard de la copie. Quelques-uns la livrent telle qu’elle doit demeu­rer ; elle est du pre­mier coup ache­vée et aus­si par­faite que le veut le talent de cha­cun ; l’épreuve ne reçoit d’eux que des cor­rec­tions typo­gra­phiques ; ils sont la joie du met­teur en pages, n’occasionnent ni rema­nie­ments ni retards. Auguste Comte et Armand Car­rel, par­mi ceux que j’ai vus tra­vailler, ont été des modèles en cette manière de faire : tout était si net­te­ment arrê­té en leur esprit, qu’ils ne chan­geaient plus rien ni à la pen­sée, ni au tour, ni à l’expression. D’autres ne voient dans l’épreuve qu’un brouillon taillable et ratu­rable à mer­ci, et ils le taillent et le raturent ; une nou­velle épreuve arrive, nou­velle occa­sion de recom­men­cer le tra­vail de la cor­rec­tion, et ils ne par­viennent à se satis­faire qu’au prix de plu­sieurs épreuves et des malé­dic­tions du typo­graphe. D’autres enfin tiennent le milieu : ils ne sont ni aus­si arrê­tés que les pre­miers, ni aus­si flot­tants que les seconds. J’étais de cette der­nière caté­go­rie, avec ten­dance pour­tant à lais­ser sor­tir de mes mains une copie non suf­fi­sam­ment pré­pa­rée. Mais, un jour que sur une épreuve j’avais beau­coup effa­cé et rema­nié, M. J.-B. Baillière, qui fut pour mon Hip­po­crate ce que M. Hachette fut pour mon Dic­tion­naire, me fit obser­ver que ces ratures et ces rema­nie­ments étaient un tra­vail per­du, ennuyeux à l’imprimeur, coû­teux à l’éditeur, et qu’il serait pré­fé­rable pour tout le monde d’achever davan­tage la copie, et de réser­ver les rema­nie­ments aux cas indis­pen­sables. Le rai­son­ne­ment me parut sans réplique et, comme je suis cor­ri­gible, ayant de bonne heure com­pris qu’il était peu sage de répondre aux sug­ges­tions d’amendement « Je suis comme cela, » j’ai depuis tou­jours eu à cœur, selon la capa­ci­té de mon esprit, de conduire au plus près du défi­ni­tif ma copie, avant de m’en des­sai­sir. C’était ce que je croyais avoir fait en ce que j’appellerai la pre­mière édi­tion manus­crite de mon dic­tion­naire mais, au faire et au prendre, elle ne fut qu’un canevas.

Les ouvriers demandent une augmentation

[…] Voi­ci com­ment l’ordre de la besogne était réglé entre moi, mes col­la­bo­ra­teurs et mon organe indis­pen­sable, le typo­graphe. Je remet­tais un lot de copie à M. Beau­jean. Il le para­phait et l’envoyait à l’imprimerie. Mais je n’ai pas encore dit que cette impri­me­rie était celle de M. Lahure. M. Hachette l’avait dési­gnée comme grand éta­blis­se­ment pour un grand ouvrage. En même temps il s’y était assu­ré d’un bon met­teur en pages et de bons ouvriers. Quand ils eurent sous les yeux un pre­mier échan­tillon de mon manus­crit, ils refu­sèrent de s’en char­ger aux condi­tions ordi­naires de la com­po­si­tion, et ils deman­dèrent une aug­men­ta­tion de prix, qui leur fut accor­dée par M. Hachette. Ils n’arguèrent, pour fon­der leur récla­ma­tion, ni de la mau­vaise écri­ture, ni des ratures, ni des dif­fi­cul­tés de lec­ture mais ils décla­rèrent que ce qui accrois­sait leur besogne et jus­ti­fiait leur exi­gence était le vieux fran­çais de l’historique, qui ne pou­vait être com­po­sé cou­ram­ment comme le reste. Avant de for­mu­ler leur demande, ils avaient sou­mis l’affaire à une sorte de conseil arbi­tral for­mé d’ouvriers, qu’ils nomment le Comi­té, et qui pro­non­ça en leur faveur. 

« Scrupuleuse attention de mes réviseurs »

En retour du lot de copie, M. Beau­jean rece­vait un pre­mier pla­card dont il cor­ri­geait les fautes. Avec celui-là l’imprimerie fai­sait un second pla­card. M. Beau­jean le lisait, le cor­ri­geait dere­chef, et ins­cri­vait en marge ses obser­va­tions. C’est ce second pla­card ain­si annote qui m’était adres­sé. Il était for­mé de quatre colonnes de texte, équi­va­lant à quatre colonnes de ce qui est aujourd’hui le dictionnaire.

Ce même second pla­card était, en même temps qu’à M. Beau­jean, envoyé à mes autres col­la­bo­ra­teurs et sou­mis à leur exa­men. Leurs obser­va­tions ne négli­geaient rien, depuis l’humble faute typo­gra­phique jusqu’aux points les plus éle­vés de la langue, de la gram­maire, de l’étymologie. Plus d’une fois j’ai fré­mi en voyant de quelles erreurs, qui m’avaient échap­pé, j’étais pré­ser­vé par la scru­pu­leuse atten­tion de mes réviseurs.

« Refonte de telle ou telle portion de l’article »

Quand j’avais sous la main tous ces maté­riaux de cor­rec­tion, y com­pris par­fois des notes per­son­nelles que je pou­vais avoir recueillies depuis l’envoi de la copie jusqu’à la venue du second pla­card, je me met­tais à la besogne. Je lisais d’abord le pla­card pour moi et sans consul­ter le tra­vail de mes col­la­bo­ra­teurs, et je le cor­ri­geais à mon point de vue. Puis je pre­nais M. Beau­jean, puis M. Jul­lien, puis M. Som­mer, et après lui M. Des­pois, puis M. Bau­dry, puis le capi­taine André. Tout allait bien tant que les obser­va­tions n’exigeaient ni un exa­men pro­lon­gé, ni une rédac­tion secon­daire, ni des addi­tions, ni des retran­che­ments. Mais quand venaient celles qui sou­le­vaient des ques­tions épi­neuses, ou que je ne pou­vais rece­voir sans refaire mon texte, alors il me fal­lait réflé­chir lon­gue­ment pour prendre un par­ti et mettre réso­lu­ment la main à la refonte de telle ou telle por­tion de l’article incri­mi­né. Rien n’était plus labo­rieux que la cor­rec­tion de cer­tains de ces pla­cards pré­des­ti­nés. On en juge­ra quand on sau­ra que maintes fois ils ne quit­taient mon bureau qu’accrus d’un cin­quième ou d’un quart. Sans doute le plus long était le tra­vail intel­lec­tuel qu’ils me deman­daient ; mais, ajou­te­rai-je, cette minu­tie qui, en fin de compte, n’en était pas une ? le tra­vail maté­riel était long aus­si, obli­gé que j’étais d’ajuster sur le pla­card notes et bouts de papier, de manière que l’imprimerie pût se recon­naître dans le dédale. Com­bien de fois, quand j’étais au plus fort de mes embar­ras, n’ai-je pas dit, moi­tié plai­san­tant, moi­tié sérieux « O mes amis, ne faites jamais de dic­tion­naire ! » Mais dépit vain et pas­sa­ger ! C’est le cas d’appliquer le dic­ton picard rap­por­té par La Fon­taine dans sa fable du Loup, la Mère et l’Enfant :

Biaux chires leups, n’écoutez mie
Mère tenchent chen fieux qui crie.

Un tel pla­card si sur­char­gé en exi­geait un nou­veau. Je le deman­dais donc, véri­fiais les cor­rec­tions, et l’adressais ain­si véri­fié à M. Beau­jean, qui don­nait la mise en pages. C’était un grand pas ; il avait coû­té beau­coup de labeur, et un labeur tan­tôt très minu­tieux, tan­tôt très relevé. 

L’imprimerie ne se fai­sait pas attendre, et une pre­mière épreuve de mise en page arri­vait à M. Beau­jean, qui là, lisait, y ins­cri­vait ses obser­va­tions et me l’envoyait. Autant en fai­saient mes autres col­la­bo­ra­teurs, qui rece­vaient aus­si cette mise en pages. Ceux qui ont beau­coup impri­mé (et je suis du nombre ; hon­ni soit qui mal y pense ; un jour M. Wit­ter­sheim, impri­meur et direc­teur du Jour­nal offi­ciel, que je remer­ciais de je ne sais quoi, remar­qua, qu’un impri­meur devait être gra­cieux à qui avait tant occu­pé la presse), ceux, dis-je, qui impriment beau­coup ont éprou­vé que bien des choses qui échappent en pla­card appa­raissent visibles dans la mise en pages. Chaque nou­vel arran­ge­ment a sa lumière. J’étais cer­tai­ne­ment satis­fait, quand cette lumière m’invitait à quelque rec­ti­fi­ca­tion ou addi­tion de bon aloi mais je l’étais encore plus si aucune modi­fi­ca­tion du texte impri­mé ne s’imposait ; car en pré­sence d’un chan­ge­ment néces­saire, mes transes com­men­çaient, tenu que j’étais à me res­treindre dans les limites de la com­po­si­tion, et à ne pas occa­sion­ner des rema­nie­ments tou­jours dif­fi­ciles et coû­teux, quand ils forcent le cadre d’une mise en pages. La plu­part du temps, j’y réus­sis­sais à grand ren­fort de com­bi­nai­sons et d’artifices de rédac­tion, comp­tant les lettres que je sup­pri­mais et les lettres par les­quelles je les rem­pla­çais, et heu­reux quand le total était ce qu’il fal­lait. Des heures entières s’y employaient ; mais en fin de compte, à force de dex­té­ri­té, je ren­dis très rares les cas extrêmes où les rema­nie­ments ne purent être évi­tés. Ce que j’ai ain­si consu­mé d’efforts, de patience, d’ingéniosité et de moments, il y a long­temps que je l’ai par­don­né à ces labo­rieuses minu­ties ; car, à un point de vue plus géné­ral, elles n’ont pas été sans me ser­vir, dis­ci­pli­nant mon esprit enclin aux géné­ra­li­tés et l’obligeant à se faire sa pro­vi­sion régu­lière de faits grands et petits.

« Laborieuses minuties »

Quelque soi­gneuse que fût l’imprimerie, ces pages étaient, d’ordinaire, trop sur­char­gées pour que je ne tinsse pas à véri­fier moi-même si tout était bien comme je l’avais indi­qué. Cette véri­fi­ca­tion faite, j’adressais l’épreuve à M. Beau­jean, qui enfin don­nait le bon à tirer. Régu­liè­re­ment il s’écoulait deux mois entre la remise de la copie et ce bon à tirer défi­ni­tif. L’intervalle était long mais, à voir équi­ta­ble­ment les choses, à consi­dé­rer par com­bien de mains l’épreuve pas­sait, et à tenir compte des vues et des sug­ges­tions de cha­cun, on juge­ra qu’il n’était guère pos­sible de deman­der plus de célé­ri­té ni à l’imprimerie, tou­jours pour­vue de besogne, ni à M. Beau­jean, che­ville ouvrière, ni à moi, révi­seur géné­ral. Quand il fut bien consta­té que telle était la vitesse moyenne, je pus, en fai­sant l’estimation de l’accroissement de ma copie, cal­cu­ler approxi­ma­ti­ve­ment de com­bien d’années j’aurais besoin (car c’était par années qu’il fal­lait comp­ter) pour atteindre l’achèvement, à sup­po­ser qu’il ne sur­vînt aucune de ces males chances1 sans les­quelles les choses humaines ne vont guère. Je crai­gnais la mala­die pour moi ou pour les miens, la perte de papiers éga­rés, l’incendie ; ce fut la guerre, à laquelle je ne son­geais pas, qui m’interrompit. […]

Note sup­plé­men­taire. — Le com­men­ce­ment de la copie fut remis à l’imprimerie le 27 sep­tembre 1859, la fin, le 4 juillet 1872. Les pre­miers mois de 1859 furent employés à des essais de carac­tères, avec un paquet de copie livré pour ces essais. 

La copie (sans le Sup­plé­ment) comp­tait 415,636 feuillets. 
Il y a eu 2,242 pla­cards de com­po­si­tion. 
Les addi­tions faites sur les pla­cards ont pro­duit 292 pages à trois colonnes. 
Si le Dic­tion­naire (tou­jours sans le Sup­plé­ment) était com­po­sé sur une seule colonne, cette colonne aurait 37,525 m. 28 cent. 
La com­po­si­tion a com­men­cé régu­liè­re­ment en sep­tembre 1859 ; le bon à cli­cher du der­nier pla­card (sans le Sup­plé­ment) a été don­né le 14 novembre 1872 ; ce qui fait une durée de treize ans et deux mois environ.

Extraits de « Com­ment j’ai fait mon dic­tion­naire de la langue fran­çaise », Études et gla­nures, Didier, 1880 (p. 390-442). Le texte inté­gral est aus­si dis­po­nible aux Édi­tions du Son­neur.

Je rap­pelle qu’A­lain Rey a écrit une bio­gra­phie du grand lexi­co­graphe, Lit­tré. L’hu­ma­niste et les mots, parue pour la pre­mière fois chez Gal­li­mard en 1970, réédi­tée dans une ver­sion aug­men­tée en 2008.


Comment trouver le mot juste

Il existe deux types de dic­tion­naires recen­sant les mots d’une langue dans toute leur éten­due : les dic­tion­naires de syno­nymes et les thé­sau­rus. Les pre­miers sont clas­sés par mots, les seconds par thèmes – Le Thé­sau­rus. Dic­tion­naire des ana­lo­gies, de Larousse, est excellent.

Les dic­tion­naires de syno­nymes actuels, aus­si bons soient-ils, se « contentent », à chaque entrée, de pro­po­ser d’autres mots, sans expli­ca­tion des nuances entre eux. Or :

« Les dic­tion­naires de syno­nymes qui donnent des listes de mots ne sont pas inutiles […], ils per­mettent à la per­sonne qui écrit de choi­sir celui qui lui semble le meilleur dans une liste qu’elle n’a pas for­cé­ment en tête, mais en réa­li­té ils ne rendent ser­vice qu’à ceux qui connaissent déjà bien le sens des mots », écrit très jus­te­ment Jean Pru­vost, dans Le Dico des dic­tion­naires, p. 436.

Trou­ver le mot juste néces­site donc un dic­tion­naire de syno­ny­mie dis­tinc­tive.

Les dic­tion­naires de syno­ny­mie dis­tinc­tive voient le jour en France en 1718 sous la plume de Girard. Cette caté­go­rie de dic­tion­naire de syno­nymes est par­ti­cu­lière puisqu’elle se base sur le fait que la syno­ny­mie par­faite n’existe pas, et qu’il est du devoir du syno­ny­miste d’avertir le lec­teur sur les fautes à ne pas com­mettre lorsque l’on prend deux mots pour syno­nymes. En effet, d’après les syno­ny­mistes, l’emploi inadé­quat d’un terme amène à un manque de clar­té et de jus­tesse dans la langue. C’est pour­quoi Girard inti­tu­le­ra le pre­mier recueil de syno­nymes fran­çais La Jus­tesse de la langue fran­çaise. Après cet ouvrage, au moins 24 dic­tion­naires du même genre ver­ront le jour en France jusqu’en 1981 dont 21 aux xviiie et xixe siècles. Cette longue tra­di­tion lexi­co­gra­phique a lais­sé place à la syno­ny­mie cumu­la­tive, syno­ny­mie ne pre­nant pas en compte la dif­fé­rence de sens exis­tante entre les termes dits syno­nymes.

Source (PDF) : Alice Fer­ra­ra-Létur­gie, Étude contras­tive de la lexi­co­gra­phie syno­ny­mique dis­tinc­tive en France et en Europe aux xviiie et xixe siècles, Eur­alax, 2012, p. 502.

Le der­nier dic­tion­naire de syno­ny­mie dis­tinc­tive du xixe siècle, le Dic­tion­naire des syno­nymes de la langue fran­çaise, de Ben­ja­min Lafaye (1884), est dis­po­nible sur Gallica.

L’ou­vrage de 1981 auquel il est fait allu­sion ci-des­sus, le Dic­tion­naire Mara­bout des syno­nymes, de Georges Younes, que Jean Pru­vost juge « de grande qua­li­té1 », est bien sûr épui­sé. « […] tan­tôt [il] pré­sente des syno­nymes clai­re­ment dis­tin­gués, tan­tôt [il] offre une simple liste de syno­nymes, mais avec d’excellents ren­vois », pré­cise Pruvost.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le Dic­tion­naire de syno­nymes, nuances et contraires, aux édi­tions Le Robert, contient des enca­drés détaillant les nuances de cer­tains mots :

Une édi­tion de poche enri­chie vient de paraître (juin 2020).

Mais ces enca­drés res­tent par­se­més dans les pages.

Dans les dix mille pages du célèbre Dic­tion­naire de la langue fran­çaise (1873-1874) de Lit­tré, on trouve de fré­quentes notices où le lexi­co­graphe situe le mot par rap­port à des cou­sins aux signi­fi­ca­tions proches. À l’en­trée suf­fi­sant, par exemple, on trouve la dis­tinc­tion entre suf­fi­sant, pré­somp­tueux et vain :

Le Lit­tré est numé­ri­sé et dis­po­nible gra­tui­te­ment en ligne.

En 1994, Duchesne et Leguay, pas­sion­nés par Lit­tré, ont réuni envi­ron deux cents de son mil­lier de notices2 et les ont enri­chies. La pre­mière édi­tion de leur livre s’ap­pe­lait La Nuance. Dic­tion­naire des sub­ti­li­tés du fran­çais (Larousse, 351 p.).

La der­nière, qui s’in­ti­tule Sur­pris ou éton­né ? Nuances et sub­ti­li­tés des mots de la langue fran­çaise, date de 2005, mais elle est aus­si épui­sée. On peut la trou­ver d’occasion.

Der­nière solu­tion, et non des moindres : le logi­ciel Anti­dote – qui annonce « 1 000 000 de syno­nymes, hypo­nymes et hyper­onymes ». Exemple ci-des­sous : les syno­nymes du verbe nuan­cer. Quand on clique sur l’un des syno­nymes, sa défi­ni­tion appa­raît dans la colonne de droite. En pas­sant d’une défi­ni­tion à l’autre, on peut se faire une idée pré­cise des dif­fé­rents syno­nymes et trou­ver celui qui convient.

Cap­ture d’é­cran du dic­tion­naire des syno­nymes du logi­ciel Antidote

Enfin, on peut suivre les conseils de MM. Decote et Rou­ge­rie dans Trou­ver le mot juste (Hatier, 1993). Ce n’est pas un dic­tion­naire, mais les auteurs indiquent, dans mon sou­ve­nir – je n’ai pas le livre sous la main –, les prin­ci­paux mots à ne pas confondre.

☞ Voir aus­si Syno­nymes imparfaits


Des fautes dans le dictionnaire ?

Le Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise contient une « erreur » célèbre depuis sa 8e édi­tion (1935) : nénu­phar. Le ph ne se jus­ti­fie pas éty­mo­lo­gi­que­ment, le mot venant de l’a­rabe nînû­far. Les sept édi­tions pré­cé­dentes l’é­cri­vaient nénu­far – comme l’ont fait Bal­zac et Proust. Depuis 1990, la gra­phie nénu­far est à nou­veau admise par l’Académie.

Faute d’or­tho­graphe et dic­tion­naire sont deux notions qu’il faut abso­lu­ment dis­cu­ter en avant-propos.

L’or­tho­graphe fran­çaise n’a été « fixée » qu’au xviie siècle et n’a, mal­gré tout, jamais ces­sé d’é­vo­luer. L’a­ga­ce­ment devant le non-res­pect de l’or­tho­graphe ne com­mence vrai­ment qu’au xixe siècle et il faut attendre 1936 pour que Paul Valé­ry écrive : « L’or­tho­graphe est deve­nue le cri­té­rium de la belle édu­ca­tion1. »

Dic­tion­naire, lui, est un mot géné­rique qui recouvre des réa­li­tés variées : dic­tion­naire de langue ou ency­clo­pé­dique, géné­ral ou spé­cia­li­sé, mono­lingue ou bilingue, d’ap­pren­tis­sage, etc., le tout avec des qua­li­tés variables, car les grandes mai­sons d’é­di­tion comme Le Robert et Larousse ne sont pas seules sur le marché.

Comme toute entre­prise humaine, un dic­tion­naire ne peut être par­fait. Même rédi­gé et cor­ri­gé par les mai­sons d’é­di­tion pré­ci­tées, il contient ici ou là une erreur, au moins une incohérence.

Les inco­hé­rences se retrouvent aus­si entre les dif­fé­rents dic­tion­naires, les lexi­co­graphes fai­sant des choix, non seule­ment de mots, mais aus­si d’or­tho­graphe. Depuis 1990, notam­ment, les rec­ti­fi­ca­tions ortho­gra­phiques sont trai­tées dif­fé­rem­ment d’une mai­son à l’autre :

Ain­si quand pour paraître et abîme, les lexi­co­graphes du Dic­tion­naire Hachette pro­posent la variante sans accent cir­con­flexe, dans le même temps en 2005, il n’en est pas fait men­tion dans le Petit Robert et le Petit Larousse (Pru­vost, 2006, p. 168).

Jean Pru­vost rap­pelle aus­si que :

[…] dans le Petit Larousse 2006, on pro­po­sait faseyer, fasier ou fasiller « en par­lant d’une voile », ou encore fakir ou faquir, autant de variantes qui ont dis­pa­ru, seule la pre­mière forme ayant sur­vé­cu (p. 167).

« Vicieu­se­ment », Pru­vost évoque dans un autre ouvrage2 les pre­miers dic­tion­naires de réfé­rence pour l’or­tho­graphe fran­çaise, celui de Riche­let (1680) et celui de Fure­tière (1690).

Riche­let écrit orto­graphe et orto­gra­phïe, tan­dis que Fure­tière défi­nit ortho­gra­phier comme « Escrire cor­rec­te­ment, & selon les loix de la Grammaire ».

C’é­tait l’é­poque où l’or­tho­graphe offi­cielle res­sem­blait à cela :

Début de la pré­face de la pre­mière édi­tion du Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise (1694).

Poin­ter telle ou telle faute d’or­tho­graphe dans un dic­tion­naire contem­po­rain n’au­rait donc pas beau­coup d’in­té­rêt, « chaque période de l’his­toire moderne [ayant] son ortho­graphe » (Pru­vost, 2014, p. 354).


Ressources en ligne sur la langue française

La page La biblio­thèque du cor­rec­teur de mon site recense déjà logi­ciels de cor­rec­tion et dic­tion­naires en ligne. Voi­ci quelques res­sources complémentaires. 

Banque de dépan­nage lin­guis­tique (BDL)

Déve­lop­pée par l’Office qué­bé­cois de la langue fran­çaise, « la BDL est un réper­toire d’articles répon­dant à des ques­tions d’ordre lin­guis­tique, rédac­tion­nel et com­mu­ni­ca­tion­nel (gram­maire, ortho­graphe, syn­taxe, voca­bu­laire, emprunts à l’an­glais, fémi­ni­sa­tion, cor­res­pon­dance, etc.) ».

Ortho­net

Créé par le Conseil inter­na­tio­nal de la langue fran­çaise (Paris), Ortho­net a pour prin­cipe de « trai­ter toutes les ques­tions sur la langue fran­çaise, faci­li­ter son emploi, résoudre les dif­fi­cul­tés que ren­contrent les usa­gers, fran­co­phones ou non, sur­tout dans l’écrit, les faire béné­fi­cier de notre expé­rience et d’une docu­men­ta­tion sans cesse améliorée ».

Par­ler fran­çais. Richesse et dif­fi­cul­tés de la langue française

Ce site « réper­to­rie les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés de la langue fran­çaise, les bizar­re­ries sur les­quelles il vous arrive par­fois d’hé­si­ter et les fautes les plus courantes ».

Langue-fr.net. « Par amour de la langue fran­çaise, au ser­vice de tous ses usa­gers » et le compte Twit­ter asso­cié.

André Raci­cot : Au cœur du fran­çais. Page « dédiée à tous ceux qui ont à cœur l’épanouissement de la langue fran­çaise », et le compte Twit­ter asso­cié.

Chro­nique (payante) Vous avez de ces mots, du lin­guiste Michel Fran­card, dans Le Soir, et son compte Twit­ter.

Pod­cast men­suel Par­ler comme jamais (et son compte Twit­ter), où la lin­guiste Laé­lia Véron, autrice avec Maria Can­dea du livre Le fran­çais est à nous !, « s’interroge sur les lan­gages et leurs usages, sur ce qu’ils disent de nous ». 

Compte Tum­blr Je révise mon fran­çais grâce à la presse (à ses fautes, plu­tôt). « Rap­pel de règles d’or­tho­graphe et de gram­maire, par le ser­vice docu­men­ta­tion de l’É­cole supé­rieure de jour­na­lisme de Lille. »

Le Robert dif­fuse des tweets de grande qua­li­té. On pour­ra suivre aus­si, sur ce réseau social, les comptes Lit­tré et Bes­che­relle.

Les cor­rec­teurs du Monde.fr nous font pro­fi­ter de leurs réflexions sur leur blog, Langue sauce piquante, et sur Twit­ter, avec le compte Le Monde correct.

Comment choisir un dictionnaire

Il existe des dic­tion­naires pour tous les besoins (mono­lingues, bilingues, par domaines d’ac­ti­vi­té…). La Mai­son du dic­tion­naire en a fait une spécialité.

En ce qui concerne les dic­tion­naires géné­raux, posez-vous les ques­tions sui­vantes. Voulez-vous :

  • un dic­tion­naire d’ap­pren­tis­sage (col­lège, lycée, étudiant) ?
  • un dic­tion­naire de langue fran­çaise pour tout public ?
  • un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique avec des illustrations ?
  • un dic­tion­naire com­por­tant le plus de mots possible ?

Les édi­tions Larousse et les édi­tions Le Robert pro­posent un vaste choix de dic­tion­naires selon vos besoins. (Il existe d’autres mai­sons d’é­di­tion, mais celles-ci sont les plus célèbres.)

Un bon dic­tion­naire de langue fran­çaise doit, pour chaque mot, vous don­ner l’é­ty­mo­lo­gie, la pro­non­cia­tion, les dif­fé­rentes signi­fi­ca­tions illus­trées d’exemples et de cita­tions, les expres­sions et les locu­tions où il figure, les syno­nymes et contraires.

Un dic­tion­naire dit illus­tré est un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique : il mêle noms com­muns (langue fran­çaise) et noms propres (savoir et culture). Comme le mot l’in­dique, il com­porte des illus­tra­tions en cou­leurs : cartes, des­sins, pho­to­gra­phies, sché­mas et planches.

Les mots petit et grand sont une indi­ca­tion du nombre de mots. Par exemple, 60 000 mots dans Le Petit Robert, 100 000 dans Le Grand Robert, deux dic­tion­naires de langue fran­çaise (non encyclopédiques).

À noter : Le Petit Larousse est un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique en un volume, alors que Le Petit Robert est en deux volumes (ils s’a­chètent sépa­ré­ment) : un de langue fran­çaise, un de noms propres. Les défi­ni­tions du Robert sont donc plus détaillées que celles du Larousse.

Si vous pen­sez ache­ter un dic­tion­naire impri­mé et avez des pro­blèmes de vue, prê­tez atten­tion à la typo­gra­phie. Dans les gros dic­tion­naires, les carac­tères sont par­fois petits. Il vaut mieux les feuille­ter en librai­rie avant de les acheter.

Dictionnaires en ligne

Larousse met gra­tui­te­ment à dis­po­si­tion son dic­tion­naire, son ency­clo­pé­die et son dic­tion­naire des dif­fi­cul­tés (inté­gré aux entrées du dictionnaire).

Le Robert pro­pose, lui, des abon­ne­ments annuels à ses dic­tion­naires et des ver­sions à télé­char­ger. Depuis peu, un Dico en ligne, plus suc­cinct, est pro­po­sé gratuitement.

Le Tré­sor de la langue fran­çaise infor­ma­ti­sé est gra­tuit – mais il n’est plus mis à jour depuis 1994.

Tous trois pro­posent aus­si des appli­ca­tions pour iPhone et Android.

Le Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise est éga­le­ment gratuit.

Per­son­nel­le­ment, ayant besoin de dic­tion­naires de langue fran­çaise tou­jours actua­li­sés et aus­si pré­cis que pos­sible, j’ai opté pour Le Petit Robert en ligne par abon­ne­ment. Je pos­sède éga­le­ment Le Grand Robert télé­char­gé sur mon disque dur. Tous deux me per­mettent des recherches avancées.

☞ Voir aus­si ma biblio­thèque du cor­rec­teur.

Il existe d’autres dic­tion­naires en ligne, plus anciens, comme le célèbre Lit­tré. Ils gardent leur inté­rêt, mais le fran­çais étant une langue vivante, seul un dic­tion­naire récent four­nit les mots qu’on ren­contre dans la presse et dans la lit­té­ra­ture contemporaine.

Le Dico en ligne du Robert

Le Robert vient de lan­cer Dico en ligne, un dic­tion­naire gra­tuit. Les défi­ni­tions sont suc­cinctes (trop pour nous, cor­rec­teurs pro­fes­sion­nels). Ce qui peut sur­tout nous ser­vir, ce sont les « mil­lions d’exemples en contexte, tirés de textes lit­té­raires ou ins­ti­tu­tion­nels ». La mai­son pré­cise cepen­dant qu’ils ne sont pas véri­fiés par Le Robert.

Les textes lit­té­raires pro­viennent du site Guten­berg, un pro­jet offrant de très nom­breux livres élec­tro­niques en accès libre. Nous avons sélec­tion­né les œuvres libres de droits d’écrivains et d’écrivaines de langue fran­çaise ain­si que des textes tra­duits en fran­çais depuis d’autres langues.

Les textes ins­ti­tu­tion­nels sont extraits du cor­pus Euro­parl, un cor­pus paral­lèle et mul­ti­lingue déve­lop­pé par le cher­cheur Phi­lipp Koehn. Ce cor­pus, incluant 21 langues, se com­pose des comptes ren­dus de séances du Par­le­ment euro­péen s’étant tenues entre 1996 et 2011. Nous pré­sen­tons sur notre site les docu­ments rédi­gés en langue française.

Plus anec­do­tique : sous l’on­glet « 17e siècle », on trouve la défi­ni­tion du mot dans le Dic­tion­naire uni­ver­sel de Furetière.

Le dic­tion­naire est accom­pa­gné « de nom­breuses res­sources qui vous aide­ront à par­faire votre usage du fran­çais et à explo­rer toute sa richesse ».