Comment trouver le mot juste

Il existe deux types de dic­tion­naires recen­sant les mots d’une langue dans toute leur éten­due : les dic­tion­naires de syno­nymes et les thé­sau­rus. Les pre­miers sont clas­sés par mots, les seconds par thèmes – Le Thé­sau­rus. Dic­tion­naire des ana­lo­gies, de Larousse, est excellent.

Les dic­tion­naires de syno­nymes actuels, aus­si bons soient-ils, se « contentent », à chaque entrée, de pro­po­ser d’autres mots, sans expli­ca­tion des nuances entre eux. Or :

« Les dic­tion­naires de syno­nymes qui donnent des listes de mots ne sont pas inutiles […], ils per­mettent à la per­sonne qui écrit de choi­sir celui qui lui semble le meilleur dans une liste qu’elle n’a pas for­cé­ment en tête, mais en réa­li­té ils ne rendent ser­vice qu’à ceux qui connaissent déjà bien le sens des mots », écrit très jus­te­ment Jean Pru­vost, dans Le Dico des dic­tion­naires, p. 436.

Trou­ver le mot juste néces­site donc un dic­tion­naire de syno­ny­mie dis­tinc­tive.

Les dic­tion­naires de syno­ny­mie dis­tinc­tive voient le jour en France en 1718 sous la plume de Girard. Cette caté­go­rie de dic­tion­naire de syno­nymes est par­ti­cu­lière puisqu’elle se base sur le fait que la syno­ny­mie par­faite n’existe pas, et qu’il est du devoir du syno­ny­miste d’avertir le lec­teur sur les fautes à ne pas com­mettre lorsque l’on prend deux mots pour syno­nymes. En effet, d’après les syno­ny­mistes, l’emploi inadé­quat d’un terme amène à un manque de clar­té et de jus­tesse dans la langue. C’est pour­quoi Girard inti­tu­le­ra le pre­mier recueil de syno­nymes fran­çais La Jus­tesse de la langue fran­çaise. Après cet ouvrage, au moins 24 dic­tion­naires du même genre ver­ront le jour en France jusqu’en 1981 dont 21 aux xviiie et xixe siècles. Cette longue tra­di­tion lexi­co­gra­phique a lais­sé place à la syno­ny­mie cumu­la­tive, syno­ny­mie ne pre­nant pas en compte la dif­fé­rence de sens exis­tante entre les termes dits syno­nymes.

Source (PDF) : Alice Fer­ra­ra-Létur­gie, Étude contras­tive de la lexi­co­gra­phie syno­ny­mique dis­tinc­tive en France et en Europe aux xviiie et xixe siècles, Eur­alax, 2012, p. 502.

Le der­nier dic­tion­naire de syno­ny­mie dis­tinc­tive du xixe siècle, le Dic­tion­naire des syno­nymes de la langue fran­çaise, de Ben­ja­min Lafaye (1884), est dis­po­nible sur Gal­li­ca.

L’ou­vrage de 1981 auquel il est fait allu­sion ci-des­sus, le Dic­tion­naire Mara­bout des syno­nymes, de Georges Younes, que Jean Pru­vost juge « de grande qua­li­té1 », est bien sûr épui­sé. « […] tan­tôt [il] pré­sente des syno­nymes clai­re­ment dis­tin­gués, tan­tôt [il] offre une simple liste de syno­nymes, mais avec d’excellents ren­vois », pré­cise Pru­vost.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le Dic­tion­naire de syno­nymes, nuances et contraires, aux édi­tions Le Robert, contient des enca­drés détaillant les nuances de cer­tains mots :

Une édi­tion de poche enri­chie vient de paraître (juin 2020).

Mais ces enca­drés res­tent par­se­més dans les pages.

Dans les dix mille pages du célèbre Dic­tion­naire de la langue fran­çaise (1873–1874) de Lit­tré, on trouve de fré­quentes notices où le lexi­co­graphe situe le mot par rap­port à des cou­sins aux signi­fi­ca­tions proches. À l’en­trée suf­fi­sant, par exemple, on trouve la dis­tinc­tion entre suf­fi­sant, pré­somp­tueux et vain :

Le Lit­tré est numé­ri­sé et dis­po­nible gra­tui­te­ment en ligne.

En 1994, Duchesne et Leguay, pas­sion­nés par Lit­tré, ont réuni envi­ron deux cents de son mil­lier de notices2 et les ont enri­chies. La pre­mière édi­tion de leur livre s’ap­pe­lait La Nuance. Dic­tion­naire des sub­ti­li­tés du fran­çais (Larousse, 351 p.).

La der­nière, qui s’in­ti­tule Sur­pris ou éton­né ? Nuances et sub­ti­li­tés des mots de la langue fran­çaise, date de 2005, mais elle est aus­si épui­sée. On peut la trou­ver d’oc­ca­sion.

Der­nière solu­tion, et non des moindres : le logi­ciel Anti­dote – qui annonce « 1 000 000 de syno­nymes, hypo­nymes et hyper­onymes ». Exemple ci-des­sous : les syno­nymes du verbe nuan­cer. Quand on clique sur l’un des syno­nymes, sa défi­ni­tion appa­raît dans la colonne de droite. En pas­sant d’une défi­ni­tion à l’autre, on peut se faire une idée pré­cise des dif­fé­rents syno­nymes et trou­ver celui qui convient.

Enfin, on peut suivre les conseils de MM. Decote et Rou­ge­rie dans Trou­ver le mot juste (Hatier, 1993). Ce n’est pas un dic­tion­naire, mais les auteurs indiquent, dans mon sou­ve­nir – je n’ai pas le livre sous la main –, les prin­ci­paux mots à ne pas confondre.

☞ Voir aus­si Syno­nymes impar­faits


Des fautes dans le dictionnaire ?

Le Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise contient une « erreur » célèbre depuis sa 8e édi­tion (1935) : nénu­phar. Le ph ne se jus­ti­fie pas éty­mo­lo­gi­que­ment, le mot venant de l’a­rabe nînû­far. Les sept édi­tions pré­cé­dentes l’é­cri­vaient nénu­far – comme l’ont fait Bal­zac et Proust. Depuis 1990, la gra­phie nénu­far est à nou­veau admise par l’A­ca­dé­mie.

Faute d’or­tho­graphe et dic­tion­naire sont deux notions qu’il faut abso­lu­ment dis­cu­ter en avant-pro­pos.

L’or­tho­graphe fran­çaise n’a été « fixée » qu’au xviie siècle et n’a, mal­gré tout, jamais ces­sé d’é­vo­luer. L’a­ga­ce­ment devant le non-res­pect de l’or­tho­graphe ne com­mence vrai­ment qu’au xixe siècle et il faut attendre 1936 pour que Paul Valé­ry écrive : « L’or­tho­graphe est deve­nue le cri­té­rium de la belle édu­ca­tion1. »

Dic­tion­naire, lui, est un mot géné­rique qui recouvre des réa­li­tés variées : dic­tion­naire de langue ou ency­clo­pé­dique, géné­ral ou spé­cia­li­sé, mono­lingue ou bilingue, d’ap­pren­tis­sage, etc., le tout avec des qua­li­tés variables, car les grandes mai­sons d’é­di­tion comme Le Robert et Larousse ne sont pas seules sur le mar­ché.

Comme toute entre­prise humaine, un dic­tion­naire ne peut être par­fait. Même rédi­gé et cor­ri­gé par les mai­sons d’é­di­tion pré­ci­tées, il contient ici ou là une erreur, au moins une inco­hé­rence.

Les inco­hé­rences se retrouvent aus­si entre les dif­fé­rents dic­tion­naires, les lexi­co­graphes fai­sant des choix, non seule­ment de mots, mais aus­si d’or­tho­graphe. Depuis 1990, notam­ment, les rec­ti­fi­ca­tions ortho­gra­phiques sont trai­tées dif­fé­rem­ment d’une mai­son à l’autre :

Ain­si quand pour paraître et abîme, les lexi­co­graphes du Dic­tion­naire Hachette pro­posent la variante sans accent cir­con­flexe, dans le même temps en 2005, il n’en est pas fait men­tion dans le Petit Robert et le Petit Larousse (Pru­vost, 2006, p. 168).

Jean Pru­vost rap­pelle aus­si que :

[…] dans le Petit Larousse 2006, on pro­po­sait faseyer, fasier ou fasiller « en par­lant d’une voile », ou encore fakir ou faquir, autant de variantes qui ont dis­pa­ru, seule la pre­mière forme ayant sur­vé­cu (p. 167).

« Vicieu­se­ment », Pru­vost évoque dans un autre ouvrage2 les pre­miers dic­tion­naires de réfé­rence pour l’or­tho­graphe fran­çaise, celui de Riche­let (1680) et celui de Fure­tière (1690).

Riche­let écrit orto­graphe et orto­gra­phïe, tan­dis que Fure­tière défi­nit ortho­gra­phier comme « Escrire cor­rec­te­ment, & selon les loix de la Gram­maire ».

C’é­tait l’é­poque où l’or­tho­graphe offi­cielle res­sem­blait à cela :

Début de la pré­face de la pre­mière édi­tion du Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise (1694).

Poin­ter telle ou telle faute d’or­tho­graphe dans un dic­tion­naire contem­po­rain n’au­rait donc pas beau­coup d’in­té­rêt, « chaque période de l’his­toire moderne [ayant] son ortho­graphe » (Pru­vost, 2014, p. 354).


Ressources en ligne sur la langue française

La page La biblio­thèque du cor­rec­teur de mon site recense déjà logi­ciels de cor­rec­tion et dic­tion­naires en ligne. Voi­ci quelques res­sources com­plé­men­taires.

Banque de dépan­nage lin­guis­tique (BDL)

Déve­lop­pée par l’Office qué­bé­cois de la langue fran­çaise, « la BDL est un réper­toire d’articles répon­dant à des ques­tions d’ordre lin­guis­tique, rédac­tion­nel et com­mu­ni­ca­tion­nel (gram­maire, ortho­graphe, syn­taxe, voca­bu­laire, emprunts à l’an­glais, fémi­ni­sa­tion, cor­res­pon­dance, etc.) ».

Ortho­net

Créé par le Conseil inter­na­tio­nal de la langue fran­çaise (Paris), Ortho­net a pour prin­cipe de « trai­ter toutes les ques­tions sur la langue fran­çaise, faci­li­ter son emploi, résoudre les dif­fi­cul­tés que ren­contrent les usa­gers, fran­co­phones ou non, sur­tout dans l’écrit, les faire béné­fi­cier de notre expé­rience et d’une docu­men­ta­tion sans cesse amé­lio­rée ».

Par­ler fran­çais. Richesse et dif­fi­cul­tés de la langue fran­çaise

Ce site « réper­to­rie les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés de la langue fran­çaise, les bizar­re­ries sur les­quelles il vous arrive par­fois d’hé­si­ter et les fautes les plus cou­rantes ».

Langue-fr.net. « Par amour de la langue fran­çaise, au ser­vice de tous ses usa­gers » et le compte Twit­ter asso­cié.

André Raci­cot : Au cœur du fran­çais. Page « dédiée à tous ceux qui ont à cœur l’épanouissement de la langue fran­çaise », et le compte Twit­ter asso­cié.

Chro­nique (payante) Vous avez de ces mots, du lin­guiste Michel Fran­card, dans Le Soir, et son compte Twit­ter.

Pod­cast men­suel Par­ler comme jamais (et son compte Twit­ter), où la lin­guiste Laé­lia Véron, autrice avec Maria Can­dea du livre Le fran­çais est à nous !, « s’interroge sur les lan­gages et leurs usages, sur ce qu’ils disent de nous ».

Compte Tum­blr Je révise mon fran­çais grâce à la presse (à ses fautes, plu­tôt). « Rap­pel de règles d’or­tho­graphe et de gram­maire, par le ser­vice docu­men­ta­tion de l’É­cole supé­rieure de jour­na­lisme de Lille. »

Le Robert dif­fuse des tweets de grande qua­li­té. On pour­ra suivre aus­si, sur ce réseau social, les comptes Lit­tré et Bes­che­relle.

Les cor­rec­teurs du Monde.fr nous font pro­fi­ter de leurs réflexions sur leur blog, Langue sauce piquante, et sur Twit­ter, avec le compte Le Monde cor­rect.

Comment choisir un dictionnaire

Il existe des dic­tion­naires pour tous les besoins (mono­lingues, bilingues, par domaines d’ac­ti­vi­té…). La Mai­son du dic­tion­naire en a fait une spé­cia­li­té.

En ce qui concerne les dic­tion­naires géné­raux, posez-vous les ques­tions sui­vantes. Vou­lez-vous :

  • un dic­tion­naire d’ap­pren­tis­sage (col­lège, lycée, étu­diant) ?
  • un dic­tion­naire de langue fran­çaise pour tout public ?
  • un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique avec des illus­tra­tions ?
  • un dic­tion­naire com­por­tant le plus de mots pos­sible ?

Les édi­tions Larousse et les édi­tions Le Robert pro­posent un vaste choix de dic­tion­naires selon vos besoins. (Il existe d’autres mai­sons d’é­di­tion, mais celles-ci sont les plus célèbres.)

Un bon dic­tion­naire de langue fran­çaise doit, pour chaque mot, vous don­ner l’é­ty­mo­lo­gie, la pro­non­cia­tion, les dif­fé­rentes signi­fi­ca­tions illus­trées d’exemples et de cita­tions, les expres­sions et les locu­tions où il figure, les syno­nymes et contraires.

Un dic­tion­naire dit illus­tré est un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique : il mêle noms com­muns (langue fran­çaise) et noms propres (savoir et culture). Comme le mot l’in­dique, il com­porte des illus­tra­tions en cou­leurs : cartes, des­sins, pho­to­gra­phies, sché­mas et planches.

Les mots petit et grand sont une indi­ca­tion du nombre de mots. Par exemple, 60 000 mots dans Le Petit Robert, 100 000 dans Le Grand Robert, deux dic­tion­naires de langue fran­çaise (non ency­clo­pé­diques).

À noter : Le Petit Larousse est un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique en un volume, alors que Le Petit Robert est en deux volumes (ils s’a­chètent sépa­ré­ment) : un de langue fran­çaise, un de noms propres. Les défi­ni­tions du Robert sont donc plus détaillées que celles du Larousse.

Si vous pen­sez ache­ter un dic­tion­naire impri­mé et avez des pro­blèmes de vue, prê­tez atten­tion à la typo­gra­phie. Dans les gros dic­tion­naires, les carac­tères sont par­fois petits. Il vaut mieux les feuille­ter en librai­rie avant de les ache­ter.

Dictionnaires en ligne

Larousse met gra­tui­te­ment à dis­po­si­tion son dic­tion­naire, son ency­clo­pé­die et son dic­tion­naire des dif­fi­cul­tés (inté­gré aux entrées du dic­tion­naire).

Le Robert pro­pose, lui, des abon­ne­ments annuels à ses dic­tion­naires et des ver­sions à télé­char­ger. Depuis peu, un Dico en ligne, plus suc­cinct, est pro­po­sé gra­tui­te­ment.

Le Tré­sor de la langue fran­çaise infor­ma­ti­sé est gra­tuit – mais il n’est plus mis à jour depuis 1994.

Tous trois pro­posent aus­si des appli­ca­tions pour iPhone et Android.

Le Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise est éga­le­ment gra­tuit.

Per­son­nel­le­ment, ayant besoin de dic­tion­naires de langue fran­çaise tou­jours actua­li­sés et aus­si pré­cis que pos­sible, j’ai opté pour Le Petit Robert en ligne par abon­ne­ment. Je pos­sède éga­le­ment Le Grand Robert télé­char­gé sur mon disque dur. Tous deux me per­mettent des recherches avan­cées.

Il existe d’autres dic­tion­naires en ligne, plus anciens, comme le célèbre Lit­tré. Ils gardent leur inté­rêt, mais le fran­çais étant une langue vivante, seul un dic­tion­naire récent four­nit les mots qu’on ren­contre dans la presse et dans la lit­té­ra­ture contem­po­raine.