Évolution du logo de la Philharmonie de Paris. Les I ont gagné des points.
Dans sa dernière évolution, le logo de la Philharmonie de Paris a mis des points sur les i majuscules. Bien que cela surprenne, ce n’est pas si rare, comme l’expliquait, hier, un article du site Cap’Com.
Pourtant, c’est un principe en typographie : les i majuscules ne portent jamais de point, à la différence des i minuscules. Pourquoi ? Le point ne permet pas de distinguer deux mots ; il est donc inutile, contrairement au tréma (MAIS/MAÏS).
Alors, pourquoi le graphiste Antoine Lafuente a-t-il commis cet « accident volontaire », bien accueilli ? « De l’avis général, ces points-là ajoutaient quelque chose d’un peu étonnant, d’un peu joueur, qui évoque la musique. »
La correctrice de l’infolettre de la Philharmonie, elle, Stéphanie Hourcade, fixe la limite à la fantaisie : « Le correcteur ne peut et ne doit […] pas intervenir sur les logos eux-mêmes, bien sûr ; mais dans un texte, l’orthotypographie traditionnelle s’applique, et les I n’auront pas de point ! »
La recherche historique mène parfois à des impasses frustrantes. Ainsi, en fouillant les archives de la presse, je suis tombé sur l’annonce de futurs Mémoires d’un correcteur, qui n’ont, hélas, jamais paru. C’est dans le Bulletin de la presse (organe professionnel des publicistes) du 25 avril 1897 :
Le hasard nous mit sous les yeux, il y a quelques semaines, un manuscrit déjà volumineux, quoique inachevé, des Mémoires d’un correcteur d’imprimerie, dont, pour sa tranquillité, l’auteur a résolu de faire de nouveaux Mémoires d’outre-tombe1. C’est qu’ayant vu beaucoup de grands hommes en robe de chambre et d’auteurs en déshabillé, il n’a pas pu les trouver tous beaux, ni tous hommes de génie, et il a consigné, dans ses cahiers, certains souvenirs plutôt désagréables pour des gens dont il est bon de se méfier. Autant que la crainte de Dieu, la crainte des puissants de la terre est le commencement de la sagesse.
Le journal n’a retenu que les pages, datées de 1891, évoquant le docteur Cornélius Herz (1845-1898), savant électricien et affairiste impliqué dans le scandale de Panama. Jean-Yves Mollier, historien de l’édition, lui a consacré un livre2. Herz dirigeait alors la revue La Lumière électrique, installée dans de « somptueux bureaux » au 31 du boulevard des Italiens, à Paris. Dans cet extrait, sur le métier lui-même, le « vieux correcteur » n’écrit que ceci :
Cornélius Herz.
[…] j’étais chargé de faire régner un français à peu près correct (beaucoup de rédacteurs étant étrangers), de veiller à ce qu’il ne passât pas d’hérésie scientifique ou historique trop visible et, spécialement, de couper les débinages ou les traces de courtisaneries qui se seraient glissées dans la copie. […] Habituellement, les pouvoirs d’un correcteur sont assez bornés et la hardiesse qu’il ose se permettre est bien timide. Par exception, mon autorité était presque autocratique ; le docteur, qu’on voyait de moins en moins, mais qui lisait très exactement son journal après publication, et dont l’influence se fit toujours heureusement sentir avant son départ pour l’Angleterre [où il a dû fuir], le voulait aussi parfait que possible. Le correcteur devait être là, comme le dépeint Horace, « l’homme circonspect qui raye, d’un trait noir, une proposition inexacte, coupe sans merci toute expression démesurément ambitieuse et donne du ton aux phrases languissantes ». Dans ma longue carrière, c’est la seule administration où j’aie trouvé la considération et les égards dont jouissaient nos prédécesseurs des derniers siècles.
« La crainte des puissants de la terre » a-t-elle poursuivi l’auteur post-mortem ? En tout cas, le manuscrit ayant apparemment disparu, il faudra se contenter de cet extrait.
Collection de fautes d’orthographe d’écrivains
Autre piste ne menant nulle part, de trente ans antérieure (L’Aube, 20 février 1867), l’annonce de la vente aux enchères d’un étrange manuscrit, lui aussi produit par un correcteur :
Une vente d’autographes d’un genre nouveau et aussi curieux que piquant doit avoir lieu, dit-on, ce mois-ci à la salle Sylvestre [Silvestre, alors située 28, rue des Bons-Enfants, à Paris3]. C’est une collection… de fautes d’orthographe. Le tout provient, dit un correspondant parisien de l’Indépendance belge, de la succession d’un M. C…, qui exerça pendant trente années années la profession de correcteur d’imprimerie. Chaque fois que, dans le manuscrit d’une notabilité littéraire, M. C… rencontrait des fantaisies grammaticales, il conservait précieusement la page, la numérotait, l’étiquetait et l’ajoutait dans ses cartons à son singulier trésor. La nouvelle est-elle vraie ? Peut-être. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle n’est pas invraisemblable.
Il sera épais, avec du sépia, des dessins, des photos, parfois même des schémas, pas très cher (car imprimé sur du papier recyclé), c’est une œuvre collective, les auteur(e)s (correcteurs et correctrices dans les journaux et sites de journaux parisiens) y travaillent depuis bientôt un lustre…, et voilà, c’est fait, il y a de l’action, des (signes de) correction(s), des complications, des explications, des souvenirs, des soupirs, des cuirs, il s’intitule Plus de casse dans les cass’tins !, coûtera 12 €, est publié aux toutes nouvelles éditions Deux-Cap’-Div’, et sera en librairie le 3 avril… et si vous ne voulez vraiment pas l’acheter… fauchez-le !
Si l’article a été publié un 1er avril, l’information semblait bien réelle. Dommage.
[AJOUT, 16 septembre 2025.] Disparus également : Le Nez d’un correcteur d’imprimerie, de Jules Grassi, hommage de J. Grassi à Charles Leconte, Grenoble, 1866, in-8, 6 p., pap. rose (tiré a q. q. exempl. seulement)4. — Moi, dictateur, pièce en trois actes de Léo Berryer, créée au théâtre Varia (25, rue Fontaine, Paris 9e) en novembre 1930, où un correcteur d’imprimerie, Onésime Tartempion, se rêve dictateur5. La critique l’a éreintée.
Cet ouvrage est consacré à la défense de certains auteurs plutôt que d’un certain métier, celui de correcteur en l’occurrence, quoique tout soit lié. C’est une promenade sans autre but que le plaisir à travers la littérature mondiale, au gré du hasard, de Melville à Dostoïevski, de Diderot à Casanova, de Tocqueville à Proust, d’Orwell à Céline et à Bernhard, de Balzac à Stendhal et à Marx. C’est une dénonciation des penseurs, intellectuels, littérateurs faussaires de notre époque. C’est-à-dire de la presque totalité de ce qui est publié en France et ailleurs.
Signalé dans Le Bibliophile de Dauphiné, janvier 1884, et dans Le Dauphiné, 17 mai 1885. ↩︎
« 27 novembre. — Théâtre Varia. Première représentation de Moi, dictateur, pièce en trois actes et [dix] tableaux de M. L[é]o Berryer. Un correcteur d’imprimerie rentré chez lui, un peu ivre, s’endort et rêve qu’il est dictateur. La pièce est le spectacle de son rêve. Elle comprend tous les poncifs du genre : discours, journalistes poursuivis, maîtresse vedette d’une grande scène, fusillade. Cette fusillade réveille l’endormi. Le dessein parodique de l’auteur [également directeur du théâtre] est visiblement manqué. » Larousse mensuel illustré, janvier 1931 (période du 15 novembre au 14 décembre 1930). Et aussi dans Le Journal, 26 décembre 1930, Le Matin, 29 novembre 1930, Paris-Soir, même date, L’Œuvre, même date, Paris-Midi, 30 novembre 1930, Figaro, même date, Le Petit Parisien, même date, Les Hommes du jour, 1er décembre 1930, et La Semaine à Paris, 5 décembre 1930. D’après un programme du théâtre Fontaine de 1931, extrait d’un Recueil factice d’articles et programmes concernant les représentations données par des acteurs anglais ou des troupes anglaises à Paris (BnF), Léo Berryer dut abandonner la pièce après 50 représentations pour raisons de santé et céda son théâtre à Henri Lesieur. ↩︎
On me demande parfois des conseils pour améliorer son écriture. Je ne suis pas écrivain, alors je ne vous dirai pas comment composer un roman. Mais, après trente bonnes années de correction, j’ai une certaine idée de ce qui rend un texte agréable et facile à lire.
On répète souvent qu’on apprend à écrire en lisant. Cela fournit des modèles, en effet, à condition de bien les choisir — la qualité prime la quantité. Et surtout d’y prendre du plaisir. Quand on aime lire, on ne compte pas ses pages ni le nombre de livres lus par an. On lit.
Mais regarder des matchs de tennis ne fabrique pas des joueurs émérites. De même que le manche d’une raquette, il faut un jour empoigner un stylo (ou se mettre au clavier). C’est évidemment la pratique quotidienne qui est le plus profitable. Depuis cinq ans, j’écris chaque jour, à la fois sur mon blog et sur les réseaux sociaux — mine de rien, cela représente beaucoup de texte. Et j’estime avoir beaucoup progressé, à la fois en aisance rédactionnelle et en correction.
Ne pas attendre, non plus, d’être touché par la grâce. « L’inspiration, c’est une invention des gens qui n’ont jamais rien créé » (Jean Anouilh). On ne le sait pas avant de s’y mettre, mais plus on écrit, plus les idées viennent (et il vaut mieux les noter !). On prend l’habitude de les exprimer, de les mettre en forme, cela devient un joyeux réflexe.
Enfin, on peut aussi gagner du temps en étudiant les outils de l’écrivain. On les appelle les « techniques du style ». Je recommande le livre de Jean Kokelberg (voir la fiche de l’éditeur). Il existe bien d’autres ouvrages de ce genre, mais, de ceux que j’ai lus, c’est celui qui m’a le plus apporté.
Y a-t-il une différence de nature entre, d’une part, les caractères supérieurs employés dans les abréviations (comme Mlle) et dans les appels de note (1) et, d’autre part, les lettres ou chiffres mis en exposant (ou en indice) dans les mesures (km2) ou les formules mathématiques (x2) ?
Tout le monde ne se lève pas le matin avec cette question en tête, mais elle apparaît dans quelques rares forums, aujourd’hui datés d’une vingtaine d’années1.
Des termes à distinguer
Jean-Pierre Lacroux (1947-2002) distinguait fermement les termes exposant et supérieur :
Les éditeurs et les traducteurs de logiciels feignent de l’ignorer mais les typographes français ont un vocabulaire respectable. Ils ne connaissent ni exposant ni indice, mais des lettres, des chiffres, des signes supérieurs ou inférieurs. Les exposants des mathématiciens se composent en caractères supérieurs, les indices en caractères inférieurs2.
Cependant, le terme en exposant est couramment employé pour désigner le placement d’un signe « en haut et à droite du signe (lettre, chiffre) auquel [il] se rapporte3 ». Et ce n’est pas d’hier. Pour ne donner qu’un exemple, dans sa Grammaire typographique (4e éd., 1989), Aurel Ramat (1926-2017) emploie bien le terme de « lettres supérieures », mais le signe de correction correspondant, il l’appelle « exposant ».
Signe de correction « exposant » dans la Grammaire typographique d’Aurel Ramat, 3e éd., 1989, p. 26.
Formes et emplois différents
La distinction à opérer est clairement exprimée par le Guide du typographe (20154) :
Les exposants, ou les indices, sont des chiffres ou des lettres surélevés, respectivement abaissés, par rapport à la ligne de base, utilisés en mathématiques, où ils peuvent être du même corps que le texte de base, ou en chimie où ils sont généralement d’un corps plus petit.
En comparaison, les lettres et chiffres supérieurs :
sont utilisés dans le texte comme appel[s] de notes ou comme ordinaux. Ils […] différent [des exposants et indices] par un dessin spécifique et ce ne sont pas que des lettres réduites. Toutes les fontes n’en sont pas pourvues et parfois il faut se résoudre à utiliser les exposants ou les indices à leur place, voire les lettres de base en les parangonnant (c’est-à-dire en les élevant ou en les abaissant par rapport à la ligne de base), en diminuant leur corps et en augmentant leur graisse pour qu’ils ne paraissent pas trop malingres à ces petites tailles.
Ce problème existait déjà à l’époque du plomb. Émile Desormes (1850-19..) définit les lettres ou chiffres supérieurs comme « les exposants algébriques dont on use généralement pour les appels de notes […]5 ». On composait avec les moyens du bord.
Un peu d’histoire
Les lettres supérieures étaient « fondues sur le corps du caractère employé » (Daupeley-Gouverneur, 18806) et présentes dans la casse parisienne (en nombre limité).
Patrick Bideault et Jacques André expliquent :
[…] On trouve de telles « supérieures » dans les casses d’imprimeurs dès le xviie siècle. Par ailleurs, dès le début du xvie siècle, les appels de note sont marqués par des signes supérieurs comme « * », « a » « † », etc. Vers 1750, Fournier propose 4 (vraies) supérieures (aers) ; la casse parisienne, qui a duré en gros de 1850 à 1950, en comptait 8, appelées roselmit 7 ou eilmorst selon l’ordre de rangement dans les casses ; en 1934, Brossard en énumère 16 différents (a c d e f g h i k l m n o r s t) dans une police standard – elles suffisaient pour les abréviations courantes8.
Casse parisienne. Dans le rang du haut, à droite, on voit les lettres supérieures e i l m o r s t. Émile Desormes, Notions de typographie à l’usage des écoles professionnelles, 3e éd., 1895, p. 3.
On notera cependant qu’il manque toujours le g pour Mgr et le v pour Vve. Or, ces abréviations sont bien composées avec des lettres finales supérieures dans les manuels typographiques du xixe siècle. Puisait-on celles-ci dans les casses réservées aux travaux scientifiques ? ou les commandait-on spécialement ? Je l’ignore. Cela devait sans doute dépendre des ateliers.
Henri Fournier (1800-1888) explique que les lettres supérieures :
[…] ne servent ordinairement que comme signes d’abréviation. Les plus usitées sont l’e, l’o, le r et le s ; et, à moins d’une matière spéciale, il n’y en a que d’un petit nombre de sortes qui fassent partie des fontes. Les autres ne sont en usage que pour les ouvrages scientifiques, et elles se commandent particulièrement pour des cas semblables9.
Les chiffres supérieurs, eux, n’existaient pas dans la casse. Ils « […] ne sont d’habitude fondus que sur commande spéciale, de même que les chiffres inférieurs, usités dans certains travaux algébriques » (Daupeley-Gouverneur, op. cit.). C’est pourquoi on était obligé de « bricoler » au plomb comme aujourd’hui sur ordinateur.
Quelle taille ? quelle position ?
La taille des signes supérieurs ou en exposant n’est jamais précisée dans les sources, anciennes ou modernes, que j’ai consultées. « Petit œil », « moindre corps », « caractères plus petits » sont les seules indications données. Cependant, James Felici (200310) décrit les caractères supérieurs « spécialement dessinés » comme ayant une taille « de 30 à 50 % inférieure à celle des caractères “normaux” ».
Quant à la position verticale respective des uns et des autres, c’est encore Felici qui en informe le plus clairement : idéalement, les signes supérieurs devraient être alignés par rapport au haut des jambages supérieurs11, alors que les exposants devraient être centrés par rapport à lui.
Position idéale d’un chiffre supérieur et d’un exposant, selon Felici (2003). Exemple réalisé avec InDesign et la police Minion Pro.
Divergences esthétiques
Les vrais caractères supérieurs ne sont disponibles que dans les polices OpenType. Pour certains, comme la typographe et graphiste Muriel Paris, « la tricherie proposée par les applications est tout à fait acceptable12 ». Pour d’autres, comme Felici, l’œil de ces lettres obtenues par réduction homothétique n’estpas assez gras (sur la notion d’œil, voir mon article).
C’était notamment l’avis de Lacroux (op. cit.) :
Il vaut mieux employer les « vraies » lettres supérieures, dont le dessin devrait — en principe… — offrir des corrections optiques […], mais rares sont ceux qui perdent leur temps à aller pêcher de vraies lettres supérieures dans les polices « expert ». Dans quelques années, quand les polices auront enfin acquis une saine corpulence et les logiciels de bons réflexes, la situation s’améliorera…
Contraintes techniques actuelles
Comparons les supérieures imprimées dans le manuel de Daniel Auger (197613), alors professeur à l’école Estienne, aux caractères en « exposant/supérieur14 » calculés par le logiciel Adobe InDesign15 puis aux supérieures accessibles dans les polices OpenType (ici, Minion Pro) :
À gauche, les supérieures traditionnelles (Auger, 1976) ; à droite, les supérieures calculées par InDesign suivies de celles de la police expert Minion Pro.
Si les supérieures calculées paraissent, en effet, « acceptables », elles sont « très ténu[e]s » (Felici). Les supérieures expert, elles, sont plus proches du modèle traditionnel.
Si l’on ne dispose pas de ces dernières, on peut créer les siennes (ou demander au graphiste de le faire), avec des lettres d’un corps 30 à 50 % inférieur au corps courant, dans une variante semi-grasse, décalées à la bonne hauteur. Pour InDesign, voir « Création d’un jeu de glyphes personnalisé » dans l’aide en ligne.
Dans un contexte où la production de documents, souvent destinés à la fois à l’impression et à la diffusion numérique, favorise la vitesse d’exécution, il n’est pas toujours aisé au correcteur d’imposer la distinction entre supérieur et exposant. Mais, dans l’édition soignée, il a plus de chances de faire valoir son point de vue.
« Exposant », Orthotypographie, en ligne. Consulté le 31 mars 2024. ↩︎
Dictionnaire encyclopédique du livre, III, Pascal Fouché, Daniel Péchoin et Philippe Schuwer (dir.), Paris : éd. du Cercle de la librairie, 2011, p. 785. ↩︎
Groupe de Lausanne de l’Association suisse des typographes (AST), 7e éd., p. 238. ↩︎
Notions de typographie à l’usage des écoles professionnelles, 3e éd., Paris : École professionnelle Gutenberg, 1895, p. 3. ↩︎
Le Compositeur et le Correcteur typographes, Paris : Rouvier et Logeat, p. 33. ↩︎
« Cette énumération lue comme un acronyme (les roselmit) est devenue un synonyme, aujourd’hui vieilli, de lettres supérieures. » — Dictionnaire encyclopédique du livre, op. cit.↩︎
Préparation de la copie et correction des épreuves, Paris : INIAG, p. 146. ↩︎
Adobe InDesign confond les deux modes de calcul, contrairement à QuarkPress. Voir la description de la « zone Exposant » et celle de la « zone Supérieur » dans le Guide QuarkPress en ligne. Consulté le 31 mars 2024. ↩︎
Depuis vingt ans, c’est le logiciel de PAO le plus utilisé. ↩︎
Un serveur dédié est un serveur informatique mis à la disposition d’un seul client, ou disponible pour la réalisation d’un service ou d’une tâche. Photo de Sergei Starostin, Pexels.
Sous l’influence de l’anglais dedicated, le participe passé dédié à et l’adjectif dédié se sont diffusés chez nous. Un participant à un forum en a réuni quelques exemples dès 2008 :
[…] une entreprise qui se vante d’avoir des employés dédiés et compétents, un personnel dédié à la fabrication et à l’assemblage de pièces, la création d’un fonds dédié à des causes humanitaires, des ressources humaines et financières dédiées à un projet, un salon dédié aux professionnels de la vente, un forum dédié à la politique, un institut dédié à la recherche médicale, un magazine dédié aux adolescents, un hôpital dédié à la pratique exclusive d’un type de chirurgie, une association dédiée à la protection des animaux, un service de transport dédié à une clientèle touristique, un festival dédié à la danse créative, etc.
Le site La Langue française résume bien la situation :
Apparu depuis le début des années 2000, l’usage abusif du participe passé « dédié à » et de « dédié » en tant qu’adjectif s’est progressivement répandu avec une très forte accélération ces dernières années. On le retrouve fréquemment à la radio, dans la presse écrite, ou sur les sites internet des administrations, des entreprises, des associations, etc.
Cela a d’abord concerné l’électronique et l’informatique. Voir l’entrée du Grand Robert :
Anglic. (électron., inform.). Réservé et affecté à un usage particulier. « La plupart des fournisseurs, y compris les prestataires sans abonnement, réservent à leurs abonnés un espace dédié à leurs propres publications » (le Monde, 17 nov. 1999, p. 3). — (Sans compl.). Un équipement dédié, conçu pour un type d’utilisation.
En parlant d’un système informatique, être confiné à un ensemble de tâches fixé à l’avance.
La Vitrine linguistique conclut :
[…] ce sens est aujourd’hui enregistré dans les dictionnaires et il semble qu’il soit maintenant trop tard pour éviter l’emprunt dans ce domaine.
Sur son blog, Forator parle de « mutation sémantique ». En effet, rappelons qu’en français, dédier, c’est (selon l’Académie) :
RELIGION. Consacrer au culte divin. Dédier un autel, une église. Spécialement. Mettre sous l’invocation d’une divinité, d’un saint. Un temple dédié à Apollon.Une chapelle dédiée à la Vierge.
Mettre une œuvre sous le patronage de quelqu’un par une épître liminaire ou par une inscription. Un ouvrage dédié au roi.Il lui a dédié cette gravure.
Faire hommage d’une œuvre à quelqu’un en imprimant son nom en tête de l’ouvrage. Dédier son livre à un maître, à un ami.
Fig. et litt. Consacrer. Dédier sa vie à la poésie, à la science. Dédier ses efforts au relèvement de la patrie.
L’adjectif dédié n’existait pas.
Des solutions
Remplacer dédié à par consacré à et dédié par spécifique — ce sont généralement les premières idées qui me viennent — suffit rarement. Pour les correcteurs en panne d’inspiration (dont je suis souvent), j’ai réuni ici, en vrac, d’autres solutions. Je laisse à chacun le soin de choisir celle qui convient au cas qui l’occupe.
Pour exprimer la spécificité
(entièrement/exclusivement) réservé à / destiné à / affecté à dévolu à / voué à / spécialisé dans / prévu pour ad hoc, spécialement adapté/conçu/constitué/créé pour spécialisé, exclusif pour, à l’intention de, sur, ayant pour but de approprié, attitré, personnel spécialement chargé de, spécial réservé à un usage particulier / à cet usage / à cet effet qui sert / peut servir uniquement/exclusivement à qui ne sert qu’à / qui ne sert à rien d’autre à usage unique / mono-usage dont c’est le travail/l’utilité/l’objet/l’objectif… unique/exclusif (sommes) allouées pour / attribuées pour / accordées pour
Pour un service ou une personne
NB — Dédié appliqué aux personnes est un usage québécois (critiqué aussi là-bas), encore peu répandu en France.
dévoué, zélé, consciencieux, sérieux enthousiaste, convaincu chargé uniquement/exclusivement de / qui ne fait que qui ne fait / ne s’occupe / n’est chargé de rien d’autre dont c’est l’unique tâche/responsabilité à plein temps (qui ne fait rien d’autre) libre de toute autre attribution/fonction/responsabilité qui se consacre exclusivement à / s’occupe exclusivement de / qui consacre tout son temps à / axé exclusivement sur qui sert uniquement à / qui a pour unique mission/tâche/utilité/fonction… de dont les (grandes) valeurs sont qui a fait le vœu de / a promis / s’est promis de / s’est engagé à / qui se consacre / est voué à qui s’occupe uniquement de / s’intéresse exclusivement à consacré/affecté (uniquement/exclusivement) à qui travaille uniquement/exclusivement pour dont les activités portent (essentiellement/principalement/exclusivement) sur décidé/résolu/déterminé à
Enfin, notons que dédiéà est parfois tout simplement inutile : Un espace dédié à l’accueil est un espaced’accueil. Un espace dédié à l’exposition de toiles de Picasso est un espaceoù sont exposées des toiles de Picasso.
Vous êtes correcteur, rewriter, biographe ou autre. Un client vous a transmis un fichier contenant des dialogues mis en forme avec des listes automatiques. Horreur ! il va falloir tout reprendre à la main.
C’est ce que, longtemps, nous avons été nombreux à penser.
Mais j’ai trouvé la solution : il faut copier la liste (ou l’ensemble du texte) puis demander un « Collage spécial » avec l’option « Texte sans mise en forme ». Le résultat garde les tirets et les tabulations. Il ne reste plus qu’à les chercher/remplacer.
Voici les caractères spéciaux à employer pour remplacer les tabulations par des espaces insécables : – tabulation = ^t – espace insécable = ^s
Étape du remplacement des tabulations par des espaces insécables.
C’est sur cette page que j’ai trouvé de quoi nous tirer d’embarras.
Attention, si le texte copié contenait d’autres enrichissements (italique, gras, etc.), il devrait les perdre aussi. Il faudra donc comparer le texte de départ à celui d’arrivée.
Aujourd’hui, nombre de correcteurs travaillent sur écran. Photo Kiyun Lee. Utilisation gratuite sous licence Unsplash.
Ma participation à plusieurs groupes de discussion entre correcteurs m’a fait remarquer qu’un terme y revenait fréquemment : « maisons d’édition ». Il est même parfois uniquement question de relecture de romans, voire de romans de genre. Cela s’explique en partie par la féminisation du métier (voir mon article), par la formation littéraire de nombre de correctrices, filière elle-même majoritairement féminine1, et par le fait que le roman est, depuis le xixe siècle, le genre littéraire dominant.
Or, notre champ d’intervention ne s’arrête pas aux frontières de la littérature. D’abord, les maisons d’édition publient aussi de la « non-fiction ». Livres de sciences humaines (histoire, géographie, philosophie, psychologie, sociologie, science politique) et de sciences exactes, biographies, témoignages, récits, beaux livres, ouvrages pratiques, etc.
La presse nous emploie aussi, certes moins souvent qu’avant, mais il reste des « places » à prendre, ne serait-ce qu’en tant qu’indépendant.
La communication a également besoin de nous : on peut collaborer avec des agences ou travailler directement pour les entreprises et les organismes.
Bien sûr, aujourd’hui, les textes relus peuvent être destinés à l’impression ou à une diffusion numérique.
Pour ma part, outre les maisons d’édition2, j’ai réalisé des missions de correction pour des magazines et revues (Beaux Arts, Grande Galerie du Louvre, La Lettre du musicien, Archéopages de l’Inrap…), nombre d’agences de communication ou de graphisme (presse généraliste ou spécialisée, magazines d’entreprise), des associations (comme Sidaction), une fédération professionnelle (celle du bâtiment), une administration territoriale (le conseil départemental de Loir-et-Cher) et une entreprise (Securitas).
Les discussions avec d’autres consœurs et confrères m’ont révélé une activité de correction dans le sous-titrage vidéo, les supports de cours, les jeux télévisés, les jeux vidéo, les jeux de rôle et autres jeux de société.
À l’heure où faire sa place sur le marché est si difficile pour les nouveaux venus, il serait dommage de négliger ces nombreuses pistes.
« À l’université, elles [les femmes] sont sept sur dix dans les filières Langues, lettres et sciences humaines. » — « La parité dans l’enseignement supérieur », État de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en France, n° 16, ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, chiffres de 2021. ↩︎
Si vous êtes sensible à la grammaire — je suppose que la plupart de mes lecteurs le sont —, sans doute avez-vous remarqué, dans les journaux, à la radio ou à la télévision, que certains locuteurs ou auteurs emploient systématiquement participer de.
Ils semblent voir cette association verbe + préposition comme l’équivalent formel de participer à. Or, c’est inexact : si participer de relève bien de la langue soignée ou littéraire, les deux formes n’ont pas le même sens. L’Académie est formelle :
Le sens du verbe variera […] selon qu’il sera suivi de la préposition à ou de la préposition de. Participer à signifie « prendre part à une activité donnée », alors que participer de signifie « avoir une similitude de nature avec, relever de ». On se gardera bien de confondre ces différents sens.
Un échange de mails avec un lecteur de mon blog m’a fait découvrir l’existence d’un « tiret trois quarts de cadratin ». C’est peut-être un détail pour vous… (surtout si vous ne connaissez que le « tiret du 6 »). Pour moi, c’est une sorte d’hapax typographique. Ou un objet typographique mal identifié. Car je n’en avais jamais entendu parler !
Illustration tirée de la lettre de Jean Méron (2012), montrant les tirets de différentes longueurs, dont notre tiret trois quarts de cadratin, en rouge.
La chose aurait été employée à la fin du xixe siècle par l’Imprimerie nationale ou, du moins, elle en disposait dans ses casses1. Le chercheur Jean Méron2 l’évoque dans une lettre de 2012 (PDF). Il l’aurait lui-même découvert dans le Manuel à l’usage des élèves compositeurs (1887) de Jules Jouvin, sous-prote de la grande maison. Cet épais volume est l’ancêtre du Lexique des règles en usage à l’Imprimerie nationale3.
L’aspect cocasse de ma recherche, c’est que l’exemplaire de la BnF, reproduit sur Gallica, s’arrête à la page 34, alors que le tiret trois quarts de cadratin est mentionné, selon Jean Méron, aux pages 433-434. Heureusement, grâce à la diligence du service du patrimoine des Méjanes, les bibliothèques d’Aix-en-Provence, qui possèdent un exemplaire complet (460 pages), j’ai obtenu en quelques heures les deux pages en question.
L’ouvrage se termine en effet par une liste de vocabulaire, où l’on trouve le texte suivant :
MOINS, tiret long qui ordinairement sert à séparer des phrases ou à remplacer des mots qu’on juge inutile de répéter. Ainsi nommé parce qu’il a la force du moins employé en algèbre. Il existe des moins sur cadratin, sur demi-cadratin et sur trois quarts de cadratin.
Je rappelle que le cadratin est une unité de mesure de longueur correspondant à celle d’un M et de son approche. « Sur cadratin » doit être compris comme « fondu sur (un bloc d’un) cadratin », c’est-à-dire ayant la chasse d’un cadratin.
Eh bien, figurez-vous que le tiret trois quarts de cadratin, absent de tous les manuels typographiques que j’ai consultés dans ma vie, existe depuis 1993 dans l’Unicode (système de codage de caractères utilisé par les ordinateurs pour le stockage et l’échange de données textuelles), où il porte le nom de « barre horizontale » et le numéro U+2015.
En code HTML, on peut donc l’obtenir avec ― (mais aussi avec &horbar ou ―). Ce qui donne ceci (je l’ai entouré de ses cousins et lui ai appliqué la couleur rose).
— ― – -
On vit dans un monde incroyable : on ne peut pas employer les espaces fines où l’on veut, ni même les espaces insécables — si les codes existent, nombre de programmes, en particulier sur le Web, ne se soucient pas de les interpréter correctement4 —, mais il existe un numéro d’Unicode pour un tiret inconnu de tous. Cela signifie que quelqu’un le connaissait et a estimé utile de lui assurer un avenir. Mais qui ?
Précisons toutefois que la dernière version de l’Unicode contient 149 813 caractères et que la catégorie « Ponctuation de type tiret5 », à elle seule, contient 25 entrées, dont les tirets double et triple cadratin, tout aussi inconnus de la tradition.
Et que viendrait faire ce tiret entre son cousin demi-cadratin et son autre cousin cadratin ? (Le trait d’union mesurant un quart de cadratin.) D’après le site Dispoclavier.com6, il aurait pour fonction d’indiquer un changement d’interlocuteur dans les dialogues ou d’introduire une citation (je n’ai pas trouvé trace de ce dernier usage, mais on peut le concevoir), en concurrence avec ses cousins. Son utilité est donc toute relative, mais abondance de biens ne nuit pas.
Dans un précédent article, j’avais évoqué une guéguerre opposant, par ouvrages interposés, deux correcteurs à propos du tiret long.
Avec le tiret trois quarts de cadratin7, je termine le tour de la famille.
Allez, non, un petit dernier pour la route : James Felici (2003) signale aux graphistes les plus pointus :
Le quatrième type de tiret, le tiret numérique, est disponible uniquement dans quelques rares polices. En principe, il possède la longueur du trait d’union, mais il est plus maigre et placé plus haut ; on l’utilise de préférence pour indiquer des plages de chiffres8.
Là, la famille devrait être au complet.
Aujourd’hui, dans son tableau des signes de ponctuation (p. 149), le Lexique ne montre qu’un « tiret (moins) », qui a la longueur d’un cadratin, alors que tout le texte du livre emploie le tiret demi-cadratin. Certains observateurs n’ont pas manqué de le souligner défavorablement. ↩︎
La seule autre mention que je trouve, à ce jour, de la longueur « trois quarts de cadratin », c’est à propos des espaces dans le Traité de la typographie d’Henri Fournier (3e éd., 1870, p. 110) : « Les espaces équivalentes à trois quarts de cadratin sont les plus fortes dont on doive se servir pour une justification ordinaire. » Règle répétée, une seule fois, dans La Typologie-Tucker du 15 août 1886 (n° 194, vol. 4, p. 524). ↩︎
Le Manuel complet de typographie, Peachpit Press, 2003, p. 204. ↩︎
Les passionnés de typographie connaissent les articles de Jean Méron, chercheur indépendant. Son site n’avait pas été mis à jour depuis février 2021.
Né en 1948, il est mort le 18 janvier 2022, à l’âge de 73 ans.
C’est la liste de diffusion Typographie de l’Inria, dont il était membre, qui l’a annoncé, dans un message du 3 janvier 2023, que je n’ai découvert qu’aujourd’hui :
Grand polémiqueur devant l’Éternel, Jean Méron nous a quittés sur la pointe des pieds après un dernier combat contre la mérule1… Les membres de cette liste se souviennent des discussions homériques qui épiçaient les fils…
Érudit touche-à-tout, Jean s’était illustré par une abondante littérature sur la typographie, son histoire et sur le foisonnement de ses règles parfois contradictoires. Après des études en psychologie, il explore la composition et le bien écrire, sujets, qu’à son habitude, il approfondira jusqu’à les épuiser. Il n’écrira, en revanche, jamais, la grammaire raisonnée dont il rêvait, comme tant d’autres…
Ses derniers mois, il les passa comme conseiller municipal dans sa commune de Guémené-sur-Scorff [Morbihan] et quelques photos nous le montrent, presque hilare, lors des réunions politiques. Jean est parti en janvier 2022, et c’est en raison d’un long silence inhabituel dont nous cherchâmes le motif, que nous apprîmes la nouvelle.