“Avant que j’oublie”, d’Anne Pauly

Anne Pauly, Avant que j'oublie, prix Livre Inter 2020

Pre­mier roman, excellent, d’une secré­taire de rédac­tion et cor­rec­trice, métier qui ne l’empêche pas de prendre des liber­tés – créa­tives – avec la ponc­tua­tion et, bien sûr, avec la langue. L’au­trice m’a séduit et ému. Ce récit d’un deuil est plein de vie. Ci-des­sous, le seul pas­sage où elle évoque sa situa­tion pro­fes­sion­nelle, « à Issy-les-Mou­li­neaux, du nine to five sans congés ni RTT payé en droits d’au­teur » (p. 92).

Le len­de­main, il m’a télé­pho­né vers 15 heures. C’é­tait pas nor­mal qu’il m’ap­pelle en pleine après-midi. Mes col­lègues étaient au cou­rant de la situa­tion mais  l’af­faire ne les concer­nait pas direc­te­ment, cha­cun vaquait, casque sur les oreilles, à ses occu­pa­tions. Je ne vou­lais pas débal­ler mon cha­grin en plein open space. Ma fonc­tion, subal­terne, qui consis­tait à édi­ter des papiers sur des drames fami­liaux et des dis­pa­ri­tions mys­té­rieuses, et que venaient régu­liè­re­ment ponc­tuer des pages « Vie pra­tique », me ran­geait déjà, dans cette entre­prise pour­tant « fami­liale », du côté des inca­pables et des pas­sifs. Une crise de larmes inopi­née, même jus­ti­fiée, m’au­rait fait perdre le peu de cré­dit que j’a­vais gagné à m’é­ner­ver sur le bon emploi des adverbes et des points-vir­gules. J’ai sau­ve­gar­dé les pré­cieuses cor­rec­tions effec­tuées sur « Cinq astuces pour un chat en bonne san­té » et j’ai cou­ru dans les toi­lettes pour pou­voir décro­cher à temps. […]

Anne Pau­ly, Avant que j’ou­blie, Ver­dier, 2019, p. 68–69.

Synonymes imparfaits

Syno­nyme ne signi­fie pas « de même sens » mais « de même nom ».

Le Dic­tion­naire his­to­rique de la langue fran­çaise d’A­lain Rey (éd. Le Robert) nous éclaire (j’ai rac­cour­ci la notule) :

Le mot syno­nyme est emprun­té au bas latin gram­ma­ti­cal syno­ny­mum, ce der­nier repre­nant le grec sunô­nu­mos « de même nom que ». Chez Aris­tote, la notion concerne des noms dont le sens est lié par un genre com­mun, mais qui ont des sens dif­fé­rents ; ain­si, vert et rouge par rap­port à cou­leur.

À l’é­poque clas­sique et sur­tout à par­tir du xviiie siècle, la notion, par refus de l’ap­proxi­ma­tion et du cumul, évo­lue vers l’idée moderne de « mot de même sens qu’un autre, mais pou­vant dif­fé­rer par un autre aspect : conno­ta­tions, valeur expres­sive, etc. ».

Les défi­ni­tions que les prin­ci­paux dic­tion­naires donnent du mot syno­nyme prennent en compte, diver­se­ment, le fait que les syno­nymes ne sont jamais par­faits :

Le Petit Robert : « Se dit de mots ou d’ex­pres­sions qui ont une signi­fi­ca­tion très voi­sine et, à la limite, le même sens. »

Larousse : « Se dit de termes que l’on peut sub­sti­tuer l’un à l’autre dans un énon­cé sans chan­ger le sens de celui-ci. »

Le Robert ajoute :

Les syno­nymes par­faits n’existent qu’abs­trai­te­ment, hors usage. […] Syno­nymes dis­tin­gués par une dif­fé­rence d’in­ten­si­té (fati­gué, épui­sé ; aimer, ado­rer), d’emploi ou d’af­fec­ta­tion (salaire, trai­te­ment, appoin­te­ments), de niveau social ou sty­lis­tique (ennuyer, embê­ter voi­ture, bagnole). Syno­nymes par­tiels (maga­zine, syno­nyme de revue, seule­ment quand ce mot désigne un pério­dique).

« des syno­nymes comme redou­ter, craindre, avoir peur n’ont de valeur propre que par leur oppo­si­tion ; si redou­ter n’exis­tait pas, tout son conte­nu irait à ses concur­rents » (Saus­sure).

© 2019 Dic­tion­naires Le Robert – Le Petit Robert de la langue fran­çaise

☞ Voir aus­si Com­ment trou­ver le mot juste

Espacement de la ponctuation en français

Pour mon métier, j’ai lu quan­ti­té de manuels de typo­gra­phie, et jamais je n’ai lu d’ex­pli­ca­tion sur l’o­ri­gine de l’es­pa­ce­ment des signes de ponc­tua­tion. Ce que décrivent les codes typo­gra­phiques est sim­ple­ment l’état actuel de l’u­sage fran­çais.

Mais il a varié, comme on peut le com­prendre ici ou là.

« Jadis, la vir­gule était pré­cé­dée d”“une” espace. Cette règle est tom­bée en désué­tude », nous dit Jacques Drillon1.

Cette évo­lu­tion est détaillée par Jean-Pierre Lacroux :

Les anciens typo­graphes étaient plus souples que les modernes. Ils savaient jouer avec les espaces liées à la ponc­tua­tion.

Lefevre 1883 : « On met une espace d’un point avant la vir­gule, le point-vir­gule, le point d’exclamation et le point d’interrogation, si la ligne où ils se trouvent est espa­cée ordi­nai­re­ment ; mais si elle est plus ser­rée, on se dis­pense d’en mettre avant la vir­gule, sur­tout lorsqu’elle est pré­cé­dée d’une lettre de forme ronde. Le contraire a lieu, c’est-à-dire que l’on peut aug­men­ter l’espace d’un demi-point avant ces diverses ponc­tua­tions, et sur­tout avant les points d’exclamation et d’interrogation, si la ligne est espa­cée plus lar­ge­ment. On ne met pas d’espace avant le point qui ter­mine une phrase, ni avant le point abré­via­tif, ni avant les points sus­pen­sifs. »

La vir­gule a per­du son espace éven­tuelle. Resquies­cat in pace ! En revanche, rien n’interdit de conti­nuer à faire varier les espaces qui pré­cèdent le point-vir­gule, le point d’exclamation et le point d’interrogation. Aujourd’hui, rares sont les com­po­si­teurs qui se donnent la peine de modi­fier au coup par coup les espaces insé­cables fixes qui pré­cèdent la ponc­tua­tion haute. Dom­mage, car de très légères modi­fi­ca­tions — qua­si imper­cep­tibles — peuvent éli­mi­ner des cou­pures ou amé­lio­rer l’espace jus­ti­fiante d’une ligne don­née.

L’ar­ri­vée de l’in­for­ma­tique dans l’é­di­tion a sim­pli­fié les usages ; celle d’In­ter­net les a bous­cu­lés, comme le note Jean-Pierre Coli­gnon :

Comme le point d’in­ter­ro­ga­tion, le point d’ex­cla­ma­tion doit, en prin­cipe, être pré­cé­dé d’une espace fine et sui­vi d’une espace forte. Dans la réa­li­té, si le second espa­ce­ment est res­pec­té, l’es­pace fine, elle, dis­pa­raît sou­vent, ou bien cède la place à une espace plus ou moins moyenne, en fonc­tion des blancs à répar­tir dans la ligne par la per­sonne, écri­vain, jour­na­liste, secré­taire d’é­di­tion, secré­taire de rédac­tion, qui fait la sai­sie du texte2.

Les com­po­si­teurs de texte « à l’an­cienne » ayant qua­si­ment dis­pa­ru, bien peu de pro­fes­sion­nels de l’é­di­tion ont connais­sance de règles comme celle édic­tée par Charles Gou­riou :

Le point-vir­gule (;), le point d’ex­cla­ma­tion (!) et le point d’in­ter­ro­ga­tion (?) sont sépa­rés du mot pré­cé­dent par une espace variable selon les corps et les carac­tères : elle est de 2 points au moins (on peut se régler sur 1/3 de cadra­tin)3.

(On note­ra qu’il pour­rait y avoir débat entre Coli­gnon et Gou­riou, car une espace fine fait un point (Lacroux), alors que « 2 points au moins » est « une espace plus ou moins moyenne ».)

N.B. : Comme il n’existe pas un code typo­gra­phique unique auquel se réfé­rer, l’es­pa­ce­ment de la ponc­tua­tion peut varier, même entre pro­fes­sion­nels. Par exemple, cer­tains font pré­cé­der le deux-points d’une espace forte (règle la plus cou­rante en France) ; d’autres pré­fèrent une fine, notam­ment les Belges et les Suisses.

☞ Voir aus­si Qui crée les codes typo­gra­phiques ?


Des fautes dans le dictionnaire ?

Le Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise contient une « erreur » célèbre depuis sa 8e édi­tion (1935) : nénu­phar. Le ph ne se jus­ti­fie pas éty­mo­lo­gi­que­ment, le mot venant de l’a­rabe nînû­far. Les sept édi­tions pré­cé­dentes l’é­cri­vaient nénu­far – comme l’ont fait Bal­zac et Proust. Depuis 1990, la gra­phie nénu­far est à nou­veau admise par l’A­ca­dé­mie.

Faute d’or­tho­graphe et dic­tion­naire sont deux notions qu’il faut abso­lu­ment dis­cu­ter en avant-pro­pos.

L’or­tho­graphe fran­çaise n’a été « fixée » qu’au xviie siècle et n’a, mal­gré tout, jamais ces­sé d’é­vo­luer. L’a­ga­ce­ment devant le non-res­pect de l’or­tho­graphe ne com­mence vrai­ment qu’au xixe siècle et il faut attendre 1936 pour que Paul Valé­ry écrive : « L’or­tho­graphe est deve­nue le cri­té­rium de la belle édu­ca­tion1. »

Dic­tion­naire, lui, est un mot géné­rique qui recouvre des réa­li­tés variées : dic­tion­naire de langue ou ency­clo­pé­dique, géné­ral ou spé­cia­li­sé, mono­lingue ou bilingue, d’ap­pren­tis­sage, etc., le tout avec des qua­li­tés variables, car les grandes mai­sons d’é­di­tion comme Le Robert et Larousse ne sont pas seules sur le mar­ché.

Comme toute entre­prise humaine, un dic­tion­naire ne peut être par­fait. Même rédi­gé et cor­ri­gé par les mai­sons d’é­di­tion pré­ci­tées, il contient ici ou là une erreur, au moins une inco­hé­rence.

Les inco­hé­rences se retrouvent aus­si entre les dif­fé­rents dic­tion­naires, les lexi­co­graphes fai­sant des choix, non seule­ment de mots, mais aus­si d’or­tho­graphe. Depuis 1990, notam­ment, les rec­ti­fi­ca­tions ortho­gra­phiques sont trai­tées dif­fé­rem­ment d’une mai­son à l’autre :

Ain­si quand pour paraître et abîme, les lexi­co­graphes du Dic­tion­naire Hachette pro­posent la variante sans accent cir­con­flexe, dans le même temps en 2005, il n’en est pas fait men­tion dans le Petit Robert et le Petit Larousse (Pru­vost, 2006, p. 168).

Jean Pru­vost rap­pelle aus­si que :

[…] dans le Petit Larousse 2006, on pro­po­sait faseyer, fasier ou fasiller « en par­lant d’une voile », ou encore fakir ou faquir, autant de variantes qui ont dis­pa­ru, seule la pre­mière forme ayant sur­vé­cu (p. 167).

« Vicieu­se­ment », Pru­vost évoque dans un autre ouvrage2 les pre­miers dic­tion­naires de réfé­rence pour l’or­tho­graphe fran­çaise, celui de Riche­let (1680) et celui de Fure­tière (1690).

Riche­let écrit orto­graphe et orto­gra­phïe, tan­dis que Fure­tière défi­nit ortho­gra­phier comme « Escrire cor­rec­te­ment, & selon les loix de la Gram­maire ».

C’é­tait l’é­poque où l’or­tho­graphe offi­cielle res­sem­blait à cela :

Début de la pré­face de la pre­mière édi­tion du Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise (1694).

Poin­ter telle ou telle faute d’or­tho­graphe dans un dic­tion­naire contem­po­rain n’au­rait donc pas beau­coup d’in­té­rêt, « chaque période de l’his­toire moderne [ayant] son ortho­graphe » (Pru­vost, 2014, p. 354).


Ce français qui n’en finit plus de mourir

Toute langue vivante évo­lue constam­ment. Le fran­çais ne fait pas excep­tion. Ses chan­ge­ments pas­sionnent les Fran­çais. Cer­tains se contentent de les obser­ver, d’autres les cri­tiquent.

Depuis que j’ai fait du fran­çais mon métier, j’ai vu défi­ler :

  • Le fran­çais écor­ché, 1987 (P.‑V. Ber­thier et J.‑P. Coli­gnon) ;
  • Ce fran­çais qu’on mal­mène, 1991 (P.‑V. Ber­thier et J.‑P. Coli­gnon) ;
  • Petit manuel du fran­çais mal­trai­té, 2002 (Pierre Bénard) ;
  • Le fran­çais mal-t-à-pro­pos, 2007 (Pierre Merle, qui a publié qua­si­ment un livre sur l’é­tat du fran­çais par an entre 1986 et 2012) ;
  • Défense et illus­tra­tion de la langue fran­çaise aujourd’­hui, 2013 (col­lec­tif) ;
  • De quel amour bles­sée. Réflexions sur la langue fran­çaise, 2014 (Alain Borer) ;
  • Langue fran­çaise : arrê­tez le mas­sacre !, 2014 (Jean Maillet) ;
  • Langue fran­çaise : le mas­sacre conti­nue !, 2016 (Jean Maillet) ;
  • C’est le fran­çais qu’on assas­sine, 2017 (Jean‑Paul Bri­ghel­li) ;
  • Le fran­çais a‑t-il per­du sa langue ?, 2018 (dir. Éric Fot­to­ri­no),

et j’en passe…

Mais ce n’est pas nou­veau. La pre­mière Défense et illus­tra­tion de la langue fran­çaise, écrite par Joa­chim du Bel­lay, date de 1549 !

Coquilles dans “Madame Bovary”

Pierre-Louis Rey com­mente Madame Bova­ry de Gus­tave Flau­bert, Folio, Gal­li­mard, 1996, p. 44.

Madame Bova­ry paraît chez Michel Lévy en deux volumes, en avril 1857, dans une édi­tion qui souffre de nom­breuses coquilles et de plu­sieurs cou­pures pra­ti­quées dans la Revue de Paris [où le roman a d’a­bord paru en six par­ties]. Les quinze mille exem­plaires ini­tia­le­ment pré­vus s’é­tant aus­si­tôt ven­dus, en par­tie grâce au scan­dale pro­vo­qué par le pro­cès, Michel Lévy pro­cède au cours de la même année à deux autres tirages. Tous les tirages sui­vants, y com­pris l’é­di­tion en un volume de 1862, com­por­te­ront de nom­breuses fautes. Il faut attendre l’é­di­tion don­née par Char­pen­tier en 1873 pour par­ve­nir à un texte satis­fai­sant. Revue par Flau­bert et appe­lée « édi­tion défi­ni­tive », elle ser­vi­ra de base à toutes les édi­tions cri­tiques ulté­rieures.

Dans l’é­di­tion de mes 16 ans (au Livre de Poche), que je viens de relire, j’ai rele­vé une dizaine de coquilles…

Ressources en ligne sur la langue française

La page La biblio­thèque du cor­rec­teur de mon site recense déjà logi­ciels de cor­rec­tion et dic­tion­naires en ligne. Voi­ci quelques res­sources com­plé­men­taires.

Banque de dépan­nage lin­guis­tique (BDL)

Déve­lop­pée par l’Office qué­bé­cois de la langue fran­çaise, « la BDL est un réper­toire d’articles répon­dant à des ques­tions d’ordre lin­guis­tique, rédac­tion­nel et com­mu­ni­ca­tion­nel (gram­maire, ortho­graphe, syn­taxe, voca­bu­laire, emprunts à l’an­glais, fémi­ni­sa­tion, cor­res­pon­dance, etc.) ».

Ortho­net

Créé par le Conseil inter­na­tio­nal de la langue fran­çaise (Paris), Ortho­net a pour prin­cipe de « trai­ter toutes les ques­tions sur la langue fran­çaise, faci­li­ter son emploi, résoudre les dif­fi­cul­tés que ren­contrent les usa­gers, fran­co­phones ou non, sur­tout dans l’écrit, les faire béné­fi­cier de notre expé­rience et d’une docu­men­ta­tion sans cesse amé­lio­rée ».

Par­ler fran­çais. Richesse et dif­fi­cul­tés de la langue fran­çaise

Ce site « réper­to­rie les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés de la langue fran­çaise, les bizar­re­ries sur les­quelles il vous arrive par­fois d’hé­si­ter et les fautes les plus cou­rantes ».

Langue-fr.net. « Par amour de la langue fran­çaise, au ser­vice de tous ses usa­gers » et le compte Twit­ter asso­cié.

André Raci­cot : Au cœur du fran­çais. Page « dédiée à tous ceux qui ont à cœur l’épanouissement de la langue fran­çaise », et le compte Twit­ter asso­cié.

Chro­nique (payante) Vous avez de ces mots, du lin­guiste Michel Fran­card, dans Le Soir, et son compte Twit­ter.

Pod­cast men­suel Par­ler comme jamais (et son compte Twit­ter), où la lin­guiste Laé­lia Véron, autrice avec Maria Can­dea du livre Le fran­çais est à nous !, « s’interroge sur les lan­gages et leurs usages, sur ce qu’ils disent de nous ».

Compte Tum­blr Je révise mon fran­çais grâce à la presse (à ses fautes, plu­tôt). « Rap­pel de règles d’or­tho­graphe et de gram­maire, par le ser­vice docu­men­ta­tion de l’É­cole supé­rieure de jour­na­lisme de Lille. »

Le Robert dif­fuse des tweets de grande qua­li­té. On pour­ra suivre aus­si, sur ce réseau social, les comptes Lit­tré et Bes­che­relle.

Les cor­rec­teurs du Monde.fr nous font pro­fi­ter de leurs réflexions sur leur blog, Langue sauce piquante, et sur Twit­ter, avec le compte Le Monde cor­rect.

Comment choisir un dictionnaire

Il existe des dic­tion­naires pour tous les besoins (mono­lingues, bilingues, par domaines d’ac­ti­vi­té…). La Mai­son du dic­tion­naire en a fait une spé­cia­li­té.

En ce qui concerne les dic­tion­naires géné­raux, posez-vous les ques­tions sui­vantes. Vou­lez-vous :

  • un dic­tion­naire d’ap­pren­tis­sage (col­lège, lycée, étu­diant) ?
  • un dic­tion­naire de langue fran­çaise pour tout public ?
  • un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique avec des illus­tra­tions ?
  • un dic­tion­naire com­por­tant le plus de mots pos­sible ?

Les édi­tions Larousse et les édi­tions Le Robert pro­posent un vaste choix de dic­tion­naires selon vos besoins. (Il existe d’autres mai­sons d’é­di­tion, mais celles-ci sont les plus célèbres.)

Un bon dic­tion­naire de langue fran­çaise doit, pour chaque mot, vous don­ner l’é­ty­mo­lo­gie, la pro­non­cia­tion, les dif­fé­rentes signi­fi­ca­tions illus­trées d’exemples et de cita­tions, les expres­sions et les locu­tions où il figure, les syno­nymes et contraires.

Un dic­tion­naire dit illus­tré est un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique : il mêle noms com­muns (langue fran­çaise) et noms propres (savoir et culture). Comme le mot l’in­dique, il com­porte des illus­tra­tions en cou­leurs : cartes, des­sins, pho­to­gra­phies, sché­mas et planches.

Les mots petit et grand sont une indi­ca­tion du nombre de mots. Par exemple, 60 000 mots dans Le Petit Robert, 100 000 dans Le Grand Robert, deux dic­tion­naires de langue fran­çaise (non ency­clo­pé­diques).

À noter : Le Petit Larousse est un dic­tion­naire ency­clo­pé­dique en un volume, alors que Le Petit Robert est en deux volumes (ils s’a­chètent sépa­ré­ment) : un de langue fran­çaise, un de noms propres. Les défi­ni­tions du Robert sont donc plus détaillées que celles du Larousse.

Si vous pen­sez ache­ter un dic­tion­naire impri­mé et avez des pro­blèmes de vue, prê­tez atten­tion à la typo­gra­phie. Dans les gros dic­tion­naires, les carac­tères sont par­fois petits. Il vaut mieux les feuille­ter en librai­rie avant de les ache­ter.

Dictionnaires en ligne

Larousse met gra­tui­te­ment à dis­po­si­tion son dic­tion­naire, son ency­clo­pé­die et son dic­tion­naire des dif­fi­cul­tés (inté­gré aux entrées du dic­tion­naire).

Le Robert pro­pose, lui, des abon­ne­ments annuels à ses dic­tion­naires et des ver­sions à télé­char­ger. Depuis peu, un Dico en ligne, plus suc­cinct, est pro­po­sé gra­tui­te­ment.

Le Tré­sor de la langue fran­çaise infor­ma­ti­sé est gra­tuit – mais il n’est plus mis à jour depuis 1994.

Tous trois pro­posent aus­si des appli­ca­tions pour iPhone et Android.

Le Dic­tion­naire de l’A­ca­dé­mie fran­çaise est éga­le­ment gra­tuit.

Per­son­nel­le­ment, ayant besoin de dic­tion­naires de langue fran­çaise tou­jours actua­li­sés et aus­si pré­cis que pos­sible, j’ai opté pour Le Petit Robert en ligne par abon­ne­ment. Je pos­sède éga­le­ment Le Grand Robert télé­char­gé sur mon disque dur. Tous deux me per­mettent des recherches avan­cées.

Il existe d’autres dic­tion­naires en ligne, plus anciens, comme le célèbre Lit­tré. Ils gardent leur inté­rêt, mais le fran­çais étant une langue vivante, seul un dic­tion­naire récent four­nit les mots qu’on ren­contre dans la presse et dans la lit­té­ra­ture contem­po­raine.

Portraits de correcteurs

Correcteur dans une gravure du XVIe siècle

Un des por­traits de cor­rec­teurs les plus connus dans notre milieu est sans doute l’ar­ché­type, peu flat­teur, des­si­né par l’un des nôtres, Eugène Bout­my, en 1866.

« Le cor­rec­teur, par son carac­tère et la nature de ses fonc­tions, est iso­lé, timide, sans rap­ports avec ses confrères, sup­por­té plu­tôt qu’admis dans l’atelier typo­gra­phique. Le patron voit sou­vent en lui une non-valeur, puisque son salaire est pré­le­vé sur les étoffes ; le prote, la plu­part du temps, dimi­nue le plus pos­sible l’importance de ses fonc­tions. Aus­si, et nous avons le regret de le dire, le réduit le plus obs­cur et le plus mal­sain de l’atelier est d’ordinaire l’asile où on le confine. C’est là que, pen­dant de longues heures, il se livre silen­cieu­se­ment à la recherche des coquilles, heu­reux quand il n’est pas trou­blé dans sa tâche ingrate par les exi­gences incroyables de ceux qui exé­cutent ou dirigent le tra­vail. Et pour­tant, qu’est-ce que le cor­rec­teur ? D’ordinaire un déclas­sé, un trans­fuge de l’Université ou du sémi­naire, une épave de la lit­té­ra­ture ou du jour­na­lisme, et que les cir­cons­tances ont fait moi­tié homme de lettres, moi­tié ouvrier. Aujourd’hui, sans doute, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient il y a dix ans. Un élé­ment jeune, plus éner­gique, est venu s’adjoindre aux hommes timides1. »

Publiée un siècle plus tard, La Cage de verre (1971) est, pour cer­tains, l’un des romans les plus tristes de Georges Sime­non. En tout cas, Émile Virieu est l’un des per­son­nages les plus gris clair de la lit­té­ra­ture !

Il n’avait pas de traits bien défi­nis. Les lignes étaient molles et l’arête du nez n’était pas mar­quée. Quant à ses yeux sombres, ils étaient gros et saillants, sans expres­sion. C’était presque tou­jours ses yeux que les gens regar­daient et il les soup­çon­nait de res­sen­tir une sorte de malaise.
Il s’habillait sans appor­ter à sa toi­lette la moindre coquet­te­rie. Il était tou­jours vêtu de sombre, comme s’il vou­lait se faire remar­quer le moins pos­sible, et pour­tant, dans la rue, il y avait des pas­sants pour se retour­ner sur lui. Il ne savait pas pour­quoi. C’était une ques­tion qu’il se posait depuis son enfance. Il avait l’impression de ne pas être comme les autres et il lui arri­vait de raser les murs2.

Le cor­rec­teur décrit par A.‑T. Bre­ton en 1843 a plus d’al­lure, proche de celle d’un poète roman­tique, mais reste un loser.

Si vous avez quel­que­fois dépas­sé les limites de la ban­lieue, et pous­sé vos explo­ra­tions jus­qu’aux prés Saint-Ger­vais, à Romain­ville, au bois de Bou­logne, à Gen­tilly, au bois de Vin­cennes, vous n’a­vez pas été sans ren­con­trer quelque per­son­nage de vingt-cinq à trente ans, à la démarche grave, mais quelque peu étu­diée, aux che­veux longs et bou­clés avec soin, habit noir d’une coupe anté­rieure d’un an à la mode du jour, pan­ta­lon idem, bottes selon le temps, le tout d’une pro­pre­té irré­pro­chable, cra­vate mise avec goût, et tenant à la main un livre dont il paraît dévo­rer la sub­stance : c’est le cor­rec­teur cos­mo­po­lite aux limites de son uni­vers, le Cor­rec­teur au début de sa car­rière, dis­til­lant avec feu sa sève juvé­nile sur le trai­té de la ponc­tua­tion de Lequien, ou le jar­din des racines grecques de Claude Lan­ce­lot. Tel est ce néo­phyte de l’art : esclave de l’é­tude ou de l’am­bi­tion qu’elle lui sug­gère, trop pour être si peu, trop peu pour être quelque chose, sa vie n’est que labeur et décep­tion3.

Pour nous par­ler de l’His­toire « impos­sible à cor­ri­ger », George Stei­ner, lui, a ima­gi­né un cor­rec­teur mythique, le Pro­fes­sore, infaillible, même quand on lui sou­met les docu­ments les plus ardus.

Depuis trente ans et plus, un maître dans sa spé­cia­li­té. Le plus rapide, le plus pré­cis des révi­seurs et des cor­rec­teurs d’im­pri­me­rie de toute la ville, voire de toute la pro­vince. Tra­vaillant sept nuits sur sept, de la tom­bée du jour jus­qu’à l’aube. Afin que docu­ments offi­ciels, actes de vente, avis finan­ciers, contrats, cota­tions en bourse paraissent le matin, irré­pro­chables, exacts à la déci­male près. Il n’a­vait pas de rival dans l’art du scru­pule. […] Ses cor­rec­tions des épreuves de l’an­nuaire télé­pho­nique (bis­anuelles), des listes élec­to­rales, des registres du recen­se­ment et des pro­cès-ver­baux muni­ci­paux étaient légen­daires. Les ate­liers d’im­pri­me­rie, les archives natio­nales, les tri­bu­naux ses dis­pu­taient son labeur4. […]

Gra­vure tirée de la col­lec­tion du musée Plan­tin-More­tus, à Anvers.

Témoignage de M. Dutripon, correcteur d’épreuves d’imprimerie, 1861

« Lais­sons donc par­ler M. Dutri­pon au sujet de quelques ren­sei­gne­ments que nous lui avons deman­dés sur les cor­rec­teurs typo­graphes :

« ….. Main­te­nant vous dési­rez savoir ce que devient votre vieil ami Dutri­pon d’a­près tous ses tra­vaux de vrai béné­dic­tin, tra­vaux inces­sants de nuit et de jour ; vous le sup­po­sez bien riche, au moins une fois mil­lion­naire ; vous le croyez encore pen­sion­né, pla­cé dans une belle et hono­rable posi­tion ; eh bien ! vous êtes dans l’erreur : votre ami Dutri­pon est tou­jours cor­rec­teur d’épreuves d’imprimerie à quatre francs par jour, quand il ne lui arrive pas d’être malade, car les heures de mala­die, les heures consa­crées pour assis­ter à l’enterrement d’un parent, de son enfant ou d’un ami, sont rete­nues à rai­son de cin­quante cen­times l’heure

À cette occa­sion il me prend l’idée de vous dire quelques mots sur le métier de cor­rec­teur d’imprimerie en 1861. 

On a fait la phy­sio­lo­gie du pion de col­lège, elle n’était certes pas belle : eh bien, elle était admi­rable, magni­fique, si on la com­pare à celle de cor­rec­teur !
Le cor­rec­teur d’épreuves doit être savant, savoir par­fai­te­ment le fran­çais, le latin, le grec, les sciences du Droit, de la Méde­cine, de la Bota­nique, de la Géo­gra­phie, de la Bio­gra­phie, etc., etc. 
Le cor­rec­teur typo­graphe doit savoir plus à lui tout seul, que tous les aca­dé­mi­ciens ensemble, car il doit savoir ce que sait cha­cun d’eux, et sans le secours d’aucuns livres. Avec toute cette science, c’est un savant qui tra­vaille à l’heure, comme un cocher de fiacre public. Une heure sans tra­vail, est une heure sans pain. 

Vous croyez peut-être qu’on l’installe dans un beau cabi­net, sur un doux fau­teuil, devant une belle biblio­thèque, avec un bon feu dans l’hiver, vous vous trom­pez encore. Ce syba­rite de cor­rec­teur à quatre francs par jour, on le fourre dans un trou, sous un esca­lier, sous les rangs des com­po­si­teurs, quel­que­fois dans une espèce de niche qu’on appelle cabi­net, sombre, étroit. Ain­si M. Dutri­pon était, en 1833, dans un cabi­net au-des­sous du sol, dont le jour venait de haut, que l’on ouvrait de la main droite, tan­dis que sans chan­ger de place on ouvrait de la main gauche, les lieux d’aisances où se ren­daient tour à tour, toute la jour­née, 150 ouvriers ; c’est de ce cabi­net que le poète Hégé­syppe Moreau est sor­ti pour aller mou­rir à l’hôpital ; dans une autre impri­me­rie votre ami s’est trou­vé dans une espèce de niche, sous un double châs­sis de verre, où l’on grille en été, on gèle, on moi­sit, on pour­rit en hiver, où l’on est conti­nuel­le­ment étour­di du bruit des allants et venants, du bruit des méca­niques, des formes lourdes que l’on décharge à chaque ins­tant contre les planches qui l’emboîtent, où enfin il ne lui est adres­sé que des injures et des menaces, et force gros­sières imper­ti­nences ; une autre fois, l’étroite place qu’il occu­pait le col­lait contre un mur épais et humide duquel on pou­vait ramas­ser beau­coup d’eau.
Il serait vrai­ment à pro­pos, que le pré­fet de police fît visi­ter tous ces cabi­nets et usât de sévé­ri­té pour les faire chan­ger, c’est à peine s’il en lais­se­rait sub­sis­ter de tels, six ou huit dans tout Paris. 

Com­ment sont trai­tés dans les impri­me­ries les cor­rec­teurs ? quel cas fait-on d’eux ? S’ils demandent un dic­tion­naire, on leur répond qu’ils ne doivent pas en avoir besoin, le dic­tion­naire de toutes les sciences doit être dans leur tête, qu’ils doivent tout savoir, que ce serait les expo­ser à perdre du temps si on leur per­met­tait d’avoir un dic­tion­naire. Il ne leur est jamais per­mis de voir les auteurs, ce serait un cas de ren­voi si ou les sur­pre­nait par­lant avec eux ou les édi­teurs. Or, presque tou­jours les auteurs ou édi­teurs sont fort iras­cibles quand ils trouvent des fautes non aper­çues par le cor­rec­teur. Sou­vent on entend le patron appe­ler un appren­ti et lui crier : « dites au cor­rec­teur de mon­ter : » le cor­rec­teur, qui sait ce que cela veut dire, monte len­te­ment, bête­ment : « Quoi, mon­sieur, vous m’avez lais­sé pas­ser orsé­nime, quand c’est orsé­nique qu’il fal­lait ? quoi ! vous avez lais­sé pas­ser sul­fu­reux quand il fal­lait sul­fu­rique ? quoi ! dit un autre, qui est jar­di­nier, vous avez lais­sé pas­ser chry­san­te­mum pul­chrum, quand il fal­lait pul­chra ? mons­truo­sus, au lieu de mons­tro­sus, et une foule d’autres choses… allez et soyez plus atten­tif ; » et une foule d’autres amé­ni­tés. Enfin, le cor­rec­teur est la bête noire des ouvriers, qui l’injurient à la jour­née ; il est haï du prote ; il est rare­ment esti­mé du patron ; il est tou­jours un igno­rant dans l’esprit des auteurs, aux­quels il rend plus de ser­vices que leur plume, car il est inouï com­bien un cor­rec­teur trouve de fautes dans le lan­gage écrit des savants, com­bien il relève d’erreurs de chro­no­lo­gie, de bio­gra­phie et de toutes les sciences, com­bien il trouve de vers à treize ou qua­torze pieds. Voi­là le métier de cor­rec­teur, et je suis loin de tout dire. C’est, selon moi, le métier le plus pré­caire, le plus abru­tis­sant, le plus mal rétri­bué, le plus inju­rié, celui qui ren­contre le moins de digni­té dans les rap­ports, et c’est pour­tant presque tou­jours le seul homme d’esprit qu’il y ait dans la bou­tique de l’industriel. Cepen­dant je ne dois pas confondre dans le même fagot tous les maîtres impri­meurs, j’en dois excep­ter les MM. Didot, M. Mar­ti­net, M. Leclerc et quelques autres encore qui ont de l’instruction, des égards, de la poli­tesse, de l’urbanité, de la digni­té. Les cor­rec­teurs de ceux que j’ai cités sont consi­dé­rés et trai­tés avec égard et ami­tié. Presque tous les impri­meurs des dépar­te­ments sont de même, bons, humains et justes appré­cia­teurs de leurs cor­rec­teurs ; je ne cite­rai que MM. Marne de Tours et Sil­ber­mann de Stras­bourg. Il serait à dési­rer que tous res­sem­blassent aux cinq noms que je cite. Non seule­ment le métier de cor­rec­teur ne serait plus un métier abru­tis­sant, mais une pro­fes­sion hono­rable, gaie et agréable ; de plus la lit­té­ra­ture y gagne­rait, les ache­teurs de livres en pro­fi­te­raient sous plus d’un rap­port.

Voi­là que nous vou­lions faire la bio­gra­phie d’un cor­rec­teur, et nous avons fait, assez en abré­gé, la phy­sio­lo­gie de la pro­fes­sion. »

Ces curieuses par­ti­cu­la­ri­tés et celles pré­cé­dentes, qui sont pui­sées dans l’Histoire de la Typo­gra­phie, du biblio­phile si renom­mé, M. Paul Lacroix, forment plus d’un sin­gu­lier contraste. Ain­si les cor­rec­teurs, par une glo­rieuse ana­lo­gie, ont donc de com­mun avec les savants, l’infortune qui s’attaque trop sou­vent à leur vrai mérite, et dans leur mis­sion labo­rieuse, c’est assu­ré­ment pour eux, que Boi­leau pré­dit au nom des Muses, un nom et des lau­riers seule­ment, en cas de réus­site. »


‪Extrait de : Wer­det, Edmond (1793–1870), His­toire du livre en France depuis les temps les plus recu­lés jus­qu’en 1789, 5 vol., Paris, E. Den­tu, 1861–1864. 2e par­tie, Trans­for­ma­tion du livre, 1470–1789 [lien vers Nume­lyo, biblio­thèque numé­rique de Lyon], p. 161–165.