“Les morts manquent de correction”, de Pauline Toulet

couverture du roman "Les morts manquent de correction", de Pauline Toulet

« J’avais pei­né une petite heure sur la cor­rec­tion de l’article […], puis l’avais ren­voyé à Mathis sans éprou­ver la satis­fac­tion du tra­vail bien fait. C’est l’inconvénient, lorsqu’on exerce un métier idiot : même lorsqu’on le fait bien, on le fait mal. » 

Félix Sou­pel est désa­bu­sé. Mal­gré le « soin scru­pu­leux » qu’il lui consacre, il  ne trouve plus d’attrait au métier de cor­rec­teur indé­pen­dant. S’il fait par­tie de cette « noble et […] peu riante1 com­mu­nau­té », son orien­ta­tion est, comme pour beau­coup, le résul­tat d’« acci­dents de par­cours ». « Un jour, raconte-t-il, je m’étais amu­sé à les lis­ter, pour le plai­sir simple que pro­cure l’exhaustivité, mais assez vite je n’avais plus trou­vé cela amusant. »

Ses clients du moment sont un maga­zine de mode, Sapé !, et un autre de dié­té­tique, Miam Mag. Devoir retou­cher un texte sur « les erreurs à évi­ter pour bien choi­sir son short » ne l’inspire guère. Et quand, en cor­ri­geant un numé­ro spé­cial, il découvre que « [s]on régime ali­men­taire [est] à l’exact oppo­sé de celui prô­né par les experts inter­viewés dans le jour­nal », il est car­ré­ment pris d’angoisse.

 « Sous­traire au mal­heur du monde » en cor­ri­geant des fautes d’orthographe — quand d’autres, comme son frère cadet, sauvent des vies — manque de sel. Sa seule pas­sion, inavouée, il en cache les preuves entre les pages de son Larousse des synonymes. 

Aus­si, lorsque, de retour d’un week-end de cure à La Bour­boule, il trouve sur son lit le cadavre de l’homme à qui il avait loué son appar­te­ment pari­sien pour deux nuits, il saute sur l’occasion de bous­cu­ler un quo­ti­dien trop riche en « temps faibles » : ins­pi­ré par ses lec­tures de Mai­gret, il décide de mener l’enquête. 

Chauve, guet­té par l’embonpoint, plu­tôt mal­adroit, pas spé­cia­le­ment cou­ra­geux, Félix Sou­pel n’a rien d’un héros. Son assis­tant non plus, mais il maî­trise mieux Inter­net que lui : Gabriel, neuf ans, est son neveu. L’aventure, cocasse, ne sera pas sans dan­ger… et plus fati­gante que dans les séries télé.

Dans ses acti­vi­tés jour­na­lis­tiques2, Pau­line Tou­let a dû côtoyer des cor­rec­teurs. Elle semble, en tout cas, bien connaître ce métier, où le retard dans le plan­ning est une constante, où la mis­sion confiée est tou­jours urgente, où la réac­ti­vi­té est une qua­li­té recherchée.

La longue jour­née de bou­clage du maga­zine Sapé !, dont le rédac­teur en chef « écri[t] à lui seul les deux tiers » et qui pro­met d’être « un océan d’ennui », m’a rap­pe­lé de loin­tains sou­ve­nirs. « L’attente exal­tant le désir, la douche était d’autant plus froide lorsque nous décou­vrions la prose que Mathis avait mis si long­temps à extraire de ses pro­fon­deurs intimes. Une fois le texte accou­ché, bien sûr il fal­lait aller vite, et cela mal­gré l’engourdissement de nos facul­tés cog­ni­tives et la mise en som­meil de toute pul­sion vitale que cette situa­tion absurde avait entraînée. »

L’autrice ne manque pas d’imagination, notam­ment quand elle déroule le som­maire d’un « numé­ro spé­cial consa­cré à la mode canine » ou quand elle explique pour­quoi se pri­ver d’une vraie pause déjeu­ner pousse cer­tains clients à s’en prendre aux col­la­bo­ra­teurs extérieurs.

Cette paro­die de roman poli­cier, émaillée de consi­dé­ra­tions, misan­thropes mais lucides, sur les tra­vers de notre socié­té, est pleine de fan­tai­sie. Une lec­ture par­faite pour l’été qui s’annonce. 

Pau­line Tou­let, Les morts manquent de cor­rec­tion, Fini­tude, 2026, 224 pages.


  1. Je lui laisse la res­pon­sa­bi­li­té de ce der­nier qua­li­fi­ca­tif. ↩︎
  2. Elle fut notam­ment secré­taire géné­rale de la rédac­tion du maga­zine Books, aujourd’­hui héber­gé par le site Actua­Lit­té. ↩︎

Lettres minuscules dans un texte en capitales

Abréviations et symboles d’unités

couvertures des Lagarde et Michard des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles
Cou­ver­tures des Lagarde et Michard des xvie, xviie et xviiie siècles.

Cer­taines marches typo­gra­phiques, m’a-t-on dit, demandent que la ou les lettres supé­rieures dans un texte en capi­tales soient, elles aus­si, com­po­sées en capi­tales. Ce n’est pas conforme à la tra­di­tion, et ce, pour une rai­son bien simple : les lettres supé­rieures capi­tales n’existaient pas à l’époque du plomb1. (☞ Voir Signes supé­rieurs et signes en expo­sant.)

La règle est rare­ment don­née par les manuels typo­gra­phiques, peut-être parce que la réponse paraît évi­dente à leurs auteurs. Cepen­dant, pour le public d’au­jourd’­hui, qui dis­pose d’ou­tils per­met­tant d’ob­te­nir des lettres supé­rieures capi­tales, la pré­ci­sion est utile. On la trouve dans la Vitrine lin­guis­tique :

Extrait de la Vitrine linguistique

dans le Guide du typo­graphe (7e éd., 2015, p. 48) :

Extrait du "Guide du typographe", 7e éd., 2015, p. 48

et dans le Ramat de la typo­gra­phie (11e éd., 2017, p. 39) :

extrait du "Ramat de la typographie", 11e éd., 2017, p. 39

Ultime confir­ma­tion dans les Règles de l’é­cri­ture typo­gra­phique du fran­çais, d’Yves Per­rous­seaux (10e éd. rev. et augm., 2020, p. 61) : « LE Ve SALON DES ANTIQUAIRES ».

Dans la même sec­tion (p. 66), Per­rous­seaux rap­pelle aus­si qu’on ne déforme pas les sym­boles d’u­ni­tés légales et donne les exemples : « LA CONFÉRENCE EST À 20 h 452, SALLE DES FÊTES », « IL SOULÈVE 85 kg SANS TROP DE PROBLÈME » et « IL MARCHE 3 À 4 km CHAQUE JOUR ». En effet, h = heure (ou hec­to), m = mètre (ou mil­li), k = kilo, alors que H = hen­ry, M = méga, K = kelvin.

Exceptions historiques

À pro­pos des lettres supé­rieures dans un pas­sage en capi­tales, l’é­di­tion euro­péenne du Ramat (2009, p. 47) observe qu’« il est de plus en plus cou­rant de mettre ces par­ties finales aus­si en majus­cules, ce qui n’est pas for­cé­ment condam­nable ». On trouve, d’ailleurs, de telles excep­tions dans cer­taines adresses typo­gra­phiques anciennes :

Adresse typographique du "Dictionnaire de la langue française" d'Émile Littré, t. 3 (Hachette et Cie, 1874).
Adresse typo­gra­phique du Dic­tion­naire de la langue fran­çaise d’É­mile Lit­tré, t. 3 (Hachette et Cie, 1874).

Dans un autre exemple, don­né par Théo­tiste Lefevre3, les lettres supé­rieures qui ter­minent une ligne en petites capi­tales sont, elles aus­si, com­po­sées en petites capitales :

Exemple d'adresse typographique donné par Théotiste Lefevre dans son "Guide pratique du compositeur et de l'imprimeur typographes" (Firmin-Didot, 1883 ; rééd. « Les introuvables », L'Harmattan, 1999), p. 132.
Exemple d’a­dresse typo­gra­phique don­né par Théo­tiste Lefevre dans son Guide pra­tique du com­po­si­teur et de l’im­pri­meur typo­graphes (Fir­min-Didot, 1883 ; rééd. « Les introu­vables », L’Har­mat­tan, 1999), p. 132.

Particules “Mac” ou “Mc”

Tou­jours dans le Ramat qué­bé­cois (p. 104), on trouve cette autre règle utile :

La par­ti­cule Mac et son abré­via­tion Mc sont des pré­fixes écos­sais et irlan­dais signi­fiant « fils de ». Il existe dif­fé­rentes variantes : l’important est de res­pec­ter la gra­phie adop­tée par chaque famille (Macin­tosh, MacIn­tosh, Mcin­tosh, McIn­tosh). Quand Mac et Mc pré­cèdent immé­dia­te­ment une capi­tale, ac et c res­tent en bas-de-casse si le nom est tout en capi­tales.
McCartney/McCARTNEY
MacIntosh/MacINTOSH
(Mais : Macintosh/MACINTOSH
et Mac Intosh/MAC INTOSH)

La règle s’ap­plique à d’autres noms propres amé­ri­cains d’o­ri­gine étran­gère, comme Cecil B. DeMille ou Shia LaBeouf (voir Wiki­pé­dia). Il arrive que les gra­phistes rem­placent la lettre minus­cule par une petite capitale.

Pour les réfé­rences des ouvrages cités, voir Qui crée les codes typographiques ?


  1. Du moins ne figu­raient-elles pas dans la casse pari­sienne. On ne peut exclure qu’elles aient été éven­tuel­le­ment dis­po­nibles, pour cer­taines polices, dans des cas­seaux (hypo­thèse for­mu­lée par Jacques André, dans la liste Typo­gra­phie, le 2 mai 2013), à moins que les typo­graphes d’a­lors n’aient paran­gon­né des capi­tales d’un corps infé­rieur (hypo­thèse for­mu­lée par Chris­tian Lau­cou, ibid., même date). ↩︎
  2. Dans les exemples du livre, les chiffres sont Didot (ali­gnés sur les capi­tales), et non elzé­vi­riens, comme ici. ↩︎
  3. Four­ni par Amal­ric Oriet, dans la liste Typo­gra­phie, le 2 mai 2013. ↩︎

Le Syndicat, incontournable pour être correcteur de presse (1979)

couverture du roman "Notre-Dame des ordinateurs" de Walter Lewino, Balland, 1979

Cueilli chez lui, au réveil, par deux poli­ciers, Ber­nard Cotte est conduit dans un lieu secret et ultra­mo­derne, situé sous la pré­fec­ture de Police de Paris. Il est inter­ro­gé par le com­mis­saire divi­sion­naire Andruet, équi­pé d’un ordi­na­teur omni­scient, Phébus.

— Vous avez fait de la poli­tique, mon­sieur Cotte ?
— En règle géné­rale, je vote socia­liste, mais j’ai beau­coup admi­ré le géné­ral de Gaulle.
— Une sorte de socia­lo-gaul­lisme ?
— Si vous vou­lez.
— Pour­tant vous avez mili­té à la C.G.T. ?
— Moi ? Jamais !
— Ce n’est pas beau de men­tir. Phé­bus, s’il vous plaît, envoyez-nous le « Bul­le­tin des cor­rec­teurs C.G.T. ». Mer­ci. Qu’y voyons-nous dans le numé­ro du mois de mai 1967 ? Admis­sions : Ber­nard Cotte, par­rains Sta­nis­las Didot et Albert Lab­bé. C’est bien vous ce Ber­nard Cotte ?
— C’est bien moi, en effet.
— Alors ?
Alors et alors ! Com­ment lui expli­quer que ce syn­di­cat est sur­tout un bureau de pla­ce­ment et que je m’y étais ins­crit sans même savoir qu’il était affi­lié à la C.G.T. parce qu’il n’est pas pos­sible de tra­vailler comme cor­rec­teur de presse, même dans un jour­nal de droite, sans pas­ser par lui. Je me suis un peu embrouillé dans mes expli­ca­tions. Andruet m’observait fixe­ment en hochant la tête. À la fin il est venu à mon secours.
— Vous aviez oublié, peut-être ?
— Exac­te­ment.
— Vous oubliez beau­coup de choses, mon­sieur Cotte. D’abord que vous êtes juif, ensuite que vous avez mili­té pour les com­mu­nistes.
— Je vous ai expli­qué que je n’ai jamais mili­té. Je payais mes coti­sa­tions, c’était tout. […]


Je ne savais pas si je devais me réjouir ou m’inquiéter de la tour­nure que pre­naient les évé­ne­ments. Côté poli­tique j’étais blanc comme neige et quand je me disais socia­liste, c’était plus par tra­di­tion fami­liale que par convic­tion pro­fonde. Mais, à force de foui­ner — je n’en reve­nais pas qu’il ait res­sor­ti ce « Bul­le­tin des cor­rec­teurs » pour le moins confi­den­tiel —, Phé­bus était en train de me trans­for­mer en un redou­table agi­ta­teur révolutionnaire. 

Wal­ter Lewi­no [1924-2013], Notre-Dame des ordi­na­teurs, Paris, Bal­land, « L’Ins­tant roma­nesque », 1979, p. 61-63.

Réseau pneumatique et correcteurs de presse (années 1980)

Après avoir été « chro­ni­queur théâ­tral un temps dans un heb­do­ma­daire », le pro­ta­go­niste de ce roman, Axel Bal­li­ceaux, entre dans un jour­nal du soir connu pour son sérieux, Le Médium. — Il res­semble fort au Monde, où Michel Brau­deau (né en 1946) a été jour­na­liste lit­té­raire, cri­tique de ciné­ma et grand repor­ter1. Le texte raconte, notam­ment, com­ment un réseau pneu­ma­tique fai­sait cir­cu­ler la copie de ser­vice en ser­vice, cas­se­tin2 compris.

Couverture du roman "L'Objet perdu de l'amour", de Michel Braudeau, Seuil, 1988.

« Le Médium exis­tait depuis l’entre-deux-guerres et occu­pait un immeuble entier [à Paris]. […] Au fil des années, les col­la­bo­ra­teurs s’étaient mul­ti­pliés et s’entassaient tant bien que mal dans l’espace inex­ten­sible, hélas, de l’immeuble et, peu à peu, sans rien perdre de son orgueil, cha­cun s’était fait plus petit ou plus plat pour tenir à côté des autres, gar­der son bureau, son éta­gère. Comme on ne jetait presque rien ni per­sonne, les cou­loirs étaient étroits comme des gale­ries de mine, les murs tapis­sés de livres, de dos­siers, d’anciens numé­ros reliés, jusqu’au pla­fond3. Cer­taines pièces n’avaient pas de fenêtre, dans d’autres on était à cinq sur une table de bridge, cha­cun par­lant bas au télé­phone à quelque infor­ma­teur secret, grat­tant des pattes de mouche sur des feuillets cou­pés en deux. De temps à autre, un gar­çon d’étage sur­gis­sait entre deux piles de Médium fos­si­li­sés, jetait un paquet de dépêches sur la table, s’emparait de nos feuillets, ter­mi­nés ou non, et cou­rait les pla­cer en rou­leau dans une cap­sule de plas­tique, comme un gros sup­po­si­toire dévis­sable qu’il four­rait illi­co dans un tube aspirant.

Réseau pneumatique du journal "France-Soir", 1963. Archive INA.
Arri­vée de la copie, par le réseau pneu­ma­tique, à l’a­te­lier de com­po­si­tion de France-Soir (image tirée d’une archive de l’I­NA, 1963 : Les impri­meurs de la rue Réau­mur à Paris).

De haut en bas le Médium était par­cou­ru d’un réseau ser­ré de ces tubes pneu­ma­tiques qui dis­tri­buaient les nou­velles, les articles, les notes de ser­vice, à rai­son d’un mil­lier de hoquets par jour, sans que l’on soit assu­ré de la véri­table des­ti­na­tion du tube. Il devait y avoir un tri quelque part, une pou­belle, car cer­tains papiers ne repa­rais­saient jamais en aucun lieu. “C’est le métier”, disait-on avec phi­lo­so­phie. […] Je ne me plai­gnais pas, mes pages étaient épar­gnées, pre­naient le bon tube vers le bureau des cor­rec­teurs qui épous­se­taient quelques fautes d’orthographe, bri­saient har­di­ment la syn­taxe, dis­per­saient la ponc­tua­tion avant d’envoyer le tout dûment tam­pon­né à l’impression dans les sous-sols où de puis­santes rota­tives broyaient ma prose noire ; mais cer­tains, des anciens de la mai­son que l’on avait punis autre­fois pour un crime mys­té­rieux, un coup d’État man­qué, savaient du fond de leurs remises sans air que pas une ligne d’eux ne serait trans­mise, res­taient impas­sibles devant leurs pages blanches, pen­chés, le sty­lo à la main, sans écrire un mot, comme des blattes, silen­cieux, indé­lo­geables. Un jour, ce serait mon tour […]. »

Michel Brau­deau, L’Objet per­du de l’amour, Paris, Seuil, 1988, p. 221-222.

Lire la cri­tique du roman dans Le Monde, le 9 sep­tembre 1988.


  1. À pro­pos de L’Interprétation des singes (Stock, 2001), dont le pro­ta­go­niste, Alio­cha, est éga­le­ment jour­na­liste d’un quo­ti­dien de réfé­rence, Michel Brau­deau a décla­ré : « Le “jour­nal de la nuit” que je cite dans mon roman peut, de loin, faire pen­ser au Monde, où je tra­vaille mais c’est une illu­sion, bien sûr. Le Monde est beau­coup plus sérieux que mon jour­nal de fic­tion. Quant à l’au­to­bio­gra­phie, elle est à l’œuvre par­tout, y com­pris à tra­vers des per­son­nages de fic­tion. C’est inévi­table autant que volon­taire. » — « Débat lit­té­raire avec Michel Brau­deau », Le Monde, 19 octobre 2001. ↩︎
  2. Terme de jar­gon pour le bureau des cor­rec­teurs. ↩︎
  3. Voir aus­si Le bureau des cor­rec­teurs du Monde, un des­sin de 1990. ↩︎

Flacons et chansons : les correcteurs de “L’Express” (1982-1986)

1982-1986. Phi­lippe Meyer (né en 1947) anime Téles­co­pages sur France Inter, mais il est avant tout jour­na­liste à L’Express, dont il fré­quente volon­tiers les cor­rec­teurs, ces bons vivants.

« La presse de l’époque était encore flo­ris­sante […]. Elle conser­vait ses tra­di­tions et ses cor­po­ra­tions, dont une pour laquelle j’avais une affec­tion par­ti­cu­lière, celle des cor­rec­teurs de presse, char­gés de la confor­ma­tion, voire de la pure­té de notre langue. C’était une tri­bu d’anarchistes, por­tés, hommes et femmes, sur la bonne chère, les bonnes bou­teilles, les cigares — qu’ils arri­vaient à faire venir de Cuba — et la chan­son. Ces anar­chistes ne connais­saient qu’une seule loi : la gram­maire. Ils la fai­saient res­pec­ter sans mer­ci. Je revois encore entrer dans le grand bureau du rédac­teur en chef que j’étais deve­nu l’un d’entre eux, Yves Gibeau, par ailleurs excellent roman­cier, tenant à la main ma copie avec un air de déso­la­tion pareil à celui de mes pro­fes­seurs de mathé­ma­tiques. Il me regarde et, posant mon papier sur mon bureau : “La voi­ture dont tu parles dans ton article, elle est de quelle cou­leur ?” “Elle est bleue, c’est écrit.” “Alors, elle ne peut pas être ruti­lante.” Et de repar­tir, déso­lé que l’on ait pu confier des res­pon­sa­bi­li­tés à un gar­çon qui ignore que “ruti­lant” ne sau­rait qua­li­fier que ce qui est natu­rel­le­ment d’un rouge écla­tant, d’un roux flam­boyant ou tein­té de reflets pourpres. J’allais volon­tiers traî­ner dans la grande salle où étaient regrou­pés ces cor­rec­teurs et où l’on était sûr de trou­ver des fla­cons et des ter­rines. Je ne devais pas le pri­vi­lège d’y être admis sans rai­son de ser­vice à mes galons, mais à mon goût pour la chan­son et à ma connais­sance du réper­toire des refrains anarchistes. »

Phi­lippe Meyer, La pro­chaine fois, je vous l’écrirai…, Paris, Les Arènes, 2024, p. 37-38. 

Dans cet exer­cice d’ad­mi­ra­tion, il évoque Ber­trand Taver­nier, Cyril Col­lard, Annie Krie­gel, Pierre Des­proges, Michel Rocard, Fré­dé­ric Ros­sif, René de Obal­dia, Charles Azna­vour, Jean-Marie Dome­nach, Jean-Fran­çois Revel, Claude Sau­tet, Jean d’Ormesson…

Ambiance d’un petit cassetin de presse, 1947

Dans un essai phi­lo­so­phique des années 1940, de l’auteur mar­xiste Pierre Naville (1904-1993), la pre­mière par­tie prend la forme d’un dia­logue entre deux cor­rec­teurs de presse, l’auteur et son col­lègue M. Les quelques phrases d’introduction font per­ce­voir l’ambiance de leur petit bureau, à proxi­mi­té des machines à composer. 

Couverture du livre "Les Conditions de la liberté" de Pierre Naville, 1947

« Nous finis­sions de cor­ri­ger des épreuves dans un de ces petits locaux insa­lubres mis à la dis­po­si­tion des sphinx qui, silen­cieu­se­ment, épouillent des textes tout chauds sor­tis de la lino­type. Le crayon s’abattait de temps en temps sur la grande feuille humide, et nous cor­ri­gions tous deux des jour­naux dif­fé­rents. Nos pen­sées et nos langues sui­vaient aus­si des cours dif­fé­rents. À côté le cli­que­tis des lino­types se mêlait au ron­fle­ment des machines, dans un vacarme satur­nien. Les lèvres de mon voi­sin remuaient dou­ce­ment, bal­bu­tiaient par­fois, sui­vaient le texte, l’œil sau­tillant d’un bout à l’autre de la ligne, cas­sant par le menu un fil insai­sis­sable qu’il ne per­dait jamais de vue. J’avais ter­mi­né ma propre tâche, ma morasse était par­tie rejoindre le com­po­si­teur, et je sui­vais avec assez d’attention le mur­mure indis­tinct qui tra­his­sait devant moi le tra­vail du cor­rec­teur d’imprimerie. Je fumais.

« Il était un col­lègue de longue date, curieux des écrits qu’il lisait pro­fes­sion­nel­le­ment. Je le savais bana­le­ment joueur de cartes, phi­lo­sophe par mora­li­té, mal marié, quoi encore ? Actif, remuant, ni démo­crate ni ouvrier, un peu l’un et l’autre, inquiet de bien des choses. Il reje­tait les livres et les jour­naux avec autant de viva­ci­té qu’il avait d’appétit à les lire… Il avait été sol­dat, étu­diant auto­di­dacte, et la cor­rec­tion d’imprimerie lui avait ensei­gné la modes­tie : tant de bêtise scru­tée à la loupe !

Pierre Naville
Pierre Naville.

« Ses lèvres conti­nuaient imper­cep­ti­ble­ment de s’agiter. Notre demi-silence était plein de pen­sées, comme une éclair­cie dans l’orage défer­lant des machines. […]

« Il posa bien­tôt son crayon. La feuille humide s’envola. […]

« M… fai­sait pro­fes­sion de soli­tude, et ne s’en cachait pas. Cela ne l’empêchait pas de vivre aus­si hon­nê­te­ment qu’un autre, c’est-à-dire d’attacher autant d’importance qu’il faut aux dif­fé­rences… Mais il n’avait jamais pu prendre com­plè­te­ment son par­ti de sa sin­gu­la­ri­té (ou de ce qu’il pen­sait tel) et je crois bien que ce trait était sou­li­gné par son état de cor­rec­teur d’imprimerie, qui dis­pose à l’amitié avec l’écriture plu­tôt qu’avec les hommes. Il n’y a pas de femmes par­mi nous. Il avait pris goût à cette fami­lia­ri­té des carac­tères fraî­che­ment impri­més, cette pen­sée en com­bus­tion qui refroi­dit len­te­ment au sor­tir des matrices. […]

•     •     •

« C’est à ce moment qu’on nous appor­ta de nou­velles morasses. Nous reprîmes nos crayons, et nos yeux cou­rurent de gauche à droite, par petits sauts, poin­tant sou­dain la faute. Les lino­types conti­nuaient […], dans le cli­que­tis confus des matrices de cuivre et des lames de plomb brûlant. »

Pierre Naville, Les Condi­tions de la liber­té, éd. du Sagit­taire, 1947, p. 13-15 et 53.

Apprenti typographe à l’école Estienne (1938-1942)

Dans son livre de sou­ve­nirs, Écrire l’espace, Pierre Fau­cheux (1924-1999), maquet­tiste et gra­phiste fran­çais, créa­teur de mil­liers de cou­ver­tures de livres, raconte son appren­tis­sage à l’école Estienne (École supé­rieure des arts et indus­tries gra­phiques, Paris 13e). J’en retiens les pages concer­nant la com­po­si­tion typographique.

couverture du livre "Écrire l'espace" de Pierre Faucheux, éditions Robert Laffont, 1978

« J’avais un peu plus de qua­torze ans quand je me retrou­vai, en octobre 1938, face à ma pre­mière CASSE.

« Apprendre la casse, apprendre à tenir le com­pos­teur, apprendre à lever la lettre, apprendre à jus­ti­fier, apprendre à pla­cer les lignes dans la galée, apprendre à faire un paquet de la page com­po­sée après l’avoir ligo­tée, appren­tis­sage. 
J’y fus vite le plus rapide. La com­po­si­tion à la main demande l’exacte coor­di­na­tion de gestes très divers et je trou­vais un extrême plai­sir à vaincre les dif­fi­cul­tés de cette coor­di­na­tion visuelle, tac­tile, musculaire.

« Le père Valette était notre chef d’atelier. Haut en cou­leur, le visage écar­late, le corps mas­sif, fort en gueule, d’une majes­tueuse vul­ga­ri­té, le père Valette était un brave homme, un très brave homme. Il était l’auteur du trai­té de typo­gra­phie qui nous ser­vait de bible et qu’il nous fal­lait apprendre à pratiquer. […]

Pages 46-47 de "Écrire l'espace", de Pierre Faucheux, reprenant des gravures du manuel de Georges Valette, "Typo-composition" (INIAG, 1956).
Pages 46-47 d’Écrire l’es­pace, de Pierre Fau­cheux, repre­nant des gra­vures du manuel de Georges Valette, Typo-com­po­si­tion (INIAG, 1956).

« À cet “endroit” posi­tif, cor­res­pon­dait un « envers » que je détes­tais : le pâté. On était “de pâté” une semaine entière et à tour de rôle. Cela consis­tait à balayer tout l’atelier, et il était vaste, à ramas­ser dans un grand tamis toutes les sale­tés, déchets, carac­tères, puis ensuite à les trier avec soin. Ce tri me répu­gnait par­ti­cu­liè­re­ment car aux carac­tères, bouts d’interlignes, cadrats et cadra­tins, espaces divers qui se trou­vaient mêlés à la pous­sière, s’ajoutaient les mégots des ciga­rettes mais du père Valette, sales mégots ! répu­gnants mégots ! 
Les semaines de “pâté”, je ren­trais en larmes à la mai­son, déses­pé­ré de cet avi­lis­se­ment — je le res­sen­tais ain­si — révol­té à l’idée de lever toute ma vie des petits bouts de plomb.

« Cela dura un an, puis j’entrai en deuxième année. Alors là, pas de tamis, le tamis étant réser­vé aux culus (élèves de pre­mière année), et je fis mes PREMIÈRES MAQUETTES. […]

« Pre­mières maquettes signi­fiait ima­gi­ner, pro­je­ter, mon­trer, dis­po­ser har­mo­nieu­se­ment, se pro­je­ter. En fait, dès la fin du deuxième tri­mestre de la pre­mière année, Valette m’avait confié à com­po­ser un menu des­ti­né à un client exté­rieur, après que j’eusse réus­si deux “petites annonces typo­gra­phiques”… Par la suite j’avais eu le pri­vi­lège de laver les car­reaux de la cage de verre de M. Valette, suprême distinction.

« Dans un coin de ce vaste bureau vitré, tra­vaillait M. Champ­fleu­ry, le cor­rec­teur, homme doux et silen­cieux (tout le contraire de Maître Valette). Il nous appre­nait à cor­ri­ger les épreuves typographiques.

« J’avais mis plu­sieurs mois à m’adapter à la vie d’atelier ; je goû­tais fort, par contre, les cours théo­riques qui avaient lieu chaque matin et j’entrai spon­ta­né­ment dans l’apprentissage du dessin. […] »

Pierre Fau­cheux, Écrire l’espace, Robert Laf­font, 1978, p. 44-51. Ces pages sont dis­po­nibles sur Gal­li­ca. Elles sont illus­trées de pages du manuel de Georges Valette, Typo-com­po­si­tion, INIAG, 1956.

Petit éloge de la typographie au plomb

En 1958, sur fond de guerre d’Algérie, Manuel Bixio, jeune libraire pari­sien, décide de deve­nir édi­teur. Ne connais­sant rien à l’imprimerie, il se rend chez Felipe Gral, dit « F G », qui tient un petit ate­lier de typo­gra­phie dans un pas­sage du Marais…

« Il accepte volon­tiers de don­ner à Manuel, non des conseils, mais des indi­ca­tions élé­men­taires sur la manière dont il faut s’y prendre pour impri­mer des livres. La leçon ne dure pas plus d’un quart d’heure. Il débite très vite quelques géné­ra­li­tés sur le plomb et l’offset, qua­li­fiant le pre­mier de noble et de tyran­nique, le second de cochon­ne­rie de l’avenir. Il montre ses casses, plonge les mains dans les tiroirs et joue avec les carac­tères : il parle de l’œil et de la graisse. Manuel ne sait pas encore, mais il va apprendre, ce qu’est le plai­sir, par­fois même le trouble char­nel que pro­cure le contact du plomb, son poids, sa dou­ceur, quand il se réchauffe comme un corps vivant et pour­tant résis­tant sous la paume : quand son tou­cher, insen­si­ble­ment, devient caresse. F G lui montre des formes, prêtes au tirage, des lignes de lino­ty­pie, qu’il a fait com­po­ser à façon pour des livres trop impor­tants dont il ne pou­vait assu­rer seul la com­po­si­tion. Manuel ne sait pas encore, mais il va apprendre, ce qu’est une lino­type, cette énorme machine à écrire aux touches innom­brables larges comme des domi­nos, cet orgue de l’écriture où le plomb en fusion cir­cule comme l’air dans les tuyaux de l’instrument de musique pour tom­ber en lignes brû­lantes dans un bruit bref et déchi­rant d’arc élec­trique. Il ne sait pas encore que le bon lino­ty­piste, comme l’organiste, connaît des moments de maî­trise et de plé­ni­tude, une jouis­sance incom­mu­ni­cable, qui l’élèvent au-des­sus du com­mun et le rendent, pour le reste du temps, fer­mé, indul­gent et souverain. »

Fran­çois Mas­pe­ro, Le Figuier, éd. du Seuil, 1988, p. 55.

PS — Sous le per­son­nage de Felipe Gral se cache Guy Lévis Mano (1904-1980), poète, tra­duc­teur, typo­graphe, qui fut édi­teur de poé­sie sous le sigle GLM, dans son ate­lier de la rue Huy­ghens, à Paris.

Deux écrivains, leurs répétitions et le correcteur

Georges Simenon

« […] vous pou­vez fort bien, dès la pre­mière lec­ture, cor­ri­ger les fautes de frappe, d’orthographe, dou­blons, mais à condi­tion de ne rien chan­ger et sur­tout de n’ajouter ni sup­pri­mer de vir­gules1 car, cor­rec­tion ou non, dans le sens gram­ma­ti­cal ou usage, je suis maniaque sur ce point. Pour les autres cor­rec­tions, conti­nuez à me faire des bouts de papier. Et quand vous rece­vez les épreuves, ne vous éton­nez pas si je n’ai pas tenu compte de toutes vos obser­va­tions. Je tiens à ce que vous les fas­siez. Mais je ne suis pas tou­jours d’accord avec vous. Il arrive sou­vent que vous ayez rai­son aux yeux de la gram­maire. Dans cer­tains cas, je me moque de celle-ci comme des répé­ti­tions de mots, de cer­tains rap­pro­che­ments peu eupho­niques de syl­labes etc. En cela, André Gide était tout à fait de mon avis. Peu m’importe si les puristes se hérissent. »

Lettre à Doringe [Hen­riette Blot, sa cor­rec­trice atti­trée], le 27 mars 1960, citée par Pierre Assou­line, dans Auto­dic­tion­naire Sime­non, Omni­bus, 2009, p. 129.

Henry de Montherlant

« Cer­tains cor­rec­teurs d’imprimerie vous sou­lignent d’un coup de crayon doc­to­ral un même mot répé­té à peu de dis­tance, et quel­que­fois vont jusqu’à vous sug­gé­rer un syno­nyme, comme si vous aviez dix ans, alors que le mot répé­té à bon escient apporte sou­vent une vigueur sin­gu­lière, de même que l’idée répé­tée. Quand je répète dans presque tous mes livres, depuis 1922, qu’il n’y a que les sens (la volup­té) qui ne trompent pas, comme lorsque Sénèque revient à trois reprises, dans le Luci­lius, sur son prin­cipe qu’il ne faut pas répondre aux injures, nous rabâ­chons, bien sûr, mais cela montre à quel point tel juge­ment est enra­ci­né en nous, et impor­tant pour nous. En outre, la plu­part des lec­teurs oubliant tout, il y a trois fois moins de chances qu’ils oublient ce qu’on a répé­té trois fois. »

Car­net de 1967, dans Tous feux éteints, Gal­li­mard, 1975, p. 74.

Voir aus­si :


  1. Sime­non, tou­jours : « Je n’ai jamais accep­té qu’on change, même une vir­gule à un de mes romans. Car je suis maniaque pour une chose, je n’ai peut-être pas un style bien dis­tin­gué, mais je suis maniaque sur les vir­gules. Parce que le rythme pour moi compte beau­coup plus que la belle phrase ; et pour moi, la vir­gule ou le point-vir­gule ont une impor­tance capi­tale. Quand un cor­rec­teur me sup­prime une vir­gule qu’il trouve inutile, je me fâche com­plè­te­ment avec mon édi­teur […] Pour moi, la vir­gule, c’est sacré. Cela fait vrai­ment par­tie de la base du lan­gage, si je puis dire. C’est comme une pause dans la conver­sa­tion. » — Entre­tien avec Mau­rice Piron et Robert Sacré, 20-21 sep­tembre 1982. Ibid., p. 507-508. ↩︎

Être publié à compte d’auteur après 1870

Enga­gé dans la garde natio­nale mobile, mais taqui­né par la muse1, le jeune Jacques Nor­mand (1848-1931), « après les hor­reurs inou­bliables […] de la Com­mune », sou­haite faire publier un pre­mier recueil de poésie… 

« […] ma déci­sion était prise. Je reco­piai mes vers de ma plus claire écri­ture, j’en fis un joli manus­crit tout frais et pim­pant, puis, un matin, je me ren­dis chez “mon” éditeur.

« Mon édi­teur ! Abso­lu­ment incon­nu, sans nulle attache lit­té­raire, je n’aurais jamais osé m’adresser à un grand édi­teur pari­sien. Modes­te­ment, j’avais été trou­ver un petit édi­teur2, à peu près aus­si incon­nu que moi. Quand il avait su que “c’était des vers”, il avait eu un haut-le-corps ; mais quand, un moment après, il me voyait, sur son refus for­mel de faire les frais de l’édition, dis­po­sé à les faire moi-même, le haut-le-corps s’était chan­gé en un salut bienveillant.

« Le manus­crit livré à l’imprimeur, les pre­mières épreuves m’arrivèrent. Mal­gré la net­te­té de ma copie ou peut-être même à cause de cette net­te­té (les gens du métier me com­pren­dront) elles étaient pleines de fautes. Abso­lu­ment igno­rant alors des signes de cor­rec­tion typo­gra­phique, je me mis à cou­vrir les mal­heu­reuses épreuves d’une série de notes à la fois détaillées et obs­cures qui ont bien dû faire rire les ouvriers de l’imprimerie… à moins, ce qui est plus pro­bable, que l’habitude ne les y eût ren­dus com­plè­te­ment indifférents.

Jacques Normand, "Tablettes d'un mobile", Paris, E. Lachaud, 1871, page de titre.

« Enfin, les der­nières épreuves cor­ri­gées, le “bon à tirer” don­né, la cou­ver­ture choi­sie, le livre parut sous ce titre sim­plet : Tablettes d’un Mobile (1870-71). Inutile de dire qu’il se ven­dit fort peu. J’en avais offert à tous mes parents, amis et connais­sances, même loin­taines, — les seules per­sonnes qui eussent pu avoir l’idée de l’acheter, et encore !

« Mais j’eus la joie, en pas­sant devant les libraires, de voir mon petit volume en éta­lage. Avec sa cou­ver­ture jaune paille et son titre rouge, il me sem­blait char­mant, plus joli que tous les autres. Et quand un pas­sant s’arrêtait une minute devant la bou­tique, très naï­ve­ment, je m’étonnais qu’il n’y entrât pas pour l’acheter… »

Jacques Nor­mand sera poète, roman­cier, jour­na­liste et dramaturge.

Extrait de : Jacques Nor­mand, Les Jours vécus (sou­ve­nirs d’un Pari­sien de Paris), Paris, Cal­mann-Lévy, 1910, p. 40-42.


  1. « Mal­gré les fatigues, les écœu­re­ments phy­siques et moraux de cette vie à laquelle nous étions si peu faits, — gamins de vingt ans brus­que­ment arra­chés aux dou­ceurs du foyer, — j’a­vais trou­vé le temps, entre deux marches, le soir, sous la tente et dans les bara­que­ments, à la lueur d’une chan­delle, de prendre quelques notes, de rimer quelques vers » (p. 38). ↩︎
  2. E. Lachaud, 4, place du Théâtre-Fran­çais (aujourd’­hui, place André-Mal­raux), Paris Ier. ↩︎