« Olivier Wolf n’en revenait pas. Soudain, il avait eu un éclair de génie. Le personnage qui lui manquait pour mener à bien son projet se trouvait à portée de main. Un correcteur. Le profil était parfait pour en faire son homme de main s’il n’était pas trop nul. »

Lecteur-correcteur de romans en indépendant, Martin Fauré, trente-cinq ans, vient de faire l’acquisition d’une maison d’architecte qui surplombe la baie de Quiberon. Un jour, il reçoit un curieux appel téléphonique : un auteur à succès de thrillers horrifiques, cachant son identité sous le pseudonyme de Noé, lui propose une forte somme (spoiler : trois versements de 5 000 € !) pour qu’il corrige « un livre d’un genre inédit ». Voilà qui tombe à pic pour financer les travaux de « La Pointe au Sel ».
Noé emporte sa conviction en lui déclarant : « Ce qui vous distingue des autres correcteurs, Martin, c’est votre incroyable sens de la perfection. […] Je connais bien l’écriture habituelle de plusieurs des auteurs que vous avez accompagnés. Je peux même dire où vous avez mis votre patte afin de séparer le bon grain de l’ivraie. »
L’expérience prend rapidement un tour étrange, puis incompréhensible. Si Olivier Wolf croit faire de Martin son jouet, celui-ci, quand la police se met à le convoquer, met à profit son habileté à vérifier les informations…
Un roman noir de bonne tenue, qui nous amène de Saint-Philibert (Morbihan) à Paris et surtout à Nancy, sur les traces du peintre naturaliste Émile Friant (1863-1932), pour « une réflexion sur la relation entre le romancier et l’acteur de l’ombre qu’est son lecteur-correcteur ainsi que sur le rapport qu’entretiennent réalité et fiction dans le roman » (l’éditeur).
L’autrice l’a dédié « à Agathe Roga, lectrice-correctrice dont le métier a inspiré cet ouvrage, et à tous ses collègues, pour leur travail au cœur de la langue que trop souvent nos lecteurs soupçonnent à peine ». Bien sûr, le nom de la correctrice du roman, Anne Le Tilly1, est également cité par l’éditeur.
Note personnelle : J’ai fait mes études à Nancy, et quand j’y retourne, j’ai l’habitude de rendre visite à Émile Friant (musée des Beaux-Arts) et de descendre à l’hôtel de Guise, le même qu’Olivier Wolf.
Marie Devois, Ombres portées, Paris, Cohen & Cohen, 2022, 366 pages.
- On peut l’écouter parler du métier dans un récent podcast. ↩︎