“Ombres portées”, de Marie Devois

« Oli­vier Wolf n’en reve­nait pas. Sou­dain, il avait eu un éclair de génie. Le per­son­nage qui lui man­quait pour mener à bien son pro­jet se trou­vait à por­tée de main. Un cor­rec­teur. Le pro­fil était par­fait pour en faire son homme de main s’il n’était pas trop nul. »

Couverture du roman noir "Ombres portées", de Marie Devois, 2022

Lec­teur-cor­rec­teur de romans en indé­pen­dant, Mar­tin Fau­ré, trente-cinq ans, vient de faire l’acquisition d’une mai­son d’architecte qui sur­plombe la baie de Qui­be­ron. Un jour, il reçoit un curieux appel télé­pho­nique : un auteur à suc­cès de thril­lers hor­ri­fiques, cachant son iden­ti­té sous le pseu­do­nyme de Noé, lui pro­pose une forte somme (spoi­ler : trois ver­se­ments de 5 000 € !) pour qu’il cor­rige « un livre d’un genre inédit ». Voi­là qui tombe à pic pour finan­cer les tra­vaux de « La Pointe au Sel ».

Noé emporte sa convic­tion en lui décla­rant : « Ce qui vous dis­tingue des autres cor­rec­teurs, Mar­tin, c’est votre incroyable sens de la per­fec­tion. […] Je connais bien l’écriture habi­tuelle de plu­sieurs des auteurs que vous avez accom­pa­gnés. Je peux même dire où vous avez mis votre patte afin de sépa­rer le bon grain de l’ivraie. »

L’expérience prend rapi­de­ment un tour étrange, puis incom­pré­hen­sible. Si Oli­vier Wolf croit faire de Mar­tin son jouet, celui-ci, quand la police se met à le convo­quer, met à pro­fit son habi­le­té à véri­fier les informations…

Un roman noir de bonne tenue, qui nous amène de Saint-Phi­li­bert (Mor­bi­han) à Paris et sur­tout à Nan­cy, sur les traces du peintre natu­ra­liste Émile Friant (1863-1932), pour « une réflexion sur la rela­tion entre le roman­cier et l’acteur de l’ombre qu’est son lec­teur-cor­rec­teur ain­si que sur le rap­port qu’entretiennent réa­li­té et fic­tion dans le roman » (l’éditeur).

L’autrice l’a dédié « à Agathe Roga, lec­trice-cor­rec­trice dont le métier a ins­pi­ré cet ouvrage, et à tous ses col­lègues, pour leur tra­vail au cœur de la langue que trop sou­vent nos lec­teurs soup­çonnent à peine ». Bien sûr, le nom de la cor­rec­trice du roman, Anne Le Tilly1, est éga­le­ment cité par l’éditeur.

Note per­son­nelle : J’ai fait mes études à Nan­cy, et quand j’y retourne, j’ai l’habitude de rendre visite à Émile Friant (musée des Beaux-Arts) et de des­cendre à l’hôtel de Guise, le même qu’Olivier Wolf.

Marie Devois, Ombres por­tées, Paris, Cohen & Cohen, 2022, 366 pages.


  1. On peut l’é­cou­ter par­ler du métier dans un récent pod­cast. ↩︎