Critique du correcteur ivrogne, 1608

« [Le cor­rec­teur] doit évi­ter avec le plus grand soin le vice de l’ivrognerie, de peur de ne plus rien voir du tout, ou, au contraire, de voir plus qu’il n’y a en réa­li­té. Quand un ivrogne essaie de prendre une chan­delle pour s’éclairer, sa vue défaille et il tré­buche. Donc, un homme qui est char­gé de cette mis­sion et qui boit volon­tiers, boit sans avan­tage et pour un dom­mage qui atteint beau­coup d’autres. Cet homme inutile1 est un bon à rien et si le maître ou le rec­teur d’atelier typo­gra­phique le voyait sou­vent dans cet état, il ne serait pas éton­nant qu’il lui dise : « Dehors, scé­lé­rat. » Que celui qui est lié à cette charge s’acquitte donc de son tra­vail avec sobrié­té, pas à tra­vers un écran de vapeurs exha­lées par excès de boissons. »

Cor­rec­teur, te voi­là pré­ve­nu : boire ou relire, il faut choi­sir2 !

Jérôme Horn­schuch, Ortho­ty­po­gra­phia, 1608. Trad. du latin par Susan Bad­de­ley, éd. des Cendres, 1997, p. 63-64.

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Article modi­fié le 30 sep­tembre 2023.


  1. Dans cette édi­tion, l’i­ta­lique indique les mots grecs employés par l’au­teur dans son texte en latin.
  2. « Dans ses Conseils aux jeunes écri­vains, André Gide fai­sait remar­quer : « Écris, si tu veux, dans l’ivresse ; mais quand tu te relis, sois à jeun… » Eh bien, l’on pour­rait dire que le cor­rec­teur, dans son rap­port à l’écriture, a fait vœu d’abstinence : il se doit d’être tou­jours à jeun. » — Sophie Aouillé, « Tenir la lettre », Essaim, 2001/1 (no 7), p. 146, DOI 10.3917/ess.007.0145.