Georges Simenon

« […] vous pouvez fort bien, dès la première lecture, corriger les fautes de frappe, d’orthographe, doublons, mais à condition de ne rien changer et surtout de n’ajouter ni supprimer de virgules1 car, correction ou non, dans le sens grammatical ou usage, je suis maniaque sur ce point. Pour les autres corrections, continuez à me faire des bouts de papier. Et quand vous recevez les épreuves, ne vous étonnez pas si je n’ai pas tenu compte de toutes vos observations. Je tiens à ce que vous les fassiez. Mais je ne suis pas toujours d’accord avec vous. Il arrive souvent que vous ayez raison aux yeux de la grammaire. Dans certains cas, je me moque de celle-ci comme des répétitions de mots, de certains rapprochements peu euphoniques de syllabes etc. En cela, André Gide était tout à fait de mon avis. Peu m’importe si les puristes se hérissent. »
Lettre à Doringe [Henriette Blot, sa correctrice attitrée], le 27 mars 1960, citée par Pierre Assouline, dans Autodictionnaire Simenon, Omnibus, 2009, p. 129.
Henry de Montherlant

« Certains correcteurs d’imprimerie vous soulignent d’un coup de crayon doctoral un même mot répété à peu de distance, et quelquefois vont jusqu’à vous suggérer un synonyme, comme si vous aviez dix ans, alors que le mot répété à bon escient apporte souvent une vigueur singulière, de même que l’idée répétée. Quand je répète dans presque tous mes livres, depuis 1922, qu’il n’y a que les sens (la volupté) qui ne trompent pas, comme lorsque Sénèque revient à trois reprises, dans le Lucilius, sur son principe qu’il ne faut pas répondre aux injures, nous rabâchons, bien sûr, mais cela montre à quel point tel jugement est enraciné en nous, et important pour nous. En outre, la plupart des lecteurs oubliant tout, il y a trois fois moins de chances qu’ils oublient ce qu’on a répété trois fois. »
Carnet de 1967, dans Tous feux éteints, Gallimard, 1975, p. 74.
Voir aussi :
- Simenon, toujours : « Je n’ai jamais accepté qu’on change, même une virgule à un de mes romans. Car je suis maniaque pour une chose, je n’ai peut-être pas un style bien distingué, mais je suis maniaque sur les virgules. Parce que le rythme pour moi compte beaucoup plus que la belle phrase ; et pour moi, la virgule ou le point-virgule ont une importance capitale. Quand un correcteur me supprime une virgule qu’il trouve inutile, je me fâche complètement avec mon éditeur […] Pour moi, la virgule, c’est sacré. Cela fait vraiment partie de la base du langage, si je puis dire. C’est comme une pause dans la conversation. » — Entretien avec Maurice Piron et Robert Sacré, 20-21 septembre 1982. Ibid., p. 507-508. ↩︎